Entré à l’Université à 17 ans au sortir d’un lycée technique, Gérard Cabello perd cette avance notamment à la suite d'une fracture de la jambe consécutive à la pratique intensive du football. Alors qu’il doit repasser deux partiels après l’été, il découvre une annonce de poste de technicien de recherche à l’Inra et décide de tenter sa chance. Il est alors recruté, sur "tests psychotechniques". Son directeur d’unité, Pierre Larvor, l’aidera tout au long de ses débuts, en lui permettant de passer un diplôme sur une technique de mesure des hormones thyroïdiennes, puis une thèse d’université : "J’ai pu évoluer tout en travaillant. Alors que je n’étais que technicien, il m’a inséré dans l’équipe scientifique du laboratoire ; j’ai beaucoup de reconnaissance pour ce qu’il a fait pour moi." En plus de son travail technique et des expérimentations nécessitées par l’obtention de ses diplômes, Gérard Cabello "s’auto-forme" : "J’ai appris seul en lisant une multitude d’ouvrages et d’articles, je me suis posé beaucoup de questions et j’ai dû chercher moi-même les réponses".
Du biberon aux bébés agneaux…
Lors de ses premières années à l'Inra de Theix, Gérard Cabello travaille sur les relations entre les hormones thyroïdiennes et les pathologies néonatales des ruminants : "Le travail avec les animaux nouveaux-nés, comme leur donner le biberon, était très agréable. Passer des nuits à attendre les naissances et à intervenir dès la mise bas était plus dur ! Je dormais parfois une heure par-ci, par-là sur une botte de paille et me faisais quelquefois réveiller par le technicien animalier quand la mise bas s’annonçait". Heureusement, il obtient l’aide d’une étudiante en thèse… qui deviendra plus tard son épouse. Les résultats de Gérard Cabello montrent que l’activité thyroïdienne fœtale et néonatale conditionne la thermorégulation et la sensibilité aux maladies pendant la période périnatale ; de plus, les déficiences thyroïdiennes augmentent nettement la mortalité. L’équipe met alors en place une thérapie extrêmement efficace, mais une Loi interdisant l’utilisation de ces composés par les éleveurs, entre en vigueur au même moment. Toutefois, ces nouvelles connaissances ont été appliquées sur les nouveau-nés humains de faible poids de naissance dans différents pays d’Europe.
… à la recherche moléculaire
À la demande de sa direction scientifique, Gérard Cabello monte ensuite une équipe de recherche moléculaire à Montpellier pour mieux comprendre l’intervention des hormones thyroïdiennes dans le développement du tissu musculaire ; la transition est difficile, puisqu’il doit à nouveau apprendre par lui-même les bases et les techniques de la biologie cellulaire et moléculaire : "J’ai été ensuite nommé directeur d’unité, ce qui était difficilement envisageable a priori pour une personne recrutée avec uniquement un baccalauréat technique. J’ai quitté progressivement 'la paillasse', à regret. Mais ne vouloir faire que ce qu’on aime faire est égoïste. Être directeur d’unité, c’est aider les autres et cela m’a apporté beaucoup en termes de gestion des relations humaines". Par ailleurs, lui qui ne possède ni licence, ni maîtrise, devient coresponsable d’un DEA, enseigne régulièrement à ce niveau, et est invité très fréquemment dans les jurys de thèse ou d'habilitation à diriger des recherches (HDR). Il est également nommé professeur consultant à l’Agro M. "Il s’agit d’un paradoxe que j’adore souligner".
Les mitochondries : une source de savoir sur l’animal et sur l’homme
Son équipe a apporté de grandes connaissances sur les mécanismes du développement musculaire, notamment l’existence d’un nouveau type de récepteur dans les mitochondries de la cellule : "C’était si inattendu et depuis des années sujet à polémique dans le milieu scientifique international que certains articles ont mis deux ans à être publiés. Cela nous a apporté toute une somme de savoir-faire et de connaissances sur les mitochondries". Des recherches élargies à l’homme à partir de l’agronomie : "Je suis passé d’une recherche très intégrée à une recherche plus fondamentale. Quand on travaille en amont, les conséquences des recherches peuvent s’appliquer à des champs plus vastes, par exemple la pathologie humaine. Nous avons ainsi découvert l’implication des mitochondries dans l’induction d’un certain type de cancer", explique Gérard Cabello. Aujourd’hui, trois chercheurs du département nutrition humaine ont rejoint le ‘labo’ : "Ils travaillent avec nous sur l’hypothèse que des maladies telles que l’obésité, l’hypertension ou le diabète dues aux alimentations hypercaloriques, aient pour médiateur des modifications de l’activité mitochondriale".
Retour à "la paillasse"
Début 2007, Gérard Cabello retourne à la recherche "pure et dure", tout en continuant à s’investir dans un grand nombre d’animations scientifiques. À un stade de sa carrière où il peut "regarder dans le rétroviseur", il avoue : "Si on me demandait de recommencer, y compris quand ça a été dur, je recommencerais. Et je me vois mal décrocher !" Heureusement, le chercheur n’est pas un "mono-passionné" et en dehors de l’Inra, il s’est investi avec la même passion dans le syndicalisme, le sport, le théâtre et plus récemment dans ses activités d’élu municipal. Et s’il discute très souvent de la progression de la recherche avec son épouse, elle-même chercheur, il sait de temps en temps s’abstraire pour de bon : "En hiver, nous faisons des voyages lointains vers d’autres cultures ; c’est une autre passion. Et en s’asseyant dans l’avion, on oublie tout pour de nouvelles découvertes".
|