C’est suite à une journée "portes ouvertes" au centre Inra de Champenoux (Nancy) que son parcours a débuté : "J’ai tourné sur le centre pendant toute une journée, prenant connaissance de toutes les thématiques abordées, des graines utilisées pour reboiser jusqu’à l’évaluation de la qualité des planches… les chercheurs de chaque labo étaient si passionnés que je trouvais tout intéressant... c’était là que je voulais travailler". Son diplôme d’ingénieur forestier en poche et après une thèse en écophysiologie forestière sur la réponse des chênes à la sécheresse et à l’éclaircie, Nathalie Bréda a été recrutée comme chercheur dans l’équipe "Phytoécologie" de l’unité mixte de recherche Inra-Université Henri Poincaré "Écologie et écophysiologie forestières".
Chef de département adjoint EFPA depuis 2010, Nathalie Bréda partage son expérience avec ses collègues pour les accompagner vers les nouveaux défis que doit relever la recherche forestière : développer durablement la fonction de production des systèmes écologiques, caractériser et optimiser les services rendus par les forêts et milieux naturels, tout en favorisant leur adaptation aux changements globaux.
Des arbres à la fois résistants … et vulnérables
La résistance des arbres et leurs performances de croissance constituent son sujet de recherche principal : "Nous nous basons sur les anneaux de croissance qui forment le tronc d’arbre pour déterminer les années pendant lesquelles la croissance est perturbée. Le défaut peut concerner plusieurs années successives ou être ponctuel. Dans ce cas, un cerne annuel étroit est signe que l’arbre n’a presque pas poussé". Après les sécheresses des années 2003 à 2005, de nombreux cas de dépérissements ont été étudiés, à travers un grand programme national pluridisciplinaire que la chercheuse a coordonné. Les pertes de productivité directe des forêts ont été évaluées pour les différentes essences de la forêt française. Mais les résultats les plus originaux concernent la mortalité. "Au sein d’un même peuplement, nous avons pu montrer que les arbres les plus vulnérables lors des sécheresses et qui n’ont pas survécu étaient souvent ceux qui avaient le mieux poussé soit dans leur jeune âge, soit dans les années précédant la sécheresse". De quoi déstabiliser les sylviculteurs et les généticiens, qui travaillent depuis toujours au profit des arbres les plus performants.
Des écosystèmes complexes exposés à de multiples contraintes
Nathalie Bréda travaille essentiellement en conditions naturelles, où les contraintes sont multiples, les interactions entre communautés complexes et la diversité importante. "C’est ce qui est passionnant. Chaque nouveau dysfonctionnement interroge nos acquis et met à l’épreuve la généricité des mécanismes que nous étudions". Les changements parfois très anciens de pratiques, de sylviculture, de fertilité ou de contraintes liées au climat ou aux cortèges de bio-agresseurs sont décortiqués, datés, quantifiés, hiérarchisés. Une enquête rigoureuse est menée pour retrouver le ou les coupables des dysfonctionnements, des mortalités. "Le plus difficile parfois aussi, reconnaît la scientifique, c’est de comprendre les mécanismes qui sous-tendent l’extraordinaire capacité de récupération des écosystèmes".
Un travail d’équipe, qui mobilise des disciplines et des partenariats diversifiés
La complexité des écosystèmes forestiers nécessite par nature la mobilisation de compétences techniques et scientifiques très diversifiées. "C’est un véritable défi pour les progrès de nos recherches. Faire travailler ensemble des généticiens et des écophysiologistes, des écologues et des sylviculteurs, des pathologistes et des bioclimatologues, des modélisateurs et des statisticiens, c’est difficile mais terriblement efficace ! Et nous sommes également interpelés par nos partenaires non scientifiques : les gestionnaires, les services en charge de l’inventaire des forêts ou de la surveillance de sa santé… C’est ce qui caractérise aujourd’hui une recherche moderne en écologie." Forte de cette expérience, Nathalie Bréda a été sollicitée pour rejoindre la cellule de coordination du métaprogramme Inra ACCAF sur l’adaptation de la forêt et de l’agriculture au changement climatique. Une évolution cohérente car ses travaux sur la vulnérabilité et l’adaptation des forêts à la sécheresse, au climat futur et aux bio-agresseurs et son implication dans l’Atelier de réflexion prospective Adage s’inscrivent dans la droite lignée des axes recherche du métaprogramme.
Repenser la sylviculture et l’aménagement des forêts dans un contexte incertain
Les résultats récents acquis par l’équipe de Nathalie Bréda sur la vulnérabilité des arbres et des peuplements ont des conséquences fortes pour les gestionnaires des forêts privées ou publiques. Malgré les incertitudes climatiques, les changements sont en marche et les écosystèmes forestiers devront s’adapter de manière spontanée, s’ajuster, parfois aux prix de mortalités brutales lors d’évènements extrêmes comme des tempêtes, des sécheresses, des épidémies ou des pullulations de ravageurs. "Notre mission est d’éclairer les gestionnaires dans leurs choix pour, dès maintenant, accompagner ces changements en favorisant l’adaptation, en l’accélérant, en transformant nos forêts." Au prix de certains compromis entre les multiples fonctions de la forêt, à la fois productive, diversifiée et durable.
Deux prix qui récompensent un investissement énergique et des réponses pragmatiques
La remise en cause constante qui caractérise la vie de chercheur est certes parfois difficile à vivre, mais c’est ce qui stimule Nathalie Bréda, qui n’hésite pas à s’engager avec la même passion dans ses recherches et dans la communication de ses connaissances au grand public. Sa motivation et un investissement volontariste sur les fronts de la science et de sa diffusion lui ont valu le prix du conseil régional de Lorraine du chercheur 2004. "La région Lorraine m’a dit avoir apprécié ce mélange subtil de recherche et de finalité ; ce prix a en fait récompensé l’approche que l’Inra développe plus généralement dans ses recherches". En 2006, l'approche interdisciplinaire novatrice qu'elle a développée pour expliquer le dépérissement des forêts et établir le rôle essentiel de la sécheresse a été une nouvelle fois honorée : le prix Jean Dufresnoy de l'Académie d'agriculture de France lui a été attribué.
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