Même s’il a grandi à Rennes, Robert Esnault adolescent n’aime rien plus que la campagne : il passe ses week-ends à pêcher et ses vacances à travailler dans les exploitations agricoles. Devenu adulte, c'est cet attachement profond à l'environnement qui le motive pour s’investir activement tant dans la protection de la nature que dans l’amélioration des cultures, en conservant un contact direct avec le terrain : "je n’aurais pas pu commencer une activité sans qu’elle contienne du terrain", assure t-il. Robert Esnault entre à l’Inra de Rennes comme technicien, chargé de la mise en œuvre d’un programme de sélection de féveroles de printemps et d'hiver, une plante protéagineuse utilisée pour l’alimentation animale. Il s'investit dans ce travail et développe ses connaissances et ses compétences. Quelques années plus tard, ces acquis sont reconnus et plus de responsabilités lui sont confiées : "J’ai pu agir plus en amont, dans la conception et la mise en place des programmes de sélection" raconte-t-il.
La bonne méthode pour évaluer la résistance des plantes aux maladies
Aujourd’hui, Robert Esnault travaille dans une unité dont l'un des thèmes fédérateurs est la résistance des plantes aux maladies. En France aujourd’hui certains sols sont naturellement contaminés par un champignon, Aphanomyces euteiches, qui a un impact très important sur les cultures de pois dans les régions où la culture s’est intensifiée. Il collabore à la mise en place d’expérimentations sur sol infesté : "Avec les collègues pathologistes toute une méthodologie d’évaluation de la maladie a été mise en place. Ce n’était pas évident, car il existait une hétérogénéité naturelle de la contamination du sol. Dans un dispositif d’expérimentation, pour pouvoir comparer un géniteur par rapport à un autre, il fallait avoir des éléments objectifs pour s’affranchir de cette hétérogénéité". La méthode validée par Robert Esnault s’appuie sur des "témoins adjacents" : "Une plante sensible à la maladie est identifiée comme témoin de la contamination du sol. Quel que soit l’endroit où l’on va évaluer une lignée, elle aura à proximité ce témoin. Cela permet d’évaluer le niveau relatif de sensibilité de la lignée génitrice que l’on teste."
De l’observation des plantes à la biologie moléculaire
La partie "terrain" de son travail est à présent beaucoup déléguée. "La plus grande partie de mon travail repose sur l’exploitation des résultats et sur l'écriture de protocoles. Pour moi, fournir des résultats fiables est très important". explique Robert Esnault. En outre, à l’aspect "évaluation de la maladie sur le terrain" répond aujourd’hui celui de "biologie moléculaire", mené en parallèle dans le processus de recherche : "Avec mes collègues spécialistes en biologie moléculaire nous mettons - ou non - en relation la présence de marqueurs sur des zones du génome avec des facteurs génétiques de résistance à la maladie. Les identifier permet d’élaborer des outils pouvant assister la sélection dans le but de créer du matériel résistant". L’évolution de la carrière de Robert Esnault suit celle de la science : "J’ai évolué dans ma culture scientifique puisque je suis passé du système de sélection des plantes basé exclusivement sur l’observation et sur la connaissance de la plante entière vers un système qui lui associe une démarche moléculaire".
La "démarche qualité", une démarche de qualité
À la fin des années 1990, dans le cadre de la mise en œuvre des bonnes pratiques de l’expérimentation, Robert Esnault a eu l’opportunité de mettre en place la "démarche qualité" au sein de son unité et de satisfaire par la même occasion son goût du contact : "Cette action nécessitait le développement d’un travail de proximité avec mes collègues. J’étais convaincu, et je voulais convaincre, que donner de la transparence aux activités, développer des méthodes qui permettent de démontrer qu’on travaille avec les bons outils, avec une traçabilité et une fiabilité dans nos résultats, pouvait énormément faire progresser et valoriser les activités d'une unité".
En dehors de l’Inra, Robert Esnault développe des activités tournées vers la sensibilisation de la protection de l’environnement dans sa commune de Mordelles. Vice-président d’un syndicat de distribution d’eau potable, il anime un groupe sur les économies d’eau, organise des réunions avec des professionnels, travaille sur une plaquette de sensibilisation… Il est également vice-président d’un syndicat hydraulique qui travaille sur la reconquête de la qualité de l’eau. Enfin il est conseiller délégué à l’Agenda 21 dans sa commune : "Ma mission concerne la réduction des déchets à la source", précise Robert Esnault. La nature, pour Robert Esnault, c’est son travail, c’est sa cause… et c’est aussi son plaisir. "Quand mes enfants étaient plus jeunes, nous faisions beaucoup de randonnées en montagne ensemble… aujourd’hui, j’ai gardé une belle habitude venue d’une passion commune avec mon fils : l’observation ornithologique". Campagnard dans l’âme, Robert Esnault ne se rend à Rennes que pour l’exception d’un ‘ciné’ ou d’un concert.
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