Philippe Chemineau passe un baccalauréat scientifique avant de rejoindre les classes préparatoires "agro", où son attrait pour les mécanismes de la nature se confirme : "Quand j’étais au lycée et dans les classes préparatoires, découvrir la nature était mon moteur essentiel. J’étudiais les sciences naturelles qui me faisaient comprendre les mécanismes extraordinaires qui régissent le fonctionnement des êtres vivants. J’étais fasciné, et je le suis toujours". Après un mémoire de fin d’étude en génétique animale, Philippe Chemineau entre à l’Inra : "Cela représentait l’opportunité de satisfaire égoïstement ma curiosité pour les règles de fonctionnement du vivant, tout en pensant que je serai peut-être utile à la société, que ce soit en les connaissant mieux ou en les détournant - noblement - au profit de l’Homme. Ce détournement utile est le fondement de l’agriculture depuis des millénaires".
En Guadeloupe et Martinique, tout est à découvrir
Philippe entre donc à l’Inra en tant qu’ingénieur principal de recherches en 1977… pour prendre deux ans plus tard ses valises : il part en Guadeloupe et Martinique pendant 4 ans pour inventorier les caractéristiques de reproduction des chèvres et des brebis locales et mettre au point des traitements simples et peu coûteux pour maîtriser leur fertilité. "C’est une période fantastique : ces caractéristiques étaient très peu connues, les publications sur ce sujet étaient rares, il y avait finalement beaucoup à découvrir". La solution proposée par Philippe Chemineau, c’est "l’effet mâle", c’est-à-dire la réintroduction du mâle auprès de la femelle après une période de séparation, qui provoque une ovulation dans les 48 heures.
Des idées novatrices pour mieux contrôler la reproduction des animaux
Philippe Chemineau réintègre la métropole et une équipe qui travaille sur des techniques non invasives de manipulation de la saison de reproduction. "La saison de reproduction des mâles et des femelles sous nos latitudes dépend de la durée d’éclairement. J’ai donc contribué à développer des traitements photopériodiques - on ajoute de la lumière dans les bergeries, à l’aube et en milieu de nuit - pour contrôler la reproduction des mâles et des femelles chez les caprins et les ovins. Ces traitements sont désormais largement utilisés dans les élevages et les centres de production de semence". Au bout de quelques années, le directeur de l’équipe "Neuroendocrinologie sexuelle" de la station de physiologie de la reproduction des mammifères domestiques, Jean Pelletier, lui demande d’en prendre la responsabilité : "J’étais surpris et assez angoissé. Surpris car on pouvait penser qu’en tant qu’ingénieur j’avais moins de légitimité à diriger une équipe qu’un chargé de recherches ou un directeur de recherche, mais c’était un héritage de Charles Thibault, le fondateur du département de physiologie animale, de considérer que le statut importe moins que la compétence". Philippe Chemineau a trouvé cette période de sa carrière très intéressante : "Il faut discuter avec les autres des protocoles et des programmes, être toujours à leur écoute… Je trouve que responsable d’équipe est un métier extraordinaire. On est à la genèse de la réflexion et de l’action scientifiques".
Comment un ingénieur devient directeur de recherche…
Un jour, le chef de département demande à Philippe Chemineau, qui est toujours ingénieur, de prendre la direction de l’unité. Apparaît alors une difficulté liée au statut et à la fonction, car même si Philippe Chemineau peut parfaitement diriger l’unité, il ne peut pas participer aux jury de concours ou de recrutement du personnel scientifique. Il passe donc le concours de Directeur de recherche, le réussit et revient "dans un cadre plus classique de carrière dans la recherche".
… et chef de département
De son parcours atypique, il dit : "J’ai toujours tâché de faire le mieux possible le travail que je faisais au moment où on me le donnait". Philippe Chemineau applique une philosophie qui lui vaut la reconnaissance de ses pairs et de nouvelles responsabilités : le poste de chef de département lui est alors proposé. "Le travail consiste à ‘générer des consensus’ : comprendre les orientations de la politique de recherche de la direction générale, participer à son élaboration et la traduire au niveau des labos et des unités, mais aussi comprendre les programmes que les labos et les unités projettent. Je joue un rôle d’interface de manière qu’on puisse construire et développer un schéma stratégique de département", expliqe-t-il. Là encore, Philippe Chemineau se lance dans l’aventure avec enthousiasme et humilité : "Je garde à l’esprit qu’on ne sait jamais tout et j’accepte d’apprendre. Je m’inquiète à chaque fois, mais en fait, je vois qu’on peut progresser de façon permanente".
La recherche, une aventure de liberté intellectuelle
Son travail de chef de département consiste à "se promener" dans les différents unités du département, rencontrer les responsables d’unités et les responsables d’équipe. "C’est un vrai plaisir : ils sont enthousiastes et prêts à vous faire partager leurs résultats et leurs projets". Pour être chercheur à l’Inra, Philippe Chemineau pense d’ailleurs qu’"il faut avoir envie de travailler, être curieux et tenace car la nature ne se laisse pas découvrir comme ça". La recherche, c’est selon lui "le métier où il y a le plus de liberté intellectuelle. Bien sûr, le chercheur est dans un cadre, mais c’est quand même formidable d’être payé pour satisfaire sa curiosité".
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