La protection biologique des cultures, couramment appelée "lutte biologique", permet de réguler les populations des ravageurs des plantes cultivées en utilisant leurs ennemis naturels : insectes, bactéries, champignons et virus.
Cependant l’utilisation à grande échelle de ces ennemis naturels pose les problèmes de leur production en grande quantité. En ce qui concerne les insectes utiles, un des points délicats est l’alimentation. La méthode classique consiste souvent à élever les insectes sur des œufs de la pyrale de la farine (Ephestia kuehniella), mais cette méthode est onéreuse, renchérissant in fine le coût des méthodes de lutte biologique par rapport aux traitements chimiques.
L'Unité Mixte de Recherche INRA/INSA de Lyon BF2I, développe depuis longtemps des études sur la nutrition des insectes entomophages. Ses chercheurs ont réalisé une avancée significative dans ce domaine : la mise au point d’une méthodologie de définition de la composition d’aliment artificiel.
Dans le cadre de programmes de recherche successifs, contrat européen FAIR et travaux de thèses, les chercheurs ont mis au point une méthodologie qui combine une approche analytique itérative de la composition des aliments et une évaluation biologique (durée des différents stades de développement, poids, longévité, fécondité) et biochimique (compositions en acides aminés et acides gras) des insectes ainsi produits.
Sur l’insecte étudié, la coccinelle Harmonia axyridis, la mise en œuvre de la méthodologie a permis de constater une réduction de 20 % du temps de développement larvaire et un rendement en adultes intéressant (35 %, par rapport au nombre d’œufs), tout en permettant une bonne récupération des caractéristiques essentielles (fécondité, longévité, capacité de prédation) lors du retour sur des proies naturelles. La mise en place du contrôle de la qualité des entomophages représente maintenant une phase incontournable. Certaines caractéristiques biologiques ou biochimiques sont déjà utilisées pour ce contrôle. De nouvelles investigations seront réalisées pour rechercher des corrélations entre différents types de paramètres (biologiques, biochimiques ou comportementaux) afin d'estimer et de quantifier plus commodément la qualité finale des insectes produits.
La portée générale de cette méthodologie a déjà été validée avec d'autres insectes entomophages, comme certaines punaises prédatrices (très utilisées en serre) des genres Dicyphus et Orius, respectivement en collaboration avec une équipe espagnole (IRTA Barcelone) et belge (Université de Gand).
Contact scientifique
Simon Grenier
UMR INRA/INSA de Lyon,
Unité Biologie Fonctionnelle, Insectes et Interactionsµ
INSA, 20 avenue Albert Einstein - Bât. L. Pasteur
69621 VILLEURBANNE CEDEX
tel: 04 72 43 79 88
Simon.Grenier@jouy.inra.fr
Bibliographie
- SPECTY (O.), FEBVAY (G.), GRENIER (S.), DELOBEL (B.), PIOTTE (C.), PAGEAUX (J.F.), FERRAN (A.), GUILLAUD (J.) 2003. Nutritional plasticity of the predatory ladybeetle Harmonia axyridis (Coleoptera: Coccinellidae): comparison between natural and substitution prey. Archiv. Insect Biochem. Physiol. 52: 81-91.
- GRENIER (S.), DE CLERCQ (P.) 2005. Biocontrol and Artificial Diets for Rearing Natural Enemies. in "Encyclopedia of Pest Management", by Taylor and Francis, Marcel Dekker Inc.,www.dekker.com, p1-3, DOI 10.1081/E-EPM-120037736. Online published.
- ZAPATA (R.), SPECTY (O.), GRENIER (S.), FEBVAY (G.), PAGEAUX (J.F.), DELOBEL (B.), CASTANE (C.) 2005. Carcass analysis allowing to improve a meat-based diet for the artificial rearing of the predatory mirid bug Dicyphus tamaninii. Archiv. Insect Biochem. Physiol. sous presse.
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