Cette étude s'est basée sur les résultats du projet européen DAISIE (Delivering Alien Invasive Species Inventories for Europe) lancé en 2005 qui a permis, grâce notamment à la collaboration de 15 chercheurs de l'INRA, de dresser un inventaire de toutes les espèces exotiques introduites sur le continent européen depuis la découverte de l'Amérique par Christophe Colomb en 1492.
Il ressort de cette enquête que sur les quelque 10 000 espèces vivantes ainsi recensées comme introduites, 1 094 (soit 11% du total) sont connues pour avoir un impact écologique et 1 347 (13%) un impact économique (à noter que ce genre d'impact est en général plus facilement perçu par les différents acteurs de la société). Ainsi, un impact écologique ou économique n'est établi que pour seulement un peu plus de 15 pour cent des espèces exotiques présentes en Europe, certaines espèces pouvant présenter les deux types d'impact. Il convient de rappeler ici que les données présentées dans cette étude constituent l'état actuel des connaissances. Elles sont susceptibles d'évoluer à mesure que davantage d'informations seront collectées.
Dans leur étude, les chercheurs ont aussi classé les effets perturbateurs des espèces invasives sur les quatre types de services rendus par les écosystèmes : services d'auto-entretien (sols, production primaire, ...), de régulation (épuration de l'eau, régulation du climat, propagation des maladies, pollinisation...), d'approvisionnement (fourniture d'aliments ou de matériaux...) et culturel (esthétiques, loisirs...).
" La présence et souvent la dominance d'espèces non autochtones peuvent avoir de nombreux impacts écologiques qui peuvent affecter les services rendus par les écosystèmes " précise le premier auteur de l'étude, Montserrat Vilà, de la Estación Biológica de Doñana à Séville en Espagne. " Ces changements peuvent être irréversibles et beaucoup sont aussi importants que ceux dus au changement climatique ou à la pollution. "
Parmi les dix espèces affectant le plus grand nombre de services rendus par les écosystèmes, on trouve l'oie du Canada, la moule zébrée, le cerf Sika, l'omble de fontaine, le ragondin ou l'écrevisse de Louisiane.
Au palmarès des espèces invasives qui occasionnent chaque année les coûts économiques les plus importants -du fait des conséquences négatives de leur prolifération ou des coûts pour la maîtrise de leur propagation et la sensibilisation des citoyens- figurent une algue unicellulaire toxique en Norvège (Chrysochromulina polylepis, 8,2 millions d'euros), la jacinthe d'eau en Espagne (3,4 millions d'euros/an) et le ragondin en Italie (2,8 millions d'euros/an).
Ce sont les vertébrés terrestres qui apparaissent avoir le plus fort impact à la fois écologique et économique, à l'exemple du ragondin ou encore du rat musqué à l'origine de dégâts dans plus de 50 régions européennes. Les invertébrés terrestres invasifs ont des effets plus ciblés mais importants sur les cultures et les forêts : selon les auteurs, les pertes annuelles dans les récoltes dues aux arthropodes s'élèveraient ainsi à 2,8 milliards d'euros pour le seul territoire du Royaume-Uni.
Les chercheurs de l'INRA ont coordonné le travail sur les invertébrés terrestres et les champignons à l'échelle européenne, et ont contribué au recensement des espèces de vertébrés et de plantes exotiques en France. " Les introductions d'invertébrés exotiques ont connu une croissance exponentielle ces dernières années " indique Alain Roques, l'un des co-auteurs de l'étude et chercheur INRA à Orléans. " Elles ont la particularité d'être non intentionnelles et associées le plus souvent à l'importation de plantes originaires d'Asie. "
Le projet européen DAISIE avait permis de dresser le premier inventaire de toutes les espèces exotiques à l'échelle d'un continent. En revanche, remarquent les auteurs, une telle évaluation synthétique des dommages économiques et écologiques causés par les espèces invasives n'avait pas encore été effectuée pour l'Europe contrairement à ce qui se pratique déjà en Amérique du Nord depuis plusieurs années.
Grâce à une meilleure évaluation des impacts écologiques et économiques des espèces invasives, les chercheurs souhaitent aider à l'anticipation et la prévention des risques liés à l'arrivée sur le continent d'autres espèces exotiques potentiellement nuisibles. " Un système d'alerte précoce européen permettrait d'anticiper les risques liés à certaines invasions biologiques, risques qui ont fortement augmenté avec le récent affaiblissement des contrôles douaniers entre les pays de l'Union européenne", conclut Alain Roques.
(1) Référence :
"How well do we understand the impacts of alien species on ecosystem services? A pan-European, cross-taxa assessment"
Front Ecol Environ 2009; doi:10.1890/080083
Montserrat Vilà, Corina Basnou, Petr Pyšek, Melanie Josefsson, Piero Genovesi, Stephan Gollasch, Wolfgang Nentwig, Sergej Olenin, Alain Roques, David Roy, Philip E Hulme, and DAISIE partners.
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