LB : " Présentez-nous en quelques mots votre société."
FR : Doriane est l’éditeur de LABKEY™, suite logicielle de gestion de l’information technique de départements de recherche en relation avec les biotechnologies. Doriane a mis sur le marché son premier logiciel standard en 1987 et emploie aujourd’hui 7 personnes, dont 3 ingénieurs informatiques, un docteur-ingénieur en agronomie, un docteur en pharmacie et moi-même, pour un chiffre d’affaires de 650.000 euros prévu en 2007.
LB : Une forte activité de R&D en relation avec votre parcours ?
FR : Oui Parce que je n’ai pas eu un parcours linéaire mais mon attirance dès l’adolescence pour le végétal et l’électronique m’a permis au début des années 80 de faire le lien entre l’informatique et la sélection variétale. Après des études de biologie, de génétique, et de phytopathologie, j’ai appris l’informatique au moment où elle prenait de l’essor. J’ai fait un DEA à Orsay qui m’a permis de faire de l’informatique en ressources génétiques puis au Groupement d’Etudes et de Contrôle des Variétés et des Semences, le GEVES dont l’INRA est le principal partenaire.
LB : Un parcours déterminant pour votre activité professionnelle
FR : Ce sont mes rencontres avec des personnages qui ont été déterminantes, des personnes originales qui m’ont ouvert les yeux sur des opportunités, le professeur Lacoste qui nous obligeait en Université à faire des stages en Entreprises. Révolutionnaire à l’époque ! J’ai ainsi fait mon stage dans une entreprise de sélection de semences, puis le directeur de recherche au CNRS Mr Pernes qui m’a permis de travailler au phytotron. Et surtout Claude Hutin de l’INRA qui m’a permis de développer mes talents en informatique en toute confiance alors que j’étais débutant. Il a eu beaucoup de patience, et d’attention vers moi. On prend confiance dans ses possibilités et on n’hésite pas par la suite à créer une entreprise.
LB : C’est à la mode aujourd’hui
FR : A l’époque en 1987 ça ne l’était pas ! Il n’y avait pas tous ces dispositifs d’aide à la création d’entreprise à partir de la recherche publique. Mais avec ce que j’avais pu observer et expérimenter, je sentais qu’il y avait un manque en matière d’informatique pour la sélection variétale. J’ai donc quitté le GEVES pour créer mon entreprise avec ma femme qui est docteur en pharmacie.
LB : Vous avez commencé par travailler avec l’INRA.
FR : Bizarrement oui et non. L’émerveillement a été pour moi de voir que l’on pouvait vendre un même logiciel standard pour la recherche à de grands groupes pharmaceutiques qui avaient largement les moyens de développer ces outils eux-mêmes s’ils le voulaient. En effet, mon premier travail après l’INRA a été de démarrer la filiale française d’une société de systèmes graphiques 3D hautes performances et de logiciels de modélisation moléculaire. Peu après j’ai créé Doriane avec 4 associés à parts égales, j’étais le moins diplômé ! La toute première demande a été un logiciel de gestion d’essais pour Agri-Obtentions, filiale de l’INRA, qui était figé pour le maïs et le blé. Ensuite les demandes successives ont émané de la profession semencière puis des services agronomiques des sucreries. La gestion de la sélection reste aujourd’hui notre plus grosse activité à 85 %.
LB : Quelle a été votre originalité ?
FR : Notre originalité a été de toujours travailler sur un seul logiciel standard pour un besoin donné, en l’améliorant et le refondant pour toujours emmener tous nos clients avec un seul outil à faire évoluer. Nous avons commencé à faire du logiciel de gestion d’expérimentation assez simple pour des structures privées, à cette époque les besoins de la recherche publique étaient au-delà de nos possibilités. Les nouveaux concepts de gestion d’expérience que nous avons développés depuis 1998, plus simples et plus puissants devraient mieux satisfaire les besoins de la recherche publique. Mais je suis très soucieux de travailler avec l’INRA aussi je viens de faire une proposition originale au département scientifique de Génétique et d’Amélioration des Plantes. Je leur propose gratuitement les sources de nos logiciels de gestion de matériels génétiques et de marqueurs moléculaires pour qu’ils les utilisent, ils peuvent les transformer, ajouter des modules. En retour ils nous font un retour d’expérience, un retour d’expérience de la part de scientifiques de haut niveau peut être profitable pour Doriane.
