Vers la page d'accueil d'OPIE-Insectes
Les Épingles tout frais forgées sont en haut de la pile
En épingle en 2012
L'insecte ou l'événement entomologique du jour, celui qui défraye la
chronique et qui alimente les conversations en ville et dans les
insectariums, sera épinglé sur cette page abricot, qui s'enrichira au
fur et à mesure des événements entomologiques.
Pour recevoir par courriel une alerte à chaque mise à jour
importante
de ce site /opie-insectes/, cliquez ici.
Rédaction (sauf mention contraire) : Alain
Fraval
Il faut les tuer, Après vous, Madame !, Papillons en prison (Épingles parues dans Insectes n° 163 (4e tr. 2011)
Se décider sur un coup de tête, Art en insectes, Pilulier tourneur (Épingles parues dans Insectes n° 164 (1er tr. 2012)
La
mouche magnétique, Jus de blatte, Soldates kamikazes, Courses de haies, Écoutons la vieille sauterelle,
Le
Sphinx bête de mort, Recruter localement ou à l’étranger ?,
Entomo
des tréfonds, Mémoire
ouvrière collective, Cher insecte, Insectes sans danger,
Appétissant
plein d’appétit, Retrouver son chez-soi, Et le moucheron va se piquer la ruche, L’après-pétrole, Le parfum de la désillusion, Post mortem, L'Arpenteuse de l'insecticide, Bêtes de cirque !,
E120, Hém. Dactylopiidé, Nécrophagie assistée, Auxiliaires de la résistance, Épreuves olympiques,
Fracture du tibia ?,
À
lire dans le dernier numéro d'Insectes - sur papier - : « Se décider sur un coup
de tête », « Pilulier tourneur » et « Art en insectes ».
Les
Épingles
de
collection -
à consulter,
page par page : Les
Épingles entomologiques
de 1999 et
2000, Les Épingles de
2001, Les Épingles de
2002, Les
Épingles
de 2003, Les
Épingles de 2004,
Les
Épingles
de 2005,
Les Épingles
de
2006,
Les Épingles
de 2007,, Les Épingles
de 2008, Les Épingles
de 2009, Les Épingles
de 2010, Les Épingles
de 2011,
ou globalement
(jusqu'à fin 2009) ici.
21 mai 2012
À lire sur Internet :
Orgyie de pudibonderie, par Homeric. Libération, 18 mai 2012.
[Elkneria pudibunda, Lép. Lymantriidé]
à (re)lire Les Lymantriidés, par Alain Fraval. Insectes n° 162 (bientôt en ligne).
Le séquençage du génome du papillon Heliconius bouleverse les théories sur le mimétisme. CNRS, 15 mai 2012.
" [...] la ressemblance mimétique est rendue possible grâce à
l'échange des gènes de la couleur entre espèces différentes. Jusqu'à
présent, les hybridations entre espèces voisines étaient vues comme
néfastes, car produisant des descendants généralement moins compétitifs
et peu performants. En réalité, elles permettent aussi le transfert de
gènes offrant un avantage sélectif, ici la marque colorée de la
toxicité de ces papillons pour leurs prédateurs. "
Travail d'une équipe CNRS-INRA.
[Heliconius melpomene, Lép. Nymphalidé]
À (re)lire : Les Heliconius, un modèle d’excellence pour l’étude de la spéciation écologique, par Benoît Gilles. Insectes n° 156 (2010-1).
Quand des fourmis nourrissent une plante carnivore, par Pierre Barthélémy. Le Monde, 16 mai 2012.
[Camponotus schmitzi (Hym. Formicidé) / Nepenthes bicalcarata]
Le plus ancien pollinisateur découvert. Le Monde, 16 mai 2012.
[Gymnospollisthrips major et G. minor, Thysanoptères]
Chez l'araignée d'eau, la guerre des sexes passe par les antennes, par Stéphane Foucart. Le Monde, 5 mai 2012.
[Rheumatodes rileyi, Hém. Gerridé]
Image des antennes
Comportement précopulatoire en vidéo
Fracture du tibia ?
C’est quasi impossible. Il faut le faire exprès, empoigner des outils
bien plus gros que la patte, appuyer avec un vérin… C’est ce qu’on
fait, dans leur labo du Trinity College à Dublin (Irlande), Jan-Henning
Dirks et David Taylor, spécialistes de résistance des matériaux. Le
tibia n’éclate en morceaux que si on lui applique la force de 5,56
kJ/m2. L’entailler un peu ne diminue guère l’effort nécessaire. C’est
aussi résistant que de la corne (kératine) ou du bois de cerf (os),
plus que de la fonte.
Et ce n’est que du tibia de Criquet pèlerin (Schistocerca gregaria,
Orth. Acrididé), fait de simple chitine (hydrate de carbone sans
minéral associé). Qui sert à l’insecte à sauter et à ruer – sans
pratiquement jamais se fracturer.
Qui va servir aux chercheurs à inventer de nouveaux matériaux, quand on connaîtra mieux la chitine de tibia de criquet.
D’après notamment « Researchers establish how super strong insect legs are », lu le 18 mai 2012 à //phys.org/news/
Article source
[R]
4 mai 2012
À lire sur Internet :
Le combat de la Californie contre la bactérie qui détruit ses agrumes, par Claudine Mulard. Le Monde, 30 avril 2012.
À (re)lire : Le Psylle asiatique des agrumes et la maladie du Dragon jaune, par Alain Fraval. Insectes n° 150 (2008-3).
La tendance actuelle des insectes dans la mode, par D.M. Fashions Addict. 30 avril 2012.
Les promesses non tenues du coton OGM en Inde, par Julien Bouissou. Le Monde, 26 avril 2012.
Des puces géantes à l’assaut des dinosaures. MaxiSciences, 1er mars 2012.
À noter :
Biohistoire des papillons, sous la direction de Christian Perrein. Presses universitaires de rennes. En souscription jusqu’au 31 mai 2012.
Épreuves olympiques
Elles vont s’abattre sur Londres et sa région cet été. Les millions de
spectateurs seront pris de démangeaisons atroces, de vomissements et de
crises d’asthme. Un vénérable journal du matin lance l'alerte.
Responsable de cette catastrophe annoncée, une horde d’envahisseurs
arrivés en 2006 de Hollande, combattus avec toutes les forces
disponibles mais renaissant chaque année et gagnant du terrain,
désormais acclimatés et comme chez-eux dans le Grand Londres.
« Oak processionnary » en langue locale, on connaît internationalement cette terreur comme Thaumetopoea processionnea,
alias la Processionnaire du chêne. Ce Lépidoptère Notodontidé (jusqu’à
peu Thaumetopoéidé) passe l’hiver à l’état d’œuf, le printemps sous
forme de chenilles grégaires rassemblées dans un nid soyeux le jour et
partant en procession dévorer les feuilles des chênes la nuit. L’été
approchant, la chrysalidation se fait dans un nid plus gros et plus
solide, elle dure 2 semaines. Les papillons (nocturnes) volent
brièvement…
Les chenilles sont effectivement urticantes, leurs dépouilles (dans les nids) aussi.
