Pour les jeunes ‘agro’ de 1968, la Recherche publique apparaît en phase avec l’état d’esprit de l’époque : "Se consacrer à la nature, à la terre et à l’écologie, faire un métier où la notion d’argent n’est pas dominante, rester libre… La recherche était une option idéale dans cette période formidable de recrutement facile, nous savions dès nos études que nous avions le choix pour travailler", se souvient Bernard Seguin. Après son Diplôme d’ingénieur agronome, poussé par son intérêt pour le climat, il passe un an à la Station centrale de bioclimatologie à l'Inra de Versailles puis rejoint Avignon (où il travaille encore aujourd’hui) tout en effectuant trois années de thèse à l'Institut de mécanique statistique de la turbulence à Marseille. Il acquiert pendant ces années une solide formation dans le domaine des échanges turbulents et de la micrométéorologie.
Micro-climats et télédétection
Pendant les dix premières années de sa carrière avignonnaise, Bernard Seguin s’investit dans la recherche sur les microclimats : "Nous cherchions comment nous pouvions créer des microclimats par les brise-vent, les bocages et les serres. Puis nous nous sommes préoccupés des modifications plus larges, les conséquences des barrages, des tours de réfrigération nucléaire… Si nous abordions dans notre recherche des aspects fondamentaux, nous échangions beaucoup avec le milieu agricole, et nous répondions aux questions des agriculteurs. Pour lutter contre le gel, nous avons par exemple apporté la solution des brasseurs d’air, couramment utilisés aujourd’hui". À partir des années 1980, la technologie de la télédétection et son application dans le suivi de la production agricole prend de l’essor. Bernard Seguin change de thématique, faisant preuve de sa 'mobilité' tout en restant sur place, note-t-il en souriant, et devient responsable du groupe Agrométéorologie et Télédétection : "Je travaillais plus particulièrement sur l’infrarouge thermique qui servait à établir des cartographies de gel ou de sécheresse grâce à la mesure de la température de surface", précise-t-il. Il enchaîne ensuite les postes de directeur de l'unité de Bioclimatologie puis de l’unité Agroclim après avoir contribué à la création du nouveau département "Environnement et agronomie" en 1998 comme chef de département-adjoint .
Le réchauffement climatique : de la "science-fiction" à la réalité
Aujourd’hui, il coordonne les travaux de l’Inra sur le changement climatique et l’effet de serre. "J’ai eu la chance d’avoir été parmi les quelques chercheurs français à participer à la première conférence mondiale sur le sujet en 1979. Je me disais, comme bien d’autres, que l’homme ne pourrait en aucun cas provoquer un changement du climat à l’échelle de la planète. D’ailleurs, cette idée n’était qu’anecdotique parmi toutes les questions existantes et les modèles n’en étaient qu’aux balbutiements. Petit à petit, les scientifiques de différentes parties du monde ont observé plus clairement que les températures s’élevaient année après année, malgré les fluctuations normales et les possibles variations instrumentales. Les dates de floraison des fruitiers ou de la vigne devenaient bel et bien de plus en plus précoces. Aujourd’hui, nous constatons que les écosystèmes aquatiques changent, que les pathogènes et ravageurs s’étendent. L’élévation moyenne des températures s’est confirmée. Et depuis les années 2000, les canicules, sécheresses, tempêtes et autres événements climatiques extrêmes deviennent plus fréquents". L’Inra propose des solutions pour réduire les émissions dues à l’agriculture : aération des composts, utilisation du méthane comme combustible, valorisation des forêts qui régulent le carbone, recherche de nouveaux biocarburants… Pragmatiques, les chercheurs réfléchissent aussi à des solutions agricoles qui s’adaptent à ce réchauffement global.
Bernard Seguin n’a pas fini de "plancher" sur cette question brûlante : "J’ai dépassé les 60 ans, mais je continue à faire ce travail de manière très heureuse. Je crois ce que je fais est utile".
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