LB : C’est votre seul lien avec l’INRA ?
FR : Non, Jean François Sillon est professeur et un ancien chercheur de l’INRA, il est notre docteur en agronomie et responsable technique. Et Jean Paul Sampoux, chercheur en amélioration génétique des plantes fourragères, qui est toujours à l’INRA est membre de notre comité stratégique. Il apporte dans ce comité toute son expérience de chercheur mais aussi son passé de semencier puisqu’il a passé 10 années à la coopérative Pau Euralis.
LB : Doriane, c’est un club des anciens de l’INRA ?
FR (sourires) : Non, bien évidemment. C’est une entreprise de 7 personnes en majorité des informaticiens sur un segment bien particulier : la gestion d’expériences en biotechnologie. Le renfort d’investisseurs de référence en 2002 : Créagro à hauteur de 25 % du capital et IAD-PACA nous ont permis de faire un saut qualitatif et quantitatif. Notre chiffre d’affaires a doublé entre 2002 et 2006 et nous proposons aujourd’hui des logiciels plus génériques et plus puissants conceptuellement. Nous pouvons ainsi élargir notre clientèle et travailler, je l’espère, avec la recherche publique.
LB : Votre avenir est là ?
FR : L’avenir est dans des logiciels multi activités, multi sectoriels et puissants. Nous venons de déployer LABKEY-Expérimentation chez Serasem en 3 mois, ce qui a permis de traiter les données de 100 000 parcelles cet été. Pour RAGT, nous avons déployé LABKEY-Sélection et LABKEY-Expérimentation, avec des pointes de 60 utilisateurs simultanés sur 12 sites dans 5 pays différents. Nous sommes les seuls à faire cela en sélection variétale. Nous allons sur le marché des expérimentations phytosanitaires où les pratiques sont différentes, en particulier avec Coopagri-Bretagne, Hélianthis et la SCARA. Nous développons des contacts en nutrition et sélection animale avec des groupes français et hollandais, ils utiliseront les mêmes concepts de gestion d’expérience que dans le végétal, les synergies dans les outils de génétique et d’analyse sont fortes.
LB : Alors, l’avenir est surtout dans l’innovation ?
FR : Oui, par exemple, nous avons développé un outil de laboratoire pour les sélectionneurs : les modules LABKEY-Flow et LABKEY-Molecular-Markers, pour lesquels nous avons construit le projet MMPLAN labellisé Euréka, en partenariat avec le laboratoire DVP-CLO (B), Royal van Zanten (NL) et RAGT (F) et des avances financières ANVAR et Région PACA. Ces modules permettent la production de marqueurs moléculaires à haut débit, leur stockage en base de données et leur analyse sur des plateformes informatiques bon marché, même pour des volumes de plusieurs milliers de génotypes et plusieurs centaines de marqueurs. L’intérêt est tel que ces outils sont en cours d’évaluation par une des premières sociétés américaines d’agrochimie et de génétique. D’ailleurs Caroline Djian-Caporalino, de l’INRA Antibes est venue en voisine faire une présentation à la réunion de lancement de ces produits à Nice. Cela devrait nous permettre de prendre des parts de marché à nos concurrents américain et canadien. Ce marché est petit donc mondialisé, les investissements en développement sont importants. La croissance est lente et l’aide d’un nouveau financier serait la bienvenue.
Contact :
Frédéric Royer CEO de Doriane SAS
Courriel : frederic.royer@doriane.com Mobile +33 612 945 867 Bureau +33 492 478 440 Site internet : www.doriane.com
Propos recueillis par Loïc BORDAIS de la Délégation au Partenariat avec les Entreprises.
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