D’après « Poisonous caterpillars could bring misery to millions of Olympic spectators ». Lu le 1er mai 2012 à www.telegraph.co.uk/earth/environment/
À (re)lire : La Processionnaire du chêne, par Alain Fraval, Insectes n° 148 (2008-1).
NDLR 1 : la chrysalidation est prévue fin juin, début juillet au plus tard ; la cérémonie d’ouverture le 27 juillet 2012...
NDLR 2 : une batterie de missiles sol-air est installée sur un château d’eau en vue du site olympique.
Auxiliaires de la résistance
Des bactéries du genre Burkholderia (autrefois Pseudomonas)
sont connues et étudiées pour leur capacité à dégrader certaines
matières actives insecticides ainsi que les PCB (B. xenovorans)
ce qui en fait des nettoyeuses potentielles de sols pollués.
Dans les champs, en Extrême Orient, elles « digèrent » ainsi le
fenitrothion, un insecticide organo-phosphoré très employé. On a
vérifié expérimentalement que dans une population exposée
régulièrement, la plupart des bactéries deviennent très rapidement
capables d’utiliser l’insecticide comme nourriture.
Mais, au champ, certaines souches ont évolué et acquis la propriété d’établir une symbiose avec Riptortus pedestris
(Hém. Alydidé), ravageur du soja. La larve de la punaise s’infecte au
contact du sol et la bactérie se retrouve dans son tube digestif. Deux
avantages : une longévité et une taille accrues et une résistance au
fenitrothion – acquise avec une rapidité hors norme. Celle-ci est
transmise à la larve nouveau-née et la bactérie peut se développer hors
du milieu externe à l’insecte.
Dans une île où la canne à sucre est traitée intensivement au
fenitrothion, effectivement, les bactéries s’en nourrissent et les
punaises y sont résistantes. Heureusement, là où ces traitements sont
occasionnels, rien ne se passe.
D’après «Bugs pick up pesticide resistance from pesticide-eating bacteria », par John Timmer. Lu le 26 avril 2012 à //arstechnica.com/science/news/
[R]
25 avril 2012
À noter :
Prise de bec chez les insectes. Journées portes ouvertes de l'OPIE. Dimanche 13 mai, de 10 h à 17 h. L'affiche
L'OPIE recrute un(e) entomologiste. La fiche.
À lire sur Internet :
La mouche tsé-tsé, redoutable mère allaitante, par Hervé Morin. Le Monde, 21 avril 2012-04-21
[Glossina spp., Dip. Glossinidés]
À (re)lire : La Tsé-tsé… une mouche singulière et dangereuse, par Stéphane de La Rocque et Dominique Cuisance. Insectes n° 136 (2005-1) .
Les insectes sont capables d'élaborer des concepts abstraits. CNRS, 21 avril 2012.
" Le cerveau des insectes est capable de fabriquer et de manipuler des
concepts(1) abstraits. Il peut même utiliser simultanément deux
concepts différents afin de prendre une décision face à une situation
nouvelle. "
Royaume-Uni : des populations de papillons rares en augmentation. MaxiSciences, 23 avril 2012
France : 16 espèces de papillons menacées. MaxiSciences, 24 avril 2012
E120, Hém. Dactylopiidé
Dactylopius costa est la
Cochenille du Mexique. On l’élève en grand sur le cactus nopal pour en
extraire le carmin, alias E120, qui colore en rouge pâtisseries et
boissons et remplace dans cet usage des dérivés de l’aniline.
Les consommateurs que la présence de ce colorant naturel et sain mais
entomologique indisposeraient sont prévenus par l’étiquette du produit
(voir l’Épingle « Étiquetage des cochenille » de 2011).
Cela ne suffit pas et une pétition de végétariens et de végétaliens
indignés, partie de Caroline du Sud, vient d’obliger Starbucks – grande
multinationale de cafés - à le retirer des ses « Frappucino fraise à la
crème » et autres spécialités servies aux États-Unis.
Les végétaliens s’interdisent d’avaler la moindre parcelle de chair
animale ni la moindre trace de produit issu d’un animal – du lait à la
gélatine.
Or l’insecte, pour ne citer que cet éminent représentant du règne
animal, est partout. Sous forme notamment de fragments incorporés à la
farine, au chocolat et en général à tous les végétaux comestibles
broyés. De cette façon, tout un chacun, quelque soit son observance
alimentaire, en consomme plus d’un demi-kilo par an.
D’après « Starbucks renonce à son colorant à base d'insectes », lu le 25 avril 2012 à http://www.ladepeche.fr/
À (re)lire la Brève du Courrier de l’environnement « Entomophagie ordinaire » de 2004.
Nécrophagie assistée
Il était répandu et actif – grand nettoyeur de la nature - en Amérique
du Nord. Les parents (les deux !) nourrissaient les jeunes… Il a
disparu presque partout à la suite de la mise en valeur agricole de ses
habitats, qui a provoqué la raréfaction des oiseaux de petite et
moyenne taille qui faisaient, sous forme de leurs cadavres, son
ordinaire (selon une hypothèse sérieuse).
Le Nécrophore américain, Nicrophorus americanus
(Col. Silphidé), s’est ainsi retrouvé le premier insecte sur la liste
des espèces en danger d’extinction. Il en reste 5 populations, loin les
unes des autres et petites. Dans le Missouri, on n’en a plus vu depuis
les années 1970. Un élevage est maintenu au zoo de Saint-Louis depuis
2005.
3 ou 4 centaines de ces pensionnaires vont être lâchés ce printemps
dans un espace protégé de quelque 1 000 ha, avec l’espoir qu’ils
fassent souche et engendrent un millier de pionniers. Avec la crainte
que cette réintroduction n’ait que des effets insignifiants, car le
paysage agricole reste ce qu’il est…
D’après « St. Louis Zoo to
reintroduce the endangered American burying beetle », par Diane
Toraoian Keaggy, lu le 24 avril 2012 à http://www.stltoday.com/
[R]
19 avril 2012
À lire sur Internet :
Les préférences sexuelles des mouches à l'étude. La Tribune de Genève, 13 avril 2012.
[Les femelles européennes de Sepsis punctum
(Dip. Sepsidé) préfèrent les grands mâles. Elle sont ainsi à la base
d'une sélection qui provoque un phénomène rare chez les insectes, à
savoir des femelles de petite taille et des mâles de grande taille.]
Certaines plantes imitent le parfum d’insectes pollinisateurs. MaxiSciences 7 avril 2012
"Publiant leurs travaux dans l’International Journal of Organic
Evolution, des chercheurs suisses ont découvert qu’au fil de
l’évolution, les plantes Araceae ont adopté un parfum identique à celui
utilisé par certains coléoptères pour communiquer chimiquement entre
eux, afin d’attirer ces insectes pollinisateurs."
La « vaccination sociale » chez les fourmis. MaxiSciences, 7 avril 2012
[…] au sein d’une fourmilière, tous les individus s’empressent de «
partager » les faibles quantités d’agent pathogène venant d’infecter
l’un des membres de la colonie, s’immunisant ainsi collectivement via
un « effet vaccin ».
