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Accueil > Les recherches > Exemples de recherche > Les migrations post-glaciaires des truffes révélées par leur génome

Communiqué de presse. 26/02/2004

Les migrations post-glaciaires des truffes révélées par leur génome


Il existe une soixantaine d’espèces de truffes dans le monde dont une vingtaine en Europe. Cependant, au sein même de l’espèce Tuber melanosporum, la très réputée truffe noire du Périgord, de fortes variations dans les propriétés organoleptiques selon les régions de récolte et la nature des sols ont été constatées. Des chercheurs de l’INRA1 ont montré que ce « diamant noir » si convoité présente dix génotypes différents, issus de deux ancêtres, chacun ayant suivi une migration post-glaciaire particulière, accompagnant les chênes, leurs hôtes privilégiés. Petite histoire migratoire de la truffe ou comment faire resurgir le débat entre l’inné et l’acquis au cœur d’une omelette !

 

Les truffes sont des fructifications résultant de symbioses ectomycorhiziennes entre un champignon Ascomycète hypogé du genre Tuber et les racines d’un grand nombre d’arbres et d’arbustes. Leur période normale de maturité s’étend de début décembre à fin mars. Les propriétés gustatives des prestigieuses truffes noire du Périgord (Tuber melanosporum) leur confèrent une forte valeur économique (3000 à 4000 euros/kg). Depuis des générations, les rabassiers2 ont noté de fortes variations dans les qualités organoleptiques de ces précieux champignons selon les régions de récolte (Périgord, Provence…). L’incertitude règne encore sur l’origine de ces variations : « innées ou acquises », liées aux gènes ou déterminées par les variations des conditions de l’environnement, telles que propriétés du sol, climat…

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Alors, sol ou génome ?

En collaboration avec un large réseau de trufficulteurs, des équipes de l’INRA1 de Nancy et de Clermont-Ferrand ont constitué un fichier des empreintes génétiques des populations de truffe noire du Périgord, récoltées sur l’ensemble de la zone de production française. L’examen révèle l’existence d’une dizaine de génotypes différents (voir ci-contre). Les génotypes I et II sont particulièrement abondants (60 et 28%), mais leur répartition géographique est très variable : le type I est prédominant dans l’Ouest de la France et le type II dans l’Est. Le type III, représentant 7% des truffes, est exclusivement détecté dans l’Est (Provence, Vallée du Rhône) et le Nord-Est (Bourgogne, Lorraine). Certains génotypes, IV à X, sont rares et le plus souvent restreints à une seule localité : le génotype X est récolté uniquement dans l’Hérault.


L’histoire postglaciaire expliquerait la répartition géographique actuelle des populations de truffe. En effet, une analyse phylogéographique, basée sur les distances génétiques et géographiques entre les différents génotypes, suggère que les populations de Truffe noire ont recolonisé la France, depuis des refuges glaciaires du nord de l’Italie, après les dernières glaciations via deux routes de migration. De la Provence, une population (ancêtre du type II) aurait colonisé les régions calcaires de la vallée du Rhône et aurait atteint la limite actuelle de la zone de distribution, la Lorraine. Une autre population (ancêtre du type I) aurait diffusé via le Roussillon et le Languedoc jusqu’au Périgord et aux Régions Atlantiques. Ces voies de migration recoupent celles connues pour les chênes, suggérant que la truffe a accompagné son hôte favori lors de la recolonisation post-glaciaire.

Cette structuration génétique des populations de Tuber melanosporum relance le débat sur l’origine des variations organoleptiques des fructifications. Les caractéristiques génétiques de la truffe pourraient bien se révéler aussi importantes que la nature du sol où se développe ce champignon. La mise en évidence d’une diversité intraspécifique permettra de caractériser les modes de reproduction et d’évaluer l’intensité des flux de gènes entre les populations des truffières sauvages et implantées. Ce polymorphisme génétique facilitera également le « typage » des différentes origines géographiques et permettra la mise en place d’outils de certification des produits récoltés.


1 Unité mixte de recherches INRA – Université Henri Poincaré-Nancy I « Interactions Arbres-Micro-organismes », département Forêts et milieux naturels, centre INRA de Nancy, et Unité mixte de recherches INRA – Université Clermont II « Amélioration et Santé des Plantes », départements Santé des plantes et Environnement, et Génétique et Amélioration des plantes, centre de Clermont-Ferrand ; avec la participation de trufficulteurs et l’aide technique de Chantal Dupré, Christine Delaruelle, Jésus Diez et Patricia Luis.
2 Ramasseurs de truffes, du nom provençal de la truffe : rabasso.

Un livre pour en savoir plus : « La truffe, la terre, la vie »coordonné par Gabriel Callot, décembre 1999, collection « Du labo au terrain », INRA Editions.


Contacts scientifiques :
Francis Martin
, tél. : 03 83 39 40 80
Claude Murat, tél. : 03 83 39 40 13
Gérard Chevalier, tél. : 04 73 62 44 43

 
Rédacteur :  Service Presse INRA

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