Attirée par la nature et "portée par l’imaginaire ‘Daktari’", Catherine Feuillet enfant "rêvait de devenir vétérinaire". En terminale, son professeur de biologie l’incite à faire une classe "prépa". Un an d’"agro" puis un an de "véto", où elle se rend compte que ce cursus scolaire ne convient pas à son tempérament bouillonnant et créatif, Catherine décide d’intégrer la Faculté en deuxième année de DEUG Biologie : "J’y ai vraiment trouvé ma voie, petit à petit, aux cours de ma licence cellulaire et physiologie en 1987 et de ma maîtrise de génétique, un an plus tard". La jeune femme s’apprête à effectuer une deuxième maîtrise lorsque l’un de ses professeurs propose à sa classe une place de DESU de Sciences naturelles : "Un an de pratique sans cours : j’ai sauté sur l’occasion". Elle y "découvre la recherche et le travail en laboratoire", qui s’avèrent être "vraiment son truc".
La génétique en Suisse alémanique
Après un DEA de Biologie et technologie végétales, elle préparera sa thèse de Biologie cellulaire et moléculaire au Centre de physiologie végétale de l’Université de Toulouse sur l’eucalyptus, "évidemment, pas une plante modèle mais un sujet compliqué. J’ai pu voir que j’aimais les challenges". Son enthousiasme se révèle productif et communicatif puisqu’elle obtient son Doctorat en 1993 avec mention très honorable et les félicitations du jury… Dès lors, les événements et opportunités s’enchaînement de manière inattendue : "J’étais partie pour faire une année de post-doc à l’Institut de biologie végétale de l’Université de Zurich et y travailler sur le blé. Je devais développer des marqueurs moléculaires pour identifier des gènes de résistance aux maladies fongiques et me consacrer à l’analyse des génomes du blé et de l’orge. Ce sujet, plus tourné vers l’agronomie, me semblait utile pour compléter mon profil. Je pouvais retourner l’année d’après, comme de nombreux post-doctorants, au laboratoire d’où je venais sur un concours de recrutement en chargé de recherche. En fait, je suis restée dix ans en Suisse". Catherine travaille en effet confortablement, ses projets se développent bien, des horizons s’ouvrent. Après son stage postdoctoral, elle obtient un poste de premier assistant de professeur à l’Université de Zurich : "J’ai pris le risque de ne pas retourner tout de suite en France et de continuer ma carrière à l’étranger ". Ce choix s’est avéré judicieux : elle a pu au cours de son parcours en Suisse s’établir une réputation internationale qui allait lui ouvrir des portes.
La banque BAC de l’Inra : un outil unique au monde
En 2004, à l’occasion de contacts avec l’Inra de Clermont-Ferrand, Catherine apprend que l'unité Génétique, diversité et écophysiologie des céréales du centre cherche une personne qualifiée pour mener des recherches sur le génome du blé : "Ce poste me donnait une plus grande indépendance, dans la continuité de mes sujets de recherches. Pour établir une cartographie physique du génome du blé, l’Inra me permettait d’utiliser la banque BAC (bacterial artificial chromosome) établie à partir de chromosomes triés par cytométrie de flux, un outil unique au monde, alors inexploité. Même si je ne connaissais personne à Clermont-Ferrand, ce poste me permettait de retourner en France et d’épanouir mon travail : ce qui me mène, c’est ma passion."
Vers la carte physique du génome du blé
Trois semaines après une première rencontre à Paris avec le chef du département Génétique et amélioration des plantes, elle passe avec succès le concours de directeur de recherche à l’Inra de Clermont-Ferrand, où elle travaille encore aujourd’hui. Pendant quatre ans, Catherine Feuillet et son équipe se sont consacrés à une meilleure connaissance du génome de blé. En octobre dernier, avec le soutien de son équipe et le travail acharné d’un jeune chargé de recherche de son groupe, Etienne Paux, elle a réussi à réaliser la première carte physique du chromosome 3B du blé qui compte près d'un milliard de paires de bases et représente à lui tout seul 3 génomes de riz… Cet exploit représente le premier pas vers le séquençage du génome du blé, donc vers "une meilleure connaissance des gènes d’intérêt de cette céréale et une vraie possibilité d’optimiser l’aliment de base d’un tiers de la population mondiale !". Le "deuxième pas" est d’ores et déjà bien avancé. Depuis 2005, Catherine co-pilote un consortium international permettant de coordonner les recherches sur les 20 autres chromosomes, qui sont pris en charge pays par pays. Elle met aussi en place une initiative européenne en 2006 qui aboutit à un projet avec 17 partenaires, qui prolonge les recherches sur d’autres chromosomes tels ceux du groupe 1 (1A, 1B) et du groupe 3 ( D) pour compléter le projet pilote de l’Inra sur le chromosome 3B et des projets américains démarrés il y a un an "Quand nous disposerons de la carte physique du génome entier puis de sa séquence, nous pourrons identifier précisément les gènes responsables des caractères d’intérêt agronomique, tels que la qualité ou de rendement et obtenir des marqueurs qui rendront la sélection plus efficace. Comme pour le génome humain, nous comprendrons mieux les régulations qui aboutissent aux phénotypes et pourront fournir des outils et connaissances qui devraient permettre de répondre au formidable défi posé par l’agriculture moderne."
Catherine Feuillet ne regrette en rien son retour en France, dans la région de Clermont-Ferrand, une ville "calme et culturellement active". Elle habite aujourd’hui un petit village de 800 âmes entouré de "gens charmants et chaleureux". Son environnement verdoyant lui offre "une très bonne qualité de vie", au coeur des volcans d’Auvergne dans lesquels elle aime à s’échapper, quand elle ose prendre le temps.

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