[Lasius neglectus (Hym. Formicidé) / Metarhizium anisopliae]
L’Arpenteuse de l’insecticide
C’était, en Inde comme ailleurs, une chenille, discrète, autant sur le
terrain que dans la biblio et pareil sur Internet. En 2009-2010, elle
s’est mise à pulluler et a attiré l’attention des habitants et des
entomologistes. Les premiers craignent qu’elle n’engloutisse la «
pharmacie du village », les seconds s’étonnent de son grand et durable
appétit pour un feuillage que même les criquets affamés ne touchent pas.
Cleora coronaria (Lép. Géométridé) s’attaque en effet en masse à l’acacia d’Égypte (ou arbre à chapelets) Melia azadirachta
(Méliacée, neem en anglais d’Inde), un grand arbre pourvoyeur d’une
foule de choses utiles (pharmacie, parapharmacie et
phytopharmacie, en plus d’un légume) et source de 200 composés
d’intérêt. Les chenilles grignotent « frénétiquement » les feuilles par
le bord et y découpent des échancrures semi-circulaires. Au bout de 5
jours, elles descendent se nymphoser dans le sol ; les papillons –
ailés chez les 2 sexes - éclosent très vite, la femelle pond 500 œufs
vert vif. Le cycle dure un peu plus d’une semaine.
Les défoliations se sont répétées dans plusieurs endroits de
l’Uttar-Pradesh (Inde) et l’on craint que ce ravageur émergeant ne
mette en péril cet « arbre miraculeux », effectivement une ressource
végétale très importante. Ce nouveau statut acquis par cette espèce est
à rapprocher des dégâts signalés par d’autres Cleora dans des mangroves, sur le théier et le teck.
Article source : Geentanjali Mishra, Omkar, 2012. Neem, the wonder tree, under attack: a new major pest. Current Science, 102(7).
PS : le lilas des Indes, effectivement insecticide anti-appétant, peut
nourrir quelques insectes. S’y attaquent notamment les cochenilles Pulvinaria maxima (Hém. Coccidé)
et Aspidiotus orientalis (Hém. Diaspididé), la Punaise du thé Helopeltis theivora (Hém. Miridé) et la chenille d’Ascostis (Boarmia) selenaria (Lép. Géométridé).
Post mortem
Dans l’International Buisness Times,
Roxanne Palmer fait le point sur une des questions fondamentales que la
science, en dépit des moyens énormes qu’on met à disposition des
savants, demeure incapable de trancher et c’est angoissant.
La science est en l’occurrence l’entomologie et donc les moyens sont
relativement dérisoires, certes. Mais pourquoi – telle est la question
– les insectes meurent ils en croisant les pattes ?
En première hypothèse, Brian Farrell (université d’Harvard) invoque la la rigor mortis. Une transformation chimique bande les muscles.
Cole Gilbert (de Cornell) approfondit le sujet : les muscles
fléchisseurs des pattes sont toujours (à l’exception de ceux de la
patte postérieure de la sauterelle) plus forts que les extenseurs et la
rigor mortis fait plier la patte. Un cadavre d’insecte, ça sèche vite et on le retrouve pattes croisées, fixé ainsi pour une brève éternité.
Cette hypothèse est insuffisante, assure Jeffrey Shultz (université du
Maryland), qui fait intervenir le comportement de la membrane
arthrodiale. À l’endroit d’une articulation, la cuticule est fine et
exceptionnellement souple, qualité qu’elle tient d’une forte teneur en
eau. Cette dernière s’évapore à la mort et l’articulation se rétracte.
J. Schultz – qui n’a probablement pas les moyens d’aller plus loin -
propose une expérience qu’il imagine décisive pour évaluer le rôle de
cette eau cuticulaire. Il suggère ainsi d’observer des insectes noyés.
D’après « Why Do Insects Cross Their Legs When They Die? », lu le 5 avril 2012 à www.ibtimes.com/
Bêtes de cirque !
Ainsi apostrophe-t-on les habitants perpétuels des labos quand on se
rend compte que du fait de leur vie, génération après génération, dans
des conditions artificielles modifie quelque peu leurs réactions.
La Mouche du vinaigre, observée génération d’entomologiste après génération de généticien, vit (in vitro)
sa vie de drosophile selon un rythme circadien immuable : elle s’active
le matin et le soir – juste avant qu’on allume ou éteigne la lumière du
labo. Entre temps, elle fait une longue sieste. Des gènes, mis en
évidence chez elle, gouvernent cet emploi du temps ; ils ont été
retrouvés ensuite chez les vertébrés. L’horloge interne permet de
synchroniser la physiologie, le métabolisme et le comportement des
êtres vivants (eucaryotes) à l’alternance du jour et de la nuit.
Mais en observant des mouches en plein air, où elles reçoivent d’autres
informations liées au nycthémère, on a eu la surprise de mettre en
évidence que l’activité matinale n’est pas déclenchée par l’horloge
biologique mais par la légère augmentation de température qui précède
le lever du soleil. En fait, horloge et stimuli externes concourent
ensemble à régler la vie de la droso. Ceci d’une façon qu’on peut
préciser en comparant les faits et gestes de deux souches de mutants,
avec respectivement la version « cycle court » perS et la version «
cycle long » perL d’un gène horloge.
Les auteurs de l’étude travaillent maintenant à reproduire les
résultats en conditions artificielles. En tous cas, on se méfiera des
conclusions de manips faites sur le comportement des mouches de
paillasse.
D’après « Surprise! Fruit Fly Circadian Rhythms Are Different in Nature Than in the Lab ». Lu le 9 avril 2012 à //blogs.discovermagazine.com/
[R]
Se décider sur un coup de tête
Ce qui se passe chez les ouvrières jetant leur dévolu sur un nouveau
site ressemble à ce qui est en œuvre dans notre crâne quand nous
prenons une décision : les abeilles agissent et interagissent à l’image
des neurones de notre cerveau. C’est ce que vient de montrer une équipe
anglo-états-unienne d’entomologistes apidologues, de neurologues et de
mathématiciens.
Dans l’essaim, au moment d’emménager toutes ensemble dans un abri
convenable, la décision est prise, selon ce qu’on a admis jusque-là,
sur la base du plus grand nombre de rapports « pour » – explicités par
leurs danses – par les éclaireuses qui ont visité plusieurs lieux. Cela
suffit-il à éviter une indécision fatale ? Les éclaireuses de retour ne
font pas que frétiller, elles donnent des coups de tête sur le thorax
et la tête de leurs consœurs, qui suspendent alors leur propre
démonstration.
Une expérience toute récente a permis de mieux comprendre les choses.
