C’est le côté "Sherlock Holmes" de la recherche qui a attiré Céline Henry dès la fin de son adolescence. Lors d’un stage dans une entreprise travaillant pour la police scientifique, elle tâche de trouver des traces d'anabolisants dans des viandes de bœuf. Mais elle se passionne aussi pour les recherches de ses collègues : analyses de cheveux pour trouver des traces de drogue, de foies humains pour déceler une substance toxique ayant pu provoquer un empoisonnement… Son intérêt et ses compétences se font vite remarquer, et on lui confie alors une mission : analyser un produit prétendument " miracle " contre le cancer, revendu par une secte ! Celui-ci n’est bien sûr en rien miraculeux et l’escroquerie est démasquée. "Découvrir la vérité pour rendre service à la communauté scientifique ou pour le public, résoudre une énigme à partir d’un tout petit rien et d’une série de méthodes techniques m’ont énormément motivée, et cela me motive toujours", nous explique Céline.
Rigueur, autonomie et entraide
Pour cette jeune ingénieure d’études d’aujourd’hui 34 ans, travailler sur un plateau technique à l’Inra s’est imposé dès son DEA réalisé à l’Institut national agronomique Paris-Grignon (INA-PG) comme le lieu où elle pourrait exercer dans les meilleures conditions : "J’ai fait plusieurs stages dans mon domaine, la spectrométrie de masse. Celui que j’ai fait à l’Inra m’a vraiment révélé ce que pouvait être la manière de travailler idéale pour moi", nous confie Céline. "J’y ai trouvé une autonomie, une convivialité et un service mutuel entre collègues que je n’avais pas vu dans le privé. De plus, la formation professionnelle dont j’ai bénéficié m’a permis d’acquérir une vraie rigueur analytique, de découvrir la recherche technique de manière très ordonnée, très cadrée. Cette rigueur me sert aujourd’hui dans ma vie de tous les jours". En 2001, elle est embauchée sur concours dans l’unité de Biochimie bactérienne de Jouy-en-Josas, sur le Plateau d'analyse protéomique par séquençage et spectrométrie de masse (PAPSS).
Une conception collaborative de la recherche
Céline travaille avec des spectromètres de masse, qui permettent d’identifier des protéines présentes dans une cellule, un tissu ou un organe dans un état particulier donné - physiologique, pathologique ou environnemental. Ces analyses s’inscrivent dans le cadre d’activités de service pour les unités de recherche de Jouy-en-Josas, mais aussi les facultés, les industriels ou d’autres centres de recherche. "Nous identifions en ce moment pour l’Inra les mécanismes d'adaptation des bactéries lactiques à différents environnements - lait, tractus digestif - par des approches protéomiques", nous explique Céline. "Nous travaillons aussi avec des tissus rénaux pour l’Inserm afin d’identifier des protéines qui s’expriment lors de maladies rénales. Cette conception collaborative de la recherche permet de mutualiser les compétences et de tels gros appareils qui sont couteux". Dans la même optique de partage des connaissances, la formation est une partie essentielle de ses activités : "Nous utilisons l’appareil pour un certain volume de demandes, mais nous formons aussi les chercheurs du centre de Jouy-en-Josas pour qu’ils puissent s’en servir eux-mêmes. Et nous sommes toujours là pour les aider et les conseiller, que ce soit pour la manipulation de la machine ou l’interrogation dans les bases de données".
Des transferts de compétences et de constantes évolutions
Céline forme les autres… mais ne cesse pas d’apprendre : "Nous avons depuis peu un nouvel appareil de type MS-MS, un spectromètre de masse dit "en tandem" qui permet d’accéder à la structure des protéines, et nous avons été formés à son utilisation ! C’est très motivant de travailler sur un plateau technique à l’Inra car il y a un renouvellement fréquent des appareils afin de répondre aux demandes des chercheurs. Cela permet de se remettre en cause, de diversifier et faire évoluer ses compétences". Aucune routine donc, et plein de projets, professionnels, mais aussi personnels : "Je consacre une grande partie de mon temps libre à mon petit garçon de 3 ans et je viens de me remettre à mon autre passion : l’équitation", conclut Céline.
|