De la recherche à la gestion
Après un baccalauréat "C", Catherine Esnouf entre à l’École polytechnique, pour optimiser son goût et ses facilités pour les matières scientifiques. Une expérience en Afrique pour l’Institut de recherche pour le développement éveille son intérêt pour l’agriculture ; elle décide alors de faire l’École du génie rural, des eaux et forêts. Le cursus terminé, elle entre au Cemagref (Institut de recherche pour l'ingénierie de l'agriculture et de l'environnement) où elle prépare une thèse : "À la suite des différents chocs pétroliers, la recherche sur les énergies renouvelables s’était développée. L’une des voies explorée par le Cemagref était la liquéfaction thermochimique à partir de végétaux. Le produit obtenu devait pouvoir être raffiné et servir de substitut de pétrole", explique Catherine.
Après une dizaine d’années dans la recherche, Catherine Esnouf souhaite alors s’orienter vers des activités de gestion de la recherche : "C’était une suite naturelle car je connaissais les contraintes de la recherche, les délais qu’elle impose… C’est ainsi qu’en 1990 elle intègre la direction générale de l’alimentation du ministère de l’agriculture. Sept ans plus tard, elle intègre la direction régionale et interdépartementale de l’Agriculture et de la Forêt d’Ile-de-France, où elle est adjointe du directeur pour les affaires régionales : "En étant fonctionnaire du ministère de l’Agriculture, il était intéressant pour moi d’avoir une expérience des services déconcentrés, les actions en département ou en région" explique Catherine.
Partir des demandes de la société pour voir loin
C’est en 2001 que Catherine Esnouf entre à l’Inra dans le cadre de la politique de prospective mise en place par la direction générale : "Marion Guillou souhaitait lancer un certain nombre de chantiers de prospective : la biodiversité, l’agriculture durable, l’alimentation. Ce dernier devait déterminer quelles recherches l’Inra devrait mener sur les 10 ou 15 ans sachant que l’Institut voulait augmenter sa part de la recherche sur l’alimentation et que l’agriculture était en grande partie définie par son aval, l’alimentation." Catherine accepte alors de prendre en charge une mission ponctuelle de six mois : "J’envisageais de réintégrer le ministère une fois la période achevée… Mais cela n’a pas été le cas, et mes missions à l’Inra ont ensuite évolué…. » Catherine anime alors un groupe de chercheurs représentant les différentes facettes de l’alimentation. Elle s’en souvient : "Ce qui a surpris et intéressé le groupe de chercheurs, c’est que pour mener ce type de réflexion, je ne suis pas partie de l’état de la science, mais des besoins de la société. Le défi était de réussir à croiser ses demandes avec la recherche et la science et à déterminer de quelles thématiques l’Inra pouvait se saisir".
Quatre grands défis pour la recherche en alimentation
L’équipe dégage 4 grands défis, dont celui de mieux comprendre le comportement du consommateur : "C’est lui qui détermine en partie l’offre sur le marché. Nous voulons aussi savoir comment faire évoluer son comportement pour pallier aux problèmes de santé publique comme l’obésité et les pathologies liées au surpoids. Comprendre l’impact de l’alimentation - nutriments, aliments entiers mais aussi régimes - sur la physiologie et sur la psychologie de l’homme, était un autre défi, particulièrement novateur, car il s’agissait de mesurer un impact global sur des longues durées. Enfin, il fallait améliorer la sécurité alimentaire et comprendre comment s’élabore la qualité des aliments". Pour sa mission, Catherine consulte un grand nombre d’acteurs extérieurs pour connaître leurs attentes vis-à-vis de la recherche publique. Le rapport officiel, publié fin 2003, reçoit un avis favorable du Conseil national de l’alimentation, une instance indépendante consultée par les ministres concernés sur la définition de la "politique alimentaire" française.
Susciter les échanges entre l’industrie agroalimentaire et la recherche Inra
Depuis qu’elle est entrée à la direction scientifique "nutrition humaine et sécurité des aliments", Catherine n’a pas chômé : en 2004, elle a travaillé à la création d’une fondation de recherche sur l’alimentation avec des industriels de l’industrie agroalimentaire. Et depuis 2005, Catherine s’investit, avec une énergie toujours renouvelée, dans la nouvelle Agence nationale de la recherche (ANR) au sein de laquelle l’Inra est chargé de la gestion scientifique et opérationnelle de la thématique alimentation : "Je crois beaucoup au rôle de l’Inra sur l’alimentation. Ses orientations sont bonnes, et il y a des pistes d’innovation vraiment importantes", affirme Catherine. En juin 2006, ses fonctions s'élargissent : elle devient directrice-adjointe de la direction scientifique.
Catherine tient avant tout à "faciliter le travail de chercheurs et à leur apporter un appui pour de nouvelles approches permettant de mieux répondre, de façon utilisable, aux questions posées par la société et les partenaires économiques". Catherine remplit sa mission avec d’autant plus de fermeté qu’elle a choisi de rester à l’Inra "par goût" : "J’ai pu développer mes compétences administratives ici, mais j’aime les mettre au service de la recherche. Travailler avec les chercheurs est une vraie satisfaction intellectuelle. C’est un milieu propice à l’apprentissage et à l’échange !"
Quand Catherine rentre chez elle, elle se tourne vers d’autres engagements : sa famille et la musique. Elle joue de la clarinette et se produit dans de petits groupes de musique de chambre : "Cela me permet non seulement de jouer de la musique, ce que j’adore, mais aussi de rencontrer des gens d’un milieu complètement différent".
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