Les OGM, Denis Bourguet sait de quoi il parle. Après un doctorat et une HDR (1) centrés sur la biologie et l’écologie des populations, il entre à l’Inra en 1997. Il consacre plus particulièrement les 15 années de son parcours aux recherches sur les risques associés à la culture du maïs Bt, maïs transgénique modifié pour produire des toxines de Bacillus thuringiensis (Bt) permettant de lutter contre la pyrale.
Élucider les mécanismes de résistance de la pyrale au maïs Bt
La pyrale du maïs, Ostrinia nubilalis, l’un des principaux insectes ravageurs de cette culture, responsable d’environ 10 % de pertes de récolte chaque année, n’a plus beaucoup de secrets pour Denis Bourguet. Cet insecte occasionne de nombreux dégâts et favorise le développement de mycotoxines dangereuses pour la santé. Une teneur trop élevée de ces mycotoxines rend le maïs impropre à la consommation et entraîne alors la destruction des récoltes. Or le maïs, produit essentiellement pour l’alimentation humaine et animale, fait partie des trois céréales les plus cultivées dans le monde. Le maïs Bt offre une protection contre la pyrale beaucoup plus efficace que les autres méthodes (chimique ou biologique) de lutte, mais Denis Bourguet explique que : "Son utilisation en Europe et notamment en France reste toutefois controversée et son adoption incertaine, en particulier depuis la clause de sauvegarde visant à suspendre la culture du maïs transgénique Mon810 prise par la France en 2008."
Parmi les risques souvent évoqués figure la sélection de mécanismes de résistance aux toxines de Bt dans les populations de pyrales. Depuis son arrivée à l’Inra, Denis Bourguet a ainsi réalisé et encadré des recherches sur les risques d’évolution de la résistance aux maïs Bt dans les populations de ce ravageur: "Le but était d’obtenir des résultats permettant de ralentir, dans les populations de pyrales, la vitesse de sélection de gènes de résistance aux toxines de Bt produites par ces maïs." Les résultats obtenus ont permis d’établir la nécessité de maintenir des maïs conventionnels (c’est-à-dire exempts d’insecticides ou de toxines de Bt) à proximité des parcelles de maïs transgéniques. Ces maïs conventionnels constituent des zones refuges où peuvent se développer une population de ravageurs sensibles aux toxines de Bt, ce qui limite la sélection de gènes de résistance à ces toxines.
L’incertitude pesant sur l’implantation des maïs transgéniques en France a incité Denis Bourguet à ouvrir ses travaux vers de nouveaux horizons. Un premier projet vise à identifier les mécanismes responsables de la spécialisation de la pyrale à sa principale plante hôte, le maïs. Il a par exemple révélé qu’à la fin de leur croissance, au temps des récoltes, les chenilles de la pyrale descendent vers le sol et échappent ainsi à la mort qui leur serait promise si elles avaient été fauchées au cours de la récolte du maïs. Un deuxième projet est d’acquérir les principales connaissances fondamentales et appliquées nécessaires à la mise en œuvre d’un programme de lutte biologique contre la pyrale du maïs par des lâchers de larves parasitoïdes de ce ravageur, Macrocentus cingulum.
Impulser un nouveau type d’organisation au service de la recherche et de ceux qui la mène
De 2007 à 2011, Denis Bourguet a assuré la direction du Centre de biologie pour la gestion des populations (CBGP) à l’Inra de Montpellier, unité mixte de recherche (UMR) regroupant quatre-vingt -dix agents de l’Inra, du Cirad, de l’IRD et de Montpellier SupAgro : "Ce poste m’a offert, au fil du temps, une vue d’ensemble sur les recherches menées en biologie des populations, non seulement à l’Inra, mais également dans les autres tutelles de l’UMR". Face au constat du manque d’interaction entre les équipes de l’unité, qui travaillaient parfois sur les mêmes thématiques de recherche, il a mis en place, après concertation interne, une organisation atypique favorisant une meilleure collaboration. L’unité a ainsi été fédérée autour de trois structures : six groupes de réflexion centrés sur des thématiques et des disciplines, les agents ayant la latitude de participer à plusieurs groupes s’ils le jugent nécessaire ; des groupes de travail centrés sur trois modèles biologiques : le complexe Bemisia tabaci, insectes invasifs du genre hémiptère, les rongeurs et les communautés de nématodes phytoparasites ; et des plateformes techniques. Les deux dernières années de son mandat ont notamment permis le renforcement des moyens consacrés aux recherches sur la génétique théorique et la génomique des populations et la montée en puissance du réseau R-Syst (Réseau de systématique) qui regroupe une douzaine d’unité de l’Institut impliquées dans la caractérisation moléculaire et morphologique des organismes.
