Les viticulteurs livrent depuis des décennies une bataille presque essentiellement chimique contre les maladies fongiques qui dévastent le vignoble. Cette situation est le fruit d’une suite d’événements qui ont marqué la viticulture depuis le XIXe siècle, notamment l’introduction depuis les États-Unis de l’oïdium et du mildiou. La vigne est incapable de se défendre contre ces deux "champignons" parasites. C’est pour la sauver du mildiou qu’en 1884, Millardet a mis au point l’un des premiers fongicides, la bouillie bordelaise. Aujourd’hui, "la vigne est l’une des cultures sur laquelle on utilise le plus de fongicides", déplore François Delmotte. "Si elle correspond à moins de 4 % de la Surface agricole utile, les traitements qu’elle nécessite chaque année représentent 20 % des produits phytosanitaires utilisés en agriculture !"
Comprendre l’adaptation du mildiou à la résistance de la vigne
Ce mildiou, capable de remettre en cause une récolte, est un "oomycète qu’on appelle Plasmopara viticola. Il n’est pas un champignon au sens strict car il est apparenté à la famille des algues brunes. C’est une espèce diploïde : son organisme possède deux jeux de chromosomes. Ce parasite est totalement incapable de se développer en dehors de sa plante hôte, la vigne", nous précise le chercheur. "Notre objectif est de dresser le profil génétique de l’agresseur avec l’espoir de mieux le connaître, donc de mieux le combattre". La façon la plus efficace de réduire l’utilisation des fongicides sur vigne est de créer de nouvelles variétés résistantes au mildiou. Actuellement, les chercheurs de l’Inra de Colmar améliorent les cépages en y intégrant des gènes de résistances provenant de vignes américaines ou asiatiques. "De mon côté, j’étudie la diversité génétique du mildiou de la vigne dans le but d’anticiper l’adaptation des populations de mildiou aux nouveaux gènes de résistance", explique François Delmotte. Déjà, l’équipe de Bordeaux a montré qu’une toute petite population de souches a été à l’origine de l’introduction du mildiou en Europe. Maintenant, l’équipe va plus loin en remontant à la source : "En ce moment, nous collectons du mildiou aux États-Unis, dans son bassin d’origine. Là-bas, nous avons découvert une variabilité génétique jusque là insoupçonnée qui laisse penser que nous sommes peut-être en présence de plusieurs espèces, plus ou moins spécialisées sur leur cépage. Nous envisageons maintenant d’expérimenter dans ce pays les variétés élaborées en France pour savoir si des souches de mildiou ne contournent pas déjà les résistances. Avant de lancer de lourds programmes de sélection, il est capital de vérifier si les gènes de résistances utilisés seront durables..."
La vision d'un biologiste de l’évolution
"Par goût pour l’histoire naturelle, j’ai suivi un cursus universitaire entièrement tourné vers les sciences de l’évolution et l'écologie." Après une maîtrise en Biologie des populations à Paris, François a poursuivi par un DEA d’Écologie et s’est spécialisé dans la génétique des populations. Sa thèse de doctorat portera sur l’évolution des modes de reproduction chez le puceron, et son post-doc, sur l’évolution du génome des bactéries qui vivent en symbiose dans les cellules d’insectes. Ce sont ses compétences en biologie évolutive et en génétique qui sont aujourd’hui mobilisées pour comprendre l’évolution des populations de mildiou de la vigne. Avec presque 10 000 cépages, "la vigne est un magnifique support biologique et l’histoire de sa domestication se confond avec celle de l’homme depuis plus de 6 000 ans". Depuis sa venue à Bordeaux en 2002, le chercheur a découvert l’œnologie, le "hobby bordelais". Forcément, il aime le vin : "On ne peut travailler avec passion et ‘sans modération’ sur la vigne sans l’aimer".
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