Dans une île (celle d’Appledore, Maine, États-Unis) dépourvue de tout
abri, un essaim d’Abeilles domestiques (Apis mellifica)
est débarqué, auquel il est offert le choix entre deux boîtes
identiques. Les éclaireuses partent et reviennent rendre compte (danser
et cogner) au milieu de leurs congénères. Elles sont marquées de rose
ou de jaune, selon la boîte visitée. Au niveau de l’essaim en bivouac,
durant les roses se prennent des coups de tête de la part des jaunes et
réciproquement. Les partisanes de chaque site donnent un coup d’arrêt
aux partisanes de l’autre. Puis ces manœuvres cessent, la recherche
s’arrête et la décision est mise en œuvre, quant toutes sont rentrées.
C’est par la modélisation mathématique qu’on peut affirmer que ces
pratiques d’inhibition croisée entre éclaireuses – des comportements
simples - permettent d’arriver rapidement et sûrement à une décision
consensuelle cruciale : l’essaim tout entier va s’installer dans le
meilleur site. De même que d’une population de neurones stimulée
diversement émerge une réaction unique, rapidement, par le jeu de
blocages mutuels.
Les abeilles ont très probablement transféré cette façon de décider du
lieu d’installation de la colonie de leur pratique d’optimisation du
butinage et de prévention des dangers. Leurs réponses à des
comportements excitateurs (frétillements) et inhibiteurs (coups de
tête) sont sans doute modulées par des signaux odorants et leur
environnement est dans tous les cas plus complexe que ces deux boîtes.
Un joli sujet de recherche à poursuivre, entre éthologie et
neurosciences.
D’après, notamment, « How Honeybees Break a Decision-Making Deadlock », par Jeremy E. Niven. Lu le 7 décembre 2011 à /www.sciencemag.org
Art en insectes
L’insecte, non content de servir de sujet ou d’inspirer les peintres,
les décorateurs, les créateurs de créatures maléfiques… paye de sa
personne et fait de son corps la matière de bijoux, d’installations, de
sculptures, de tableaux.
Merci (et pardon) aux richards (buprestes), aux longicornes, aux charançons géants et brillants et surtout aux papillons.
Les ailes colorées, dessinées, ocellées, mordorées mais pas trop
écaillées de ces derniers constituent un matériau inépuisable pour le
plasticien adepte. Elles servent très rarement aux créations en relief,
leur spécialité est le tableau plat.
Faisant fi des travaux de Dubuffet et Bettencourt (dans les années
1950), notamment, écartant les productions des zones intertropicales et
prisées des touristes, ignorant les pas si rares « travaux de dames »,
Vadim Zaritski se présente comme tenant d’un genre artistique
totalement inédit. Et qui n’a pas encore de suiveur dans l’art
contemporain.
En ailes de papillons donc, il a commis des portraits (de Ziouganov,
Mironov, Jirinovski, Hugo Chavez…) des paysages et des natures mortes
de différents formats ; il aussi fait des copies de tableaux de maître
célèbres. Où trouve-t-il à se fournir ? Interrogé par La Russie d'Aujourd'hui,
l’artiste-entomologiste livre que : « Ceux qui collectionnent les
papillons savent qu’il reste souvent du résidu inutile, les ailes, que
les collectionneurs considèrent comme des déchets ».
Aux « dames trop sensibles » qui lui reprochent sa cruauté envers les
papillons, il cite son compatriote le « célèbre entomologiste »Vladimir
Mourzine : « Les insectes sont un trait d’union nutritif entre les
plantes et les animaux. Ils sont prévus par la nature pour être
consommés par d’autres espèces. »
Désormais en retraite, l’ancien lieutenant colonel (marine et police) crée ad libitum.
D’après « Portraits-papillons », par Valentin Baïoukanski. lu le 31 janvier 2012 à //larussiedaujourdhui.fr/
Pilulier tourneur
La ligne droite est le trajet le plus efficace pour s’éloigner vite
d’une bouse. C’est le théorème qu’applique le pilulier (scarabée
corprophage) avec sa boulette, soucieux de ne pas se la faire ravir par
ses congénères et d’aller l’enterrer. Il se guide principalement sur le
plan de polarisation de la lumière du soleil, voire dans le cas de Scarabaeus zambesianus (Col. Scarabéidé) d’Afrique australe sur celle de la lune.
Mais on le voit s’arrêter, grimper sur sa boulette et tournicoter avant
de redescendre et de poursuivre son chemin, dans la même direction
exactement. À quoi sert cette danse ?
Faisant l’analogie avec le comportement de fourmis qui s’arrêtent,
oscillent à droite et à gauche et reprennent leur cap, des chercheurs
suédois et sud-africains ont voulu vérifier l’hypothèse d’une danse de
réorientation.
Ils ont examiné sur le terrain – en Afrique du Sud – des individus de Scarabaeus (Kheper) nigroaeneus.
Celui-ci entreprend de tourner sur lui-même au départ, juché sur sa
boulette toute neuve ; il recommence en chemin, chaque fois qu’il a été
dérangé ou a rencontré un obstacle. Nos entomologistes ont ensuite
perturbé le trajet du pilulier de différentes façons, en interposant
une marche ou un tunnel (droit, courbe, obstrué…), en cachant le soleil
ou en le « déplaçant » avec un miroir.
Leur conclusion est que la danse initiale sert à déterminer une
direction, calée sur des repères célestes qu’il met alors en mémoire,
et que les suivantes ont pour fonction de reprendre ses repères pour
que le trajet se poursuive tout droit, sans dévier du plan initial.
Tournicoter au sommet de la boulette a pour avantages de dégager la vue
en terrain herbu et de garder un œil sur les pillards.
Ce comportement est tout à fait original. S’il se rapproche de celui
d’autres insectes naviguant au compas et effectuant des mouvements de «
danse » pour se recaler comme les fourmis (cap magnétique en
l’occurrence), contrairement à eux, il ne garantit pas l’atteinte d’un
but (le nid des fourmis) mais la dispersion optimale à partir d’une
ressource localisée.
D’après « The Dung Beetle
Dance: An Orientation Behaviour? », par Emily Baird et al.,
PlosOne 7(1): e30211. doi:10.1371/journal.pone.0030211
[R]
29 mars 2012
À lire sur Internet :
Les abeilles désorientées par une faible dose d’insecticide. Communiqué INRA - ACTA - ITSAP-Institut de l'abeille - CNRS
Pour la première fois, on a mis en évidence le rôle d’un insecticide
dans le déclin des abeilles, non pas par toxicité directe mais en
perturbant leur orientation et leur capacité à retrouver la ruche.
Grâce à des micropuces RFID collées sur plus de 650 abeilles, on a pu
constater l’importance du non-retour à leur ruche des butineuses
préalablement nourries en laboratoire avec une solution sucrée
contenant de très faibles doses d’un insecticide de la famille des «
néonicotinoïdes », le thiaméthoxam, utilisé pour la protection des
cultures contre certains ravageurs, notamment par enrobage des
semences. Une simulation basée sur ces résultats laisse penser que
l’impact de l’insecticide sur les colonies pourrait être significatif.
