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Accueil > Les recherches > Exemples de recherche > mineuse du marronnier dans les Balkans des 19eme siècle

Communiqué de presse. 21/06/2011

La mineuse du marronnier présente dans les Balkans dès le 19ème siècle

INRA - Muséum d’histoire Naturelle de Londres - Jardin botanique et Musée botanique de Berlin


L’analyse d'herbiers anciens aura mis fin à plus de deux décennies de débat scientifique sur l'origine et la présence en Europe de la mineuse du marronnier, papillon dont la chenille dévore l'intérieur des feuilles et cause leur chute prématurée. Les résultats de ces travaux sont publiés le 21 juin 2011 dans l’édition en ligne de Frontiers in Ecology and the Environment, revue scientifique de la Société Ecologique Américaine. L’équipe interdisciplinaire à l’origine de ces recherches, coordonnée par l’Inra d’Orléans, le Muséum d’histoire Naturelle de Londres et le Jardin botanique et Musée botanique de Berlin, révèle ainsi que la mineuse du marronnier d'Inde vivait déjà en Grèce sur des peuplements indigènes de marronniers dès 1879 et était par conséquent présente dans les Balkans plus d'un siècle avant sa description scientifique.

 

Le petit mais très envahissant papillon (Cameraria ohridella) a seulement été découvert en 1984 à partir d'une attaque sur les arbres bordant le lac d'Ohrid en Macédoine. Il a été décrit en 1986, comme un nouveau genre en Europe et a réussi à envahir  presque toute l'Europe depuis 1989. Ses chenilles sont mineuses de feuilles et se développent sur le marronnier d’Inde, Aesculus hippocastanum. Cette espèce originaire des Balkans  (Albanie, Grèce, Macédoine) est utilisée en Europe à des fins ornementales depuis le 17ème siècle.  Les chenilles provoquent le brunissement et la chute prématurée du feuillage au début de l’été.

 

Des chenilles retrouvées dans les herbiers anciens

Dans cette nouvelle étude, les chercheurs ont examiné des spécimens d'herbier de marronnier d'Inde de plusieurs institutions botaniques à travers l'Europe. De nombreuses chenilles de mineuse de marronniers ont été trouvées,  involontairement pressées dans les feuilles des marronniers d'Inde. La plus ancienne chenille a été trouvée dans un spécimen d'herbier recueilli en 1879 en Grèce, soit plus d'un siècle avant que l’on ne soupçonne l’existence du genre Cameraria en Europe. Par l'analyse moléculaire de l’ADN mitochondrial et nucléaire des chenilles anciennes, les scientifiques ont confirmé l'identité de la mineuse du marronnier. Ils ont également pu comparer la diversité génétique parmi les populations actuelles du papillon et les spécimens des herbiers historiques. Cette étude démontre que les herbiers sont largement sous-utilisés dans les études sur les interactions plantes-insectes, la biodiversité des herbivores, l’origine des espèces envahissantes, et pour documenter les distributions passées. Les herbiers sont une source pertinente d'informations pour résoudre des problèmes modernes, y compris des espèces envahissantes nuisibles et des maladies, et pour apprécier les changements temporels dans la biodiversité.

 

Du nouveau sur l'origine de la mineuse du marronnier

Les scientifiques ont longtemps débattu pour déterminer si l’invasion de la mineuse était le fruit d’une introduction à partir de l'Asie du Sud ou  d'une acquisition d’aptitude invasive à la suite d’un récent changement de plante hôte, depuis l’érable sycomore ou un autre érable. La nouvelle étude et les données génétiques recueillies à partir de spécimens d'herbier révèlent que la mineuse du marronnier est, dans les Balkans, encore plus génétiquement diversifiée que précédemment rapporté. En effet, l’analyse de ces insectes prélevés dans les échantillons d'herbier a permis de découvrir des éléments génétiques non observés  jusqu’alors. Cela permet de lever les doutes sur l’origine balkanique de ce papillon.

Cette étude montre aussi que des pullulations de la mineuse du marronnier remontent au moins à 1961. Le désenclavement récent des Balkans, accompagné du développement d’infrastructures routières, pourrait avoir accéléré la propagation des populations de mineuses, qui vivaient auparavant dans des canyons isolés. La mineuse du marronnier est capable de voyager comme passagère clandestine des véhicules,  et l’amélioration des voies de communication a favorisé sa mobilité entre les marronniers naturels et ornementaux.

 

Les chenilles ont été retrouvées dans les feuilles conservées dans les herbiers anciens, puis analysées. © David Lees

Référence :
Tracking origins of invasive herbivores through herbaria and archival DNA: the case of the horse-chestnut leaf miner
David C Lees, H Walter Lack, Rodolphe Rougerie, Antonio Hernandez-Lopez, Thomas Raus, Nikolaos D Avtzis, Sylvie Augustin, and Carlos Lopez-Vaamonde
Front Ecol Environ 2011; doi:10.1890/100098

 
Rédacteur :  Service Presse INRA
Contacts : 
Sylvie AUGUSTIN
tél. : 02 38 41 78 93
sylvie.augustin@orleans.inra.fr
unité « Zoologie forestière »
département scientifique « Ecologie des Forêts, Prairies et milieux Aquatiques »
centre Inra d’Orléans

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