Pendant son cursus à l’Institut supérieur agricole de Beauvais, Hélène effectue un stage de fin d’étude sur la génétique de la résistance des plantes aux maladies, dans un laboratoire de recherche à l’Inra de Rennes. Le thème l’intéresse beaucoup ; à l’issue d’un DEA en phytopathologie, elle entre comme "attachée scientifique contractuelle" au département de Génétique et d’Amélioration des plantes, pour réaliser sa thèse dans le laboratoire de cytogénétique. Là, elle est amenée à s’intéresser aux relations entre le blé et les espèces sauvages apparentées, thème qui pique sa curiosité : "Les techniques que j’utilisais au cours de ma thèse ne m’apparaissaient pas totalement satisfaisantes pour évaluer les relations de proximité ou de divergence entre les différentes espèces. J’ai donc souhaité m’orienter vers la biologie moléculaire qui était à ce moment-là en émergence". Hélène s’organise pour compléter sa formation dans un laboratoire universitaire à la faculté d’Orsay. Un pas de franchi, mais qui l’amène à aller plus loin : "J’ai acquis des techniques de biologie moléculaire, mais elles ne répondaient pas à toutes mes questions. Cependant, cela m’a ouverte à une nouvelle thématique". À la suite de sa thèse et de ce séjour en Université, elle souhaite approfondir encore ses compétences, avec l'objectif - qui a été le fil conducteur de sa carrière - "d’essayer de comprendre l’organisation et les mécanismes d’évolution des génomes".
Des éléments mobiles influencent l’évolution des génomes
Elle s’envole alors pour l’Angleterre et effectue un post-doc’ de deux ans à l’Institute for Plant Science Research de Cambridge, période dont elle garde un souvenir enthousiaste : "J’étais dans un laboratoire à la pointe de la biologie moléculaire végétale, j’ai acquis énormément de choses, tant sur le plan des techniques et des compétences que celui de la conception d’un projet de recherche. J’y ai également construit un réseau de relations internationales dont je profite encore aujourd’hui". Revenue en France, Hélène Lucas met en place un Laboratoire de biologie moléculaire des céréales à l’Inra de Clermont-Ferrand : "J’étais une petite jeune très enthousiaste et très motivée !", s’amuse-t-elle. Très vite, elle rejoint l’Inra de Versailles, où elle travaillera pendant 13 ans au Laboratoire de biologie cellulaire sur les "éléments transposables", sujet sur lequel elle avait "planché" pendant son post-doc’ et qui continuait à la passionner. Tâche ardue pour Hélène d’expliquer pour le profane ce que sont éléments transposables ! Elle s’essaie avec bienveillance, d’une voie douce : "Ce sont des éléments mobiles pouvant se déplacer dans le génome, et qui peuvent éventuellement créer des mutations ou modifier l’expression des gènes à côté desquels ils s’insèrent. Ils jouent un rôle très important dans l’évolution des génomes".
Un domaine de recherche en pleine effervescence : l’épigénétique
En 2004, elle prend la direction du département de Génétique et d’Amélioration des Plantes : "J’ai souhaité continuer à consacrer une journée par semaine à la direction de la petite équipe de recherche qui travaille avec moi. Je pense qu’il est primordial de garder un pied dans la recherche, sinon on oublie la réalité. On m’a dit : tu n’y arriveras pas, et c’est à peu près ce qui se passe !" plaisante-t-elle. Après avoir fait, stricto sensu, "l’analyse de la transposition et de la régulation de l’élément transposable de tabac Tnt1 dans Arabidopsis thaliana (une plante de la famille des moutardes)", son équipe travaille sur "l’impact des processus épigénétiques sur la variabilité des plantes et sur leur adaptation à l’environnement". Avec le sourire, Hélène Lucas prend le temps d’expliquer : "l’épigénétique, ce sont les processus de régulation des gènes qui ne touchent pas à la séquence de l’ADN mais qui modifient la chromatine associée à cet ADN. Ces processus ont été mis en évidence récemment, c’est un domaine très actif dans la communauté scientifique internationale. J’ai mis en place un programme de recherche visant à estimer l’impact de cette régulation épigénétique sur la résistance des plantes aux stress ‘abiotiques’, soit les conditions naturelles comme le froid ou la sécheresse".
Quand elle a un jour de libre, Hélène s’occupe de sa maison, et si elle en a un deuxième, "ce qui est très rare", précise-t-elle, "je m’écroule dans un coin et je bouquine !". Plus sérieusement, elle résume : "J’ai beaucoup de travail, mais c’est intéressant. C’est ma première année en tant que chef de département. Avec un peu d’expérience, on arrive peut-être à mieux s’organiser et à gérer les priorités".
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