Des insectes au menu... Sciences au Sud, mars 2012
« Les insectes valent-ils le beefsteak ? La question se pose
sérieusement, tandis que la consommation mondiale de viande explose, au
gré de la croissance démographique et de l’évolution des habitudes
alimentaires. Des instances internationales, comme la FAO et l’UE,
encouragent d’ailleurs les recherches en vue de valoriser cette source
de protéines à haut rendement, directement comme aliment ou
indirectement comme élément de fourrage pour l’élevage conventionnel ou
l’aquaculture. Mais pour de nombreux peuples sur terre, en Afrique
notamment, la consommation d’insectes ne fait pas débat, elle est
courante. »
Alerte au moustique vecteur du chikungunya en métropole, par Marielle Court. Le Figaro, 26 mars 2012.
[Moustique tigré, Aedes albopictus, Dip. Culicidé]
À (re)lire : Le Moustique tigré - ses œufs dans des pneus, par Alain Fraval. Insectes n° 159 (2010-4).
À consulter :
Encyclop'Aphid, par l'équipe Écologie et Génétique des insectes de l'UMR IGEPP du centre INRA de Rennes.
Accueil, Qu'est-ce qu'un puceron ?, Pucerons et milieu, Pucerons et agriculture, Pucerons et recherche, Espèces, Glossaire.
À (re)lire) : Les Pucerons, par Alain Fraval. Insectes n° 141 et n° 142.
L’après-pétrole
En avril 2010, l’accident de la plate-forme pétrolière Deepwater
Horizon provoque une marée noire sur les côtes de la Louisiane. Deux
ans après, quel est l’impact sur l’entomofaune des marais salés ?
D’un côté, Steven Pennings et Britany McCall, de l’université de
Houston, dès que le puits est colmaté (août 2010), dressent des
inventaires des insectes et araignées au moyen d’un aspirateur, dans
des zones préservées et dans des zones mazoutées. L’inventaire est
refait un an plus tard ; les captures sont dénombrées par groupes
(foreurs, opophages, saprophages…).
D’un autre, Linda Hopper-Dui (université de Louisiane) poursuit ses
échantillonnages mensuels sur des sites étudiés depuis 2009 ; elle
utilise à la fois l’aspirateur et le filet ; de plus, elle dissèque les
tiges de la spartine alterniforme, une sorte de chiendent halophile qui
peuple ces zones.
La première équipe constate que l’entomofaune est grosso modo
restaurée. La seconde entomologiste pointe que les populations de
certaines espèces ont subi des dommages durables. Parmi les victimes,
outre les grosses araignées, les fourmis qui nidifient dans les tiges
creuses : leurs colonies sont toujours rares et très dispersées.
À suivre, donc.
D’après « Studies look at oil spill's effect on insects », par Janet McConnaughey. Lu le 22 mars 2012 à www.houmatoday.com/
Le parfum de la désillusion
Les choses sont bien faites, au grand dam des agrumiculteurs, pour Candidatus Liberibacter asiaticus
– dit « Las ». Les pieds de citrus que cette bactérie infeste, en
provoquant la maladie du Dragon jaune, alias le greening, émettent une
odeur qui attire son insecte vecteur.
Le vecteur est le Psylle asiatique des Agrumes, Diaphorina citri (Hém. Psyllidé), connu des lecteurs d’Insectes (n° 150, 2008-3).
Qu’il fasse jour ou qu’il fasse nuit, qu’il soit porteur ou non de
l’agent pathogène, ce psylle se pose de préférence sur les sujets
malades. Il est y est attiré par le salicylate de méthyle.
Mais un pied d’oranger malade est gravement carencé et le psylle, après
un bref repas – suffisant pour acquérir la bactérie -, s’envole vite
vers des arbres sains, dont il ponctionnera plus longuement les
feuilles et auquel il inoculera le Las.
Par ailleurs, en l’absence de la bactérie, la piqûre des psylles
(sains) déclenche l’émission de salicylate de méthyle. L’odeur avertit les
psylles du voisinage de la présence d’une source de nourriture et les
invite au repas.
L’agrume est donc manipulé par la bactérie pour qu’il en favorise la vection et l’installation – fatales pour lui…
Peut-on envisager de se servir de ce mécanisme d’attraction « déceptive
» ? Deux voies : l’emploi du salicylate de méthyle pour appâter des
pièges servant au suivi des vols du vecteur et la diffusion de ce
produit (c’est l’essence de Wintergreen des industriels) dans les
vergers pour désorienter les insectes – une nouvelle forme de lutte par
confusion.
D’après « Citrus greening bacterium may 'ring the dinner bell' to attract insect », par Tom Nordlie. Lu le 23 mars 2012 à www.physorg.com/news/
Article source : Mann R.S. et al., 2012.
Induced Release of a Plant-Defense Volatile ‘Deceptively’ Attracts
Insect Vectors to Plants Infected with a Bacterial Pathogen. PLoS Pathog 8(3): e1002610. doi:10.1371/journal.ppat.1002610
[R]
21 mars 2012
À lire sur Internet :
Le maïs transgénique MON810 toxique pour une coccinelle, Par Marc Mennessier. Le Figaro, 19 mars 2012.
« Une étude menée en laboratoire montre les effets délétères du maïs
transgénique MON 810 sur les larves d'une espèce de coccinelle. Mais il
est peu probable que l'insecte soit exposé à la toxine dans les
conditions naturelles. »
Les redoutables neurones des abeilles tueuses de frelons, par Quentin Mauguit. Futura-Sciences, 17 mars 2012
" Les abeilles japonaises ont une arme redoutable contre les frelons
géants japonais. Elles les font littéralement cuire en s’agglutinant
dessus. Une cartographie des zones du cerveau impliquées dans ce
comportement révèlent que les abeilles savent chauffer l’intrus à point
sans pour autant se brûler grâce à des neurones du corps pédonculé. "
[ Vespa mandarinia japonica, Hym. Vespidé]
Phéromone, l'arme de séduction du vieux beau " Bicyclus anynana ", par Vahé Ter Minassian. Le Monde, 16 mars 2012.
L'odeur des papillons mâles de l'espèce " Bicyclus anynana " varie en fonction de l'âge.
[Lép. Satyridé]
Immobilier : le diagnostic sur les termites évolue, par J. N. Le Moniteur, 16 mars 2012.
" Désormais lors de la vente d’un bien immobilier, le diagnostic sur
les termites ne s’attachera qu’à cet insecte xylophage. Les autres
agents de dégradation du bois seront mentionnés dans les constatations
diverses."
[Blattodea Termitidés]
Et le moucheron va se piquer la ruche
Notre moucheron est - comme presque toujours dans les labos - la Mouche du vinaigre, Drosophila (Sophophora) melanogaster,
famille des Drosphilidés, c’est-à-dire qui aiment la rosée. Notre
drosophile mâle, privée de coït, va plutôt boire de l’alcool.
Galit Shohat-Ophir et ses collaborateurs (université de Californie à
San Francisco, États-Unis) ont découvert un mécanisme neurochimique qui
dans le cerveau de l’insecte lie le rejet des avances et le
comportement de recherche de récompense, ceci sous l’action d’un
neuropeptide spécifique. Ce dernier, appelé F, a pour homologue chez
les mammifères le neuropeptide Y ; son inactivation, chez la souris,
rend cette dernière alcoolique. Sans aucun lien avec le comportement
sexuel. La privation d’accouplement diminue la teneur en NPF dans le
cerveau du mâle de droso, qui se met à se tourner vers l’alcool. Cette
substance, comme le sexe, sont des récompenses.
