JLR : Pouvez-vous nous présenter votre société ?
EB : Germicopa est une société de production de plants de pomme de terre. Sur le marché de la pomme de terre, c’est la plus importante en France, et la quatrième en Europe. Nos principaux concurrents sont hollandais ou allemands et ont une activité plus intégrée, de la production de plant jusqu’à la transformation de la pomme de terre. Germicopa présente la particularité de s’être spécialisée dans la production de plants, pour la France et les pays du pourtour méditerranéen qui constituent notre marché principal pour des raisons à la fois historiques et environnementales. Les conditions climatiques de la Bretagne font que les plants qui y sont produits sont physiologiquement plus adaptés aux régions méditerranéennes qu’aux régions du nord de l’Europe.
Nous nous développons sur le marché européen, marché en décroissance régulière, grâce à une diversification variétale importante, résultat d'une recherche de produits "beaux, bons, sains" qui doivent répondre à des critères autant esthétiques que technologiques (ne pas se déliter à la cuisson par exemple) et environnementaux (résistances aux stress biotiques et abiotiques).
JLR : Et le reste du monde ?
EB : L’année de la pomme de terre organisée par la FAO en 2008 a souligné que la culture de la pomme de terre n’avait plus de frontières. Il se produit et consomme plus de pommes de terre dans les pays en voie de développement que dans les pays développés. La Chine passe pour être le premier producteur mondial, elle produit autant de pommes de terre que l’Europe des 27. L’Inde est aussi un producteur non négligeable. Cela ouvre de nombreux champs d’investigation pour les sélectionneurs en termes de résistances aux maladies et d’adaptation aux conditions environnementales. Nous travaillons avec ces pays dans le cadre de partenariats locaux, la demande de compétence y est très importante. Mais on retombe sur les mêmes contraintes de temps de développement de nouvelles variétés, c’est un investissement sur le long terme.
JLR : Comment avez-vous été amené à travailler avec l’Inra ?
EB : C’est une collaboration qui est très ancienne, elle remonte à 1947. Il y avait à l’époque une convention cadre entre l’Inra et l’ACVNPT (Association des Créateurs de Variétés Nouvelles de Pomme de Terre). L’Inra s’occupait de gérer les ressources génétiques pour les obtenteurs. L’Institut créait aussi des variétés comme Safrane, que l’ACVNPT attribuait à l’un de ces membres pour le développement commercial. La coopération a pris aujourd’hui un caractère essentiellement scientifique, l’Inra réalisant une veille technologique qui éclaire les choix techniques et stratégiques des professionnels.
JLR : Quels ont été les apports de l’Inra ?
EB : Dans le passé, les études de l’Inra sur la physiologie du tubercule, composante essentielle de l’interaction génotype X milieu, ont eu une importance considérable dans l’amélioration de la sélection génétique. Plus récemment, les travaux de l’INRA Amélioration des Plantes et Biotechnologies Végétales (APBV) à Ploudaniel et de l’unité de Génétique et Amélioration des Fruits et Légumes (GAFL) en Avignon sur la transgénèse et les marqueurs moléculaires aident les obtenteurs à se positionner sur les applications concrètes qui se développent dans d’autres espèces mais restent encore très difficiles d’usage en pomme de terre.
Nous avons aussi beaucoup collaboré avec l’Inra pour lutter contre les maladies de la pomme de terre. Le centre de Rennes-Le Rheu, contribue de manière essentielle et déterminante dans la compréhension, le diagnostic et les préconisations des pathologies de la pomme de terre. Actuellement, nous travaillons beaucoup avec les chercheurs de l’unité APBV qui est constituée d’une équipe de pathologistes, nématologistes et virologistes à Rennes.
La priorité exprimée par les professionnels est aujourd’hui centrée sur les ressources génétiques. De très nombreuses variétés anciennes et nouvelles sont gérées par APBV sur le site de Ploudaniel. C’est un réservoir de gènes incontournable pour la création de nos futures variétés.
Enfin, mais d’une importance considérable pour l’ensemble de la filière française, l’implication de plusieurs sites INRA (La Minière, Ploudaniel, Le Rheu) dans les expérimentations et la gestion du Catalogue des variétés de pomme de terre ne saurait être oubliée !
JLR : Les relations Germicopa – Inra semblent s’être bien déroulées ; Il n’y a pas d’ombre au tableau ?
EB : Dans la définition des objectifs de la collaboration, Il y a parfois des problèmes de divergence entre l’intérêt d’un chercheur qui doit publier pour la reconnaissance de son activité scientifique et le travail de sélection qui ne conduit pas forcément à des publications.
Nous avons eu de très nombreux contrats de recherche avec l’Inra, et il est arrivé assez régulièrement que nous prenions connaissance de résultats à l’occasion d’une conférence internationale, ce qui est toujours une frustration quand on estime être en droit, prévu dans la convention, d’avoir une certaine avance sur la communauté scientifique internationale …
Des difficultés ont parfois été rencontrées également au niveau de l’administration centrale de l’INRA. Il faut discuter ferme pour faire valoir ses vues en matière de propriété intellectuelle.
Aujourd’hui le monde est devenu très ouvert, et nous sommes tous incités à travailler avec des organismes de recherche partout à travers le monde. C’est un univers qui est très concurrentiel où l’INRA reste pour nous un partenaire privilégié et prioritaire, mais pas unique. Et réciproquement…
JLR : Il y aura encore des collaborations entre l’Inra et Germicopa ?
EB : Oui je le souhaite vivement. Sur les thématiques de la collaboration, tout reste ouvert. D’actualité nouvelle en pays développés, des recherches sur l’intérêt nutritionnel de la pomme de terre pourraient être engagées.
Mais à mon sens, les priorités restent celles de toujours : (1) pressions parasitaires en constante évolution qu’il convient d’identifier, de prévenir et de contrer par tous moyens et (2) ressources génétiques qu’il faut introduire, maintenir, évaluer et exploiter dans un environnement naturel préservé au plan sanitaire.
En ces domaines l’INRA a aujourd’hui, en raison du déclin de ses compétiteurs institutionnels européens, de l’absence de recherche privée puissante et de la jeunesse des nouveaux centres publics qui se constituent, des atouts uniques bien réels (Environnement naturel et soutien professionnel, Capital humain et scientifique…) pour se positionner avec succès sur des actions, qui bien au-delà du seul intérêt des obtenteurs français, sont d’envergure internationale, à fort potentiels d’innovation scientifique et de progrès pour l’humanité. Faut-il rappeler ici ce que la FAO a clairement démontré au cours de l’année 2008, « Année Mondiale de la Pomme de Terre » : l’importance considérable et croissante de la pomme de terre dans l’alimentation humaine ?
Contact GERMICOPA :
Eric Bonnel
Société Germicopa SAS
1, allée Loeiz Herrieu
29000 Quimper
Contacts Inra :
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