Les truffes sont des fructifications
résultant de symbioses ectomycorhiziennes entre un champignon Ascomycète
hypogé du genre Tuber et les racines d’un grand nombre
d’arbres et d’arbustes. Leur période normale de maturité
s’étend de début décembre à fin mars. Les
propriétés gustatives des prestigieuses truffes noire du Périgord
(Tuber melanosporum) leur confèrent une forte valeur économique
(3000 à 4000 euros/kg). Depuis des générations, les rabassiers2
ont noté de fortes variations dans les qualités organoleptiques
de ces précieux champignons selon les régions de récolte
(Périgord, Provence…). L’incertitude règne encore
sur l’origine de ces variations : « innées ou acquises
», liées aux gènes ou déterminées par les
variations des conditions de l’environnement, telles que propriétés
du sol, climat…
Alors, sol ou génome
?
En collaboration avec un large réseau
de trufficulteurs, des équipes de l’INRA1
de Nancy et de Clermont-Ferrand ont constitué un fichier des
empreintes génétiques des populations de truffe noire
du Périgord, récoltées sur l’ensemble de
la zone de production française. L’examen révèle
l’existence d’une dizaine de génotypes différents
(voir ci-contre). Les génotypes I et II sont particulièrement
abondants (60 et 28%), mais leur répartition géographique
est très variable : le type I est prédominant dans l’Ouest
de la France et le type II dans l’Est. Le type III, représentant
7% des truffes, est exclusivement détecté dans l’Est
(Provence, Vallée du Rhône) et le Nord-Est (Bourgogne,
Lorraine). Certains génotypes, IV à X, sont rares et
le plus souvent restreints à une seule localité : le
génotype X est récolté uniquement dans l’Hérault.
L’histoire postglaciaire
expliquerait la répartition géographique actuelle des populations
de truffe. En effet, une analyse phylogéographique, basée sur
les distances génétiques et géographiques entre les différents
génotypes, suggère que les populations de Truffe noire ont recolonisé
la France, depuis des refuges glaciaires du nord de l’Italie, après
les dernières glaciations via deux routes de migration. De la Provence,
une population (ancêtre du type II) aurait colonisé les régions
calcaires de la vallée du Rhône et aurait atteint la limite actuelle
de la zone de distribution, la Lorraine. Une autre population (ancêtre
du type I) aurait diffusé via le Roussillon et le Languedoc jusqu’au
Périgord et aux Régions Atlantiques. Ces voies de migration
recoupent celles connues pour les chênes, suggérant que la truffe
a accompagné son hôte favori lors de la recolonisation post-glaciaire.
Cette structuration génétique
des populations de Tuber melanosporum relance le débat sur
l’origine des variations organoleptiques des fructifications. Les caractéristiques
génétiques de la truffe pourraient bien se révéler
aussi importantes que la nature du sol où se développe ce champignon.
La mise en évidence d’une diversité intraspécifique
permettra de caractériser les modes de reproduction et d’évaluer
l’intensité des flux de gènes entre les populations des
truffières sauvages et implantées. Ce polymorphisme génétique
facilitera également le « typage » des différentes
origines géographiques et permettra la mise en place d’outils
de certification des produits récoltés.
1 Unité mixte de recherches INRA – Université
Henri Poincaré-Nancy I « Interactions Arbres-Micro-organismes
», département Forêts et milieux naturels, centre INRA
de Nancy, et Unité mixte de recherches INRA – Université
Clermont II « Amélioration et Santé des Plantes »,
départements Santé des plantes et Environnement, et Génétique
et Amélioration des plantes, centre de Clermont-Ferrand ; avec la participation
de trufficulteurs et l’aide technique de Chantal Dupré, Christine
Delaruelle, Jésus Diez et Patricia Luis.
2 Ramasseurs de truffes, du nom provençal de la truffe : rabasso.
Un livre pour en savoir
plus : « La truffe, la terre, la vie »coordonné
par Gabriel Callot, décembre 1999, collection « Du labo au terrain
», INRA Editions.
Contacts scientifiques :
Francis Martin, tél. : 03 83 39 40 80
Claude Murat, tél. : 03 83 39 40 13
Gérard Chevalier, tél. : 04 73 62 44 43
|