Rappelons que dans la boîte de Petri, pas troublé par la lumière ni par
les caméras, Monsieur court après Madame, lui adresse un vibrant (d’une
aile) chant d’amour, lui tapote l’abdomen et touche ses genitalia de
son proboscis (ces mots latins sont indispensables à cet endroit) ; si
tout va bien, ses tentatives d’accouplement sont acceptées. La cour
dure 10 minutes, la copulation 20 ; ensuite de quoi Madame va pondre et
Monsieur charmer une autre femelle.
L’expérience a consisté (en gros) à comparer le comportement
alimentaire de mâles satisfaits (mis par 4 avec 20 femelles vierges
renouvelées chaque jour durant 4 jours) avec celui de mâles frustrés
(p. ex. les femelles présentes sont déjà fécondées et s’opposent à
toute tentative d’accouplement). Ces derniers choisissent le sirop
(dispensé par des pailles) alcoolisé (du 15 degrés) alors que les
premiers ne montrent aucune préférence.
Les drosos mâles vierges et ceux qui ont eu une expérience avec des
drosos femelles décapitées (qui sont ardemment courtisées mais avec qui
le coït réussit rarement) vont également vers l’alcool.
Mais n’y sombrent pas. Le mâle qui, plus tard dans sa vie, a une relation sexuelle perd le goût pour l’alcool.
Article source : G.
Shohat-Ophir, K. R. Kaun, R. Azanchi, U. Heberlein, 2012. Sexual
Deprivation Increases Ethanol Intake in Drosophila. Science 335, 1351.
[R]
mars 2012
À noter :
Bilan des recherches sur l'invasion du frelon à pattes jaunes Vespa velutina. Conférence, suite à sa découverte à Somain (59) et en Belgique, organisée par la Fédération l'Abeille du Nord. Par Claire Villemant (MNHN). Samedi 24 mars à 10 h 00 à l'Hôtel de ville de Lille, salle ERRO place Roger Salengro.
À renseigner :
L'observatoire des vers luisants.
À (re)lire : Les insectes noctiluques, par Alain Fraval. Insectes n° 154 (2009-3).
À lire sur Internet :
Comment une mouche peut-elle être baptisée Beyoncé ? par Sergio Dalla Bernardina. Le Nou vel Observateur, 12 mars 2012
" En janvier, le doux nom de "Scaptia Plinthina Beyonceae"
a été donné à la mouche à cheval, au motif que l'insecte avait un
"postérieur proéminent". Ces facéties des chercheurs et hommages aux
célébrités sont-elles monnaie courante ? Réponse émaillée de noms
incongrus de Sergio Dalla Bernardina, professeur d'ethnologie. "
À (re)lire : Quelques noms à coucher dehors, par Alain Fraval, Insectes n° 157 (2010-2)
Charançon rouge : la justice s’en mêle. Metro, 13 mars 2012.
" La lutte contre l’insecte "tueur de palmiers" s’intensifie. Mais en
attendant l’arrivée sur le marché d’un antidote, l’urgence est de
repérer les arbres attaqués et de les traiter en coupant les palmes. "
Rhynchophorus ferrugineus (Col. Curculionidé)
À (re)lire : Le délectable tueur de palmiers, par Alain Fraval. Insectes n° 146 (2007-3)
Les abeilles auraient leur propre personnalité ! Par Quentin Mauguit.Futura-Sciences. 9 mars 2012.
" Les abeilles sont des insectes sociaux travaillant pour le bien de la
colonie. N’ont-elles pas de personnalité pour autant ? Il semble que
certaines d’entre elles puissent prendre goût à la liberté durant leurs
vols d'exploration. Plus surprenant, ce besoin de nouveauté serait régi
par les mêmes molécules (catécholamine, GABA ou glutamate) que chez les
vertébrés. "
Pour digérer le café, un insecte a volé le gène d'une bactérie, par Bruno Scala. Futura-Sciences,
" Il a fallu l'aide d'une bactérie pour que le scolyte du café, un
insecte ravageur, soit adapté à son hôte. Grâce à un transfert
horizontal, sorte de raccourci évolutif, un gène de la bactérie a été
transmis au génome de l'insecte. Un phénomène rare chez les eucaryotes."
[ Hypothenemus hampei (Col. Curculionidé) ]
Retrouver son chez-soi
La fourmi Cataglyphis noda
(Hym. Formicidé) vit dans le désert ; son nid souterrain s’ouvre par un
petit trou, au milieu de nulle part. Pour le retrouver, les ouvrières
fourrageuses déploient toute une gamme de moyens. Aux repères odorants
et visuels s’ajoutent la perception du plan de polarisations de la
lumière et le comptage des pas. Revenir dans son nid est vital pour la
fourmi qui risquerait sinon d’être agressée par les ressortissantes
d’une autre fourmilière ou tuée par des prédateurs.
Expérimentant en Turquie et en Tunisie, des myrmécologues de l’institut
Max-Plank de Iéna (Allemagne), on découvert que cette fourmi est en
plus sensible aux vibrations et au champ magnétique, dont elle mémorise
les caractéristiques locales. De plus, elle se sert de la teneur de
l’air en gaz carbonique (produit par ses congénères de la fourmilière)
pour peu que cette information ne contredise pas les autres données
dont elle dispose pour renter dans son nid.
D’après « Orientation of Desert Ants: Every Cue Count ». Communiqué de presse de l’institut Max-Planck, 9 mars 2012.
[R]
29 février
2012
À lire sur Internet :
Puces géantes d'un autre temps.
Radio-Canada
et AFP. 29 février 2012.
" Des parasites géants du Jurassique, de trois à quatre fois plus gros
que nos puces modernes, ont été décrits pour la première fois par des
paléontologues français du Muséum d'histoire naturelle à Paris."
Piégeage du Frelon asiatique : remède plus nocif que le mal ! La mise au point OPIE/FNE du 28 février 2012.
Les pratiques de piégeage sont sans réelle efficacité et néfastes pour les autres insectes volants, en
particulier de nombreux pollinisateurs.
[Vespa velutina, Hym. Vespidé]
Une nouvelle espèce de papillon
qui s'attaque aux vignes, par Bruno Scala. Futura-Sciences.
29
févrer 2012.
[Antispila oinophylla, Lép.
Héliozélidé / chenille mineuse des feuilles]
À noter :
Le rôle des insectes au jardin,
par Vincent Albouy (OPIE). Le
10 mars 2012 à Niort.
À consulter :
Un agenda : Variétés entomologiques (annonces,
publications, curiosités…), par Bernadette Cassel.
Cher insecte
Les Rôtisseries St-Hubert sont poursuivies en justice par Alexandre
Roy-Langlois, lequel leur avait commandé une salade le 5 novembre 2011,
à livrer chez lui à Lévis (Québec, Canada). Dans ladite salade, un
Dermaptère.
