Après une formation "agro" et une thèse en physicochimie à Paris VI, Paul Colonna a fait plusieurs séjours de post-doc à l’étranger. Pendant ses études, il rencontre des chercheurs de l’Inra : "Je les ai trouvés intéressants, tant au niveau scientifique, politique, ou humain". Il se "fait plaisir" en entrant à l’Inra, qu’il choisit "par passion" : "À l’Inra, il est possible de vivre sa passion avec une grande liberté. Pour répondre à nos objectifs d’organisme finalisé, il y a souvent plusieurs voies. La manière dont un chercheur va les atteindre dépend de sa personnalité. Si un chercheur est plus fondamentaliste, ou plus appliqué, il est possible pour lui de choisir les thèmes de recherche ou de contribuer à des programmes de recherche dans lesquels il va pouvoir développer son talent". Même "individualisée", la recherche à l’Inra est intégrée par une approche collective : "L’environnement immédiat est une communauté humaine : il ne s’agit pas d’une recherche individuelle comme on peut la trouver dans certains organismes, c’est de la recherche dans le cadre de la collectivité". Ce côté "marche en avant d’un groupe" me plaît beaucoup".
La qualité indispensable au chercheur et au chef de département : la curiosité
L’activité principale de Paul Colonna est celle de chef de département : "Avec le temps, mon activité de chercheur dans l’unité Biopolymères décroît, je passe le relais à des chercheurs plus jeunes qui prennent progressivement en charge l’animation et la responsabilité du groupe". Ces deux activités ont-elles des points communs ? existe-t-il aussi des différences, voire des oppositions, dans l’approche et les pratiques de chaque métier ? "Un grand nombre d’éléments sont invariants. Pour beaucoup de choses, cela demande les deux mêmes qualités, surtout la curiosité, et l’envie de construire et d’entreprendre. Et on part toujours d’une question, d’un thème" explique Paul Colonna.
Des différences en termes de zone d’action et de dynamique de travail
La première différence entre le travail de chercheur de Paul Colonna et celui de chef de département, c’est la zone d’action : "Celle du chercheur est bien circonscrite , alors que celle de chef de département est beaucoup plus large", précise Paul Colonna. En effet, le thème qu’étudie le département de Paul Colonna, "Caractérisation et élaboration des produits issus de l'agriculture" est très vaste : "La zone de responsabilité est beaucoup plus large mais la profondeur d’analyse est aussi beaucoup moins grande que celle du chercheur ; je dois asseoir mon travail sur beaucoup de revues bibliographiques, des travaux de thèse, des articles primaires, etc." La deuxième différence se situe au niveau de la dynamique de travail : "Celle de l’activité de chef de département est beaucoup plus rapide que celle d’ un chercheur, pour qui le facteur limitant est l’acquisition des résultats. Dans mon cas, je suis obligé d’anticiper au-delà de cette étape et prévoir ce que les travaux en cours vont donner dans deux ou trois ans". La troisième différence, ce sont les interlocuteurs. "Dans le cadre d’un laboratoire, on a un réseau scientifique et technologique relativement homogène. En tant que chef de département, je m’adresse aux chercheurs, aux industriels, aux centres techniques, mais aussi à des décideurs appartenant à des organismes de recherche complètement différents à l’étranger, des décideurs politiques, etc. Il faut aller chercher beaucoup plus loin les déterminants de l’action. Le travail est forcément interdisciplinaire".
Des questions de fond sur les nanotechnologies
En tant que chef de département, Paul Colonna travaille en ce moment sur la question des nanotechnologies, et cherche notamment à assembler des molécules pour constituer des assemblages supra-moléculaires ayant des fonctions biologiques qui ne se déduisent pas simplement de la connaissance de chacune des actions. "Nous allons créer des nanoréacteurs, sortes de rabots multi-lames permettant de réaliser successivement ces réactions", précise Paul Colonna. "Le département envisage également de faire de la "micro-fluidique", technique qui permet d’effectuer des très fines opérations de mélange de réactifs pour structurer à l’échelle mésoscopique, pour gérer des réactions chimiques sans les dérives liées aux transferts". Ce projet pose des questions de différents ordres : "D’abord scientifique, mais nous savons y naviguer. Puis, sociétal : la société acceptera-t-elle ces travaux et les produits de ces travaux ? Enfin, nous nous demandons s’il existe des intervenants économiques qui seront capables d’utiliser ces résultats ou de poser de nouvelles questions susceptibles de réorienter nos recherches". Comme ces activités sont prenantes, voire dévorantes, le week-end n’en prend que plus d’importance. Il se passe en famille, une famille également passionnée par la science ! Le temps libre de Paul Colonna lui apporte bien entendu une ouverture sur d’autres activités : cinéma, théâtre, randonnée… mais peut-être avec les mêmes déterminants : voir et faire.
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