Son intérêt pour les fonctions d’encadrement et de gestion a conduit Denis Bourguet à suivre la formation de l’École pratique de management et de la recherche agronomique (EPMRA). Dans le cadre de ce programme de formation et d’accompagnement des personnes susceptibles d’assurer des fonctions de responsables d’organisation ou de grands projets scientifiques crée par l’Inra, il a en particulier travaillé sur la question de l’attractivité de l’Institut auprès des jeunes scientifiques par le biais d’une enquête auprès de Masters 2.
Placer le débat sur les OGM à la portée du grand public
Pour Denis Bourguet, les questionnements sur les OGM au sens large et les maïs transgéniques, en particulier depuis 1996, date de leur première mise en champs aux États-Unis, dépassent largement les risques sanitaires et environnementaux. Ces organismes sont en effet au cœur des débats sur la brevetabilité du vivant et l’avenir de l’agriculture. Ce constat a convaincu le chercheur de la nécessité de s’investir dans des activités d’enseignement, de vulgarisation et d’expertise sur les OGM. "Si les prises de position peuvent varier suivant l’appréciation des risques et les affinités politiques, il est préférable qu’elles soient basées sur les données empiriques les plus fiables possibles. L’Inra se doit donc d’éclairer ce débat en diffusant les données acquises, tout en soulignant les différents enjeux."
Depuis 2000, il a ainsi assuré 70 heures d’enseignement sur les risques associés aux OGM, principalement dans des Masters. Sa volonté de diffusion de l’information auprès du grand public s’est également traduite par la publication d’articles dans des revues de vulgarisation d’une part, et par de nombreuses interventions pour répondre aux questions de journalistes de la presse quotidienne et hebdomadaire d’autre part.
Enfin, ses connaissances acquises au fil des années l’ont positionné comme expert dans de nombreux comités. Membre du comité OGM et Environnement mis en place par l’Inra entre 1998 et 2002, l’un des premiers en France à lancer des recherches sur l’identification, la gestion et l’évaluation des risques liés à l’introduction d’OGM dans l’environnement, il a ensuite poursuivi dans l’expertise de dossiers d’homologation pour le compte du Comité scientifique des plantes et de l’autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA), du Comité de biovigilance et de la Commission du génie biomoléculaire (CGB) en France. C’est ensuite en 2006 qu’il intègre la CGB : "Composé d’experts scientifiques et de représentants de la société civile, cette instance consultative, obligatoirement saisie par l’administration avant toute autorisation de dissémination volontaire d’OGM, a représenté une étape essentielle dans le processus français et européen d’autorisation des OGM." Elle est devenue depuis 2008 le Haut conseil des biotechnologies (HCB), pour lequel Denis Bourguet poursuit aujourd’hui cette mission d’expertise.
En savoir plus :
> Comment les chenilles de pyrale parviennent à éviter la "grande Faucheuse", communiqué de presse 28/04/2010
> L’amour chez les pyrales, juste une question d’odeur ?, communiqué de presse 20/06/2007
> Pyrale du maïs : la gestion de la résistance aux toxines produites par le maïs transgénique Bt, communiqué de presse 30/05/2006
(1) L'habilitation à diriger des recherches (en abrégé HDR), est un diplôme national de l'enseignement supérieur qu'il est possible d'obtenir après un doctorat. Ce diplôme permet de postuler à un poste de professeur des universités (après inscription sur la liste de qualification par le Conseil national des universités), d'être directeur de thèse ou choisi comme rapporteur de thèse.
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