Pris de hauts le cœur à la découverte du perce-oreille, l’homme est
depuis dans l’incapacité de commander une salade dans un restaurant. Il
réclame en conséquence la somme de 6 000 $ pour dommages moraux.
D’après « Il réclame 6000 $ pour
un perce-oreille dans une salade », par Kathryne Lamontagne. Lu le 29
février 2012 à //fr.canoe.ca/infos/
Appétissant
plein d’appétit
Ils mirent dans une arène une larve d’Epomis
(Col. Carabidé) de n’importe quel stade et un amphibien adulte,
crapaud, grenouille, rainette, triton ou salamandre. L’Amphibien est
insectivore et le carabe se nourrit d’amphibien.
Ce dernier se livre à un curieux manège. Face au gros prédateur qui lui
fait face, il se met à bouger les antennes et les mandibules en rythme
– et ça peut durer une heure. L’amphibien remarque ces gestes
appétissants, comprend « viens me manger », se rapproche et lance sa
langue gluante. La petite larve esquive l’instrument de capture, saute
sur le museau de l’insectivore, s’installe sur son dos, lui perce la
peau et se régale. Il est arrivé – sous les yeux de Gil Wizen et
d’Avital Gasith (université de Tel-Aviv, Israël) - que le carabe ratât
son coup et se retrouvât gobé – mais il fut aussitôt recraché ; dans un
cas, le crapaud l’avala ; au bout de 2 heures dans l’estomac, la larve
ressortit vivante et pleine d’appétit.
Dans tous les cas, l’amphibien finit rapidement en tas d’os.
Il s’agit là d’un cas de renversement des rôles entre proie et
prédateur, tout à fait intrigant. On n’en connaît qu’un autre dans le
règne animal : un certain homard amateur ordinairement de bulots se
fait boulotter par eux s’il est mis là où ils sont très nombreux.
Article source : An
Unprecedented Role Reversal: Ground Beetle Larvae (Coleoptera:
Carabidae) Lure Amphibians and Prey upon Them. PlosOne, septembre 2011.
doi:10.1371/journal.pone.0025161
À (re)lire, l’Épingle « Carabes
bufonivores
» de 2011 relatant les travaux des mêmes auteurs, où l’on a écrit
(fautivement ?) Epomys.
Insectes sans danger
Les insectes pourraient fournir des protéines intéressantes pour
l’alimentation humaine, en complément, voire en remplacement, du
poisson, des œufs et de la viande. Leur consommation contribuerait à
lutter contre la sous-nutrition et contre la surexploitation des
ressources qu’entraîne la généralisation des repas carnés.
Les insectes sont riches en nutriments, en eau et possèdent une riche
et variée flore intestinale : dans certaines conditions, il peut s’y
développer des micro-organismes dangereux.
Harmke Klunder, à l’université de Wageningen (Pays-Bas) et ses
collègues ont étudié les risques sanitaires liés aux insectes
comestibles. Si l’entomophagie est répandue dans beaucoup d’endroits de
la Planète, on ne dispose que de très peu de données sur les problèmes
liés à la conservation des insectes tels quels ou transformés.
La cuisson suffit à éliminer les entérobactéries mais des bactéries
sporulantes résistent. Hormis la conservation au froid, ce sont la
dessiccation et l’acidification qui sont les techniques les plus sûres.
Le milieu acide préservateur peut être facilement fourni par des
légumes ayant subi une fermentation lactique, mélangés aux insectes.
D’après « Better controls on
insect proteins needed before commercialisation, warn researchers »,
par Nathan Gray. Lu le 29 février 2012 à http://www.foodnavigator.com/.
NDLR : idée de plat : piéride
choucroute.
[R]
23 février
2012
À
lire sur Internet :
La
pédagogie Freinet et les élevages d'insectes. Le
vivarium. Brochure d'éducation nouvelle populaire (1947).
Un champignon génétiquement modifié
contre des fourmis rouges. Forum
Phyto. 15 février 2012.
[Fourmi de feu, Solenopsis invicta (Hym. Formicidé)]
L'insecte qui vous espionnera, par Michel Alberganti. Tech-Com.
19 février 2012.
[article source : Sreetharan P.S., 2012.
Monolithic
Fabrication of Millimeter-scale Machines. J. Micromech. Microeng.]
Quand les
bourdons espionnent les abeilles, par Bruno Scala.
Futura-Sciences, 19 février 2012.
" Les bourdons savent tirer des
informations des abeilles domestiques, avec lesquelles ils sont en
compétition pour la nourriture. Ces renseignements hétérospécifiques
(entre espèces différentes) ont autant de valeur que ceux obtenus chez
d'autres bourdons. "
[Le Bourdon terrestre, Bombus terrestris, Hym. Apidé]
"Drosophila
melanogaster", une mouche alcoolique qui se soigne, par Hervé
Morin.
Le Monde, 17 février 2012.
[Leptopilina boulardi,
L.heterotoma, Hym.
Figitidés]
Des
chenilles mimétiques, par Sean Bailly. Pour
la Science, 2 février 2012.
" Le mimétisme est fréquent chez les
papillons, mais rare chez les chenilles, leur stade larvaire. Un cas
vient d'être découvert en Équateur, où cinq chenilles non apparentées
présentent les mêmes motifs, dont les coloris vifs peuvent signaler une
toxicité réelle ou feinte. "
[Lép. Nymphalidés Ithomini]
Adieu Docteur Vago. Le
Midi Libre, 14 février 2012.
Entomo des tréfonds
Une équipe russo-lusitano-espagnole de biospéléologues (une trentaine
de membres) a exploré durant un mois le gouffre Krubera-Voronya, non
loin de la côte orientale de la Mer noire. L’expédition CaveX a
remonté, notamment, 4 espèces nouvelles de collemboles : Schaefferia profundissima, Anurida stereoodorata, Deuteraphorura kruberaensis et Plutomurus ortobalaganensis.
Ce dernier, de la famille des Tomocéridés, est gris avec des points
sombres, contrairement à la plupart des troglobiontes qui sont
dépigmentés. Comme eux, il n’a pas d’yeux (inutiles) et froid (0,5°C)
ne le gêne pas. Que mange-t-il ? Pas grand chose. En tous cas on l’a
attrapé dans un piège appâté au fromage.
Sa gourmandise aura rendu P.
ortobalaganensis
immédiatement et mondialement célèbre : en effet, capturé à 1 980 m
sous terre, il est l’animal le plus profond jamais découvert. Le record
de 920 m détenu par un scorpion et un lépisme est largement battu.
A-t-il un grand mérite ? Son tégument mélanisé indique que ce
collembole est tombé là récemment ; la profondeur extraordinaire où il
est parvenu est presque celle de son gouffre, le plus profond connu sur
Terre.
D’après « World's Deepest Land
Animal Discovered », par Charles Choi. Lu le 22 février 2012 à //news.discovery.com/
Une carte
du lieu
Mémoire ouvrière collective
Chez la Fourmi tisserande Oecophylla
smaragdina
(Hym. Formicidé), d’Asie du Sud-Est et d’Océanie), on se bat entre
colonies qui chacune défend son territoire. Les ressortissantes d’un
nid d’à côté ont une signature chimique (odorante surtout)
particulière. Et il suffit que quelques individus perçoivent cette
signature lors d’un premier affrontement pour que toutes les consœurs
en prennent connaissance et la retiennent en mémoire – et agissent en
conséquence, c’est-à-dire avec violence.
C’est ce qu’ont établi des myrmécologues de l’université de Melbourne
(Australie). 15 ouvrières d’un nid « familiarisées » progressivement –
par de brefs voisinages en tête à tête dans une boîte de Pétri avec des
congénères d’un autre nid– sont remises chez elles. Ensuite une attaque
est simulée (avec une vingtaine d’individus). Les fourmis du nid des «
familiarisées » se défendent avec une vigueur particulière contre leurs
voisines. L’information est passée à l’ensemble des ouvrières.
D’après « Ants remember their
enemy's scent », par Victoria Gill. Lu le 20 février 2012. à www.bbc.co.uk/
[R]
10
février 2012
Recruter localement
ou à l’étranger ?
Les fruiticulteurs et viticulteurs californiens font face depuis 2006 à
un ravageur envahissant très polyphage et très dommageable. La Pyrale
brun pâle de la pomme, Epiphyas
postvittana
(Lép. Tortricidé), vient d’Australie. Elle est bien installée dans les
vergers comme dans les parcs et jardins. Il y a 3 ou 4 générations par
an, la chenille enroule les feuilles et agglomère les grains.
Une première campagne d’éradication, à l’aide d’un analogue de synthèse
de la phéromone émise par la femelle pour attirer les mâles a tourné
court : les habitants ont réussi à faire interdire les épandages
aériens. La lutte par confusion continue mais au moyen de diffuseurs
terrestres, des liens twist imprégnés. On espère que les ennemis locaux
de la pyrale pourront contribuer suffisamment à la maîtrise de ses
populations.
Dans son aire d’origine, la pyrale a des ennemis efficaces, des
Diptères et des Hyménoptères parasitoïdes. Aucun n’a été introduit. La
lutte biologique « classique », par acclimatation ou lâchers
massifs d’antagonistes allochtones voit son application retardée.
En effet, l’oophage Trichogramma
fasciatum (Hym. Trichogrammatidé), les campophages Meteorus ictericus (Hym. Braconidé)
et Enytus eureka (Hym.
Ichneumonidé), le chrysalidicide Pediobius
ni
(Hym. Eulophidé) et quelques autres ont trouvé le nouveau-venu à leur
goût. Les taux de parasitisme ne dépassent pas 85 % et cela ne suffit
pas.
Les entomologistes californiens poursuivent leurs observations. Ils
espèrent qu’en gagnant de nouveaux territoires, la pyrale y «
rencontrera » d’autres espèces de parasitoïdes intéressants. Ils
espèrent aussi parvenir à une connaissance suffisante du cortège
d’ennemis naturels du ravageur pour effectuer à bon escient une
introduction d’auxiliaires australiens.
D’après « Can indigenous insects
be used against the light brown apple moth? », lu le 9 février 2010 à www.sciencecodex.com/
À (re)lire : Accueillante Californie,
Épingle de 2010.
NDLR : l’insecte a été introduit en
Grande Bretagne dans les années 1930. Il est présent depuis peu en
France.
Le Sphinx bête de
mort
Comment piloter proprement et de loin des papillons ? Le ministère
états-unien de la défense, au travers du DARPA, pousse les recherches
de façon à disposer d’insectes volants asservis pour des missions
d’espionnage (ou d’interventions ponctuelles vulnérantes et
venimeuses). Il s’agit de faire voler un aéronef miniature mi-insecte,
mi-machine, le premier n’en faisant qu’à sa tête, la seconde étant trop
lourde. Appelés cyborgs par leurs concepteurs, ces chimères sont ici
rangés dans l’ordre des Zombiptères.
Ça coince au niveau de l’interface, la jonction entre la puce
électronique et les nerfs. Il faut de la précision, l’implantation au
stade nymphal assure une soudure mais pas une bonne transmission. Un
pas vient d’être franchi avec la mise au point d’une sonde de très
haute technologie : en polyimide avec de l’or fin et des microtubules
de carbone, en forme d’anneau ouvert, elle se passe autour de la double
chaîne nerveuse ventrale du Sphinx du tabac (Manduca sexta, Lép. Sphingidé) et
lui communique les ordres du pilote par des impulsions électriques.
Le courant très faible est délivré sous une impédance égale à celle du
récepteur (ce qu’on n’arrivait pas à obtenir jusque-là). Avec dans
l’abdomen, en plus, un accu, un générateur et une radio, son maître aux
manettes, notre valeureux (et costaud) papillon a pris son vol (en
cage) et viré à droite, à gauche, à droite…
L’Armée prévoit de faire bénéficier de sa sonde les victimes d’attaques
cérébrales qui pourrait leur faire retrouver une certaine motricité.
D’après « Nerve probe controls
cyborg moth in flight », par Anil Ananthaswamy. Lu le 8 février 2012 à
http://www.newscientist.com/
NDLR : pour ce qui est de
l’alimentation en courant de l’électronique embarquée, voir ci-dessous
« Jus de blatte »
Écoutons la vieille
sauterelle
Archaboilus musicus (Orth.
Haglidés), d’une petite dizaine de centimètres de long, de couleur
inconnue, stridulait. Son appel rythmé et monotone, pas très aigu (6
400 Hz), émis de nuit, se percevait bien dans la forêt d’araucarias et
de fougères géantes mais la sauterelle ne redoutait d’être croquée ni
par les oiseaux ni par les chauves-souris, qui n’existaient pas encore.
On était en plein Jurassique et il faudra attendre 165 millions
d’années pour que l’espèce (disparue avec sa famille depuis) soit
signalée et son chant mis en ligne sur Internet (entre autres ici).
En bonne sauterelle (sous-ordre des Ensifères) mâle, c’est en fermant
ses ailes antérieures l’une contre l’autre qu’il stridule ; les espèces
actuelles, pour la plupart, sont dissymétriques : la râpe (des
denticules sous le dessous de l’élytre gauche) frotte sur le grattoir
(à droite) et le son est amplifié par la disposition des nervures en
harpe. A. musicus n’avait pas
ce caractère évolué. L’exceptionnelle qualité d’un fossile retrouvé en
Chine a permis à une équipe anglo-chinoise d’étudier les
denticulations. En les comparant à celles d’espèces actuelles –
notamment de Prophalangopsidés (proches des Tettigoniidés) - ils ont pu
reconstituer son chant et établir qu’il était adapté à un milieu de
sous-bois plutôt bruyant.
Article source : Jun-Jie Gua et al., 2012. Wing stridulation in
a Jurassic katydid (Insecta, Orthoptera) produced low-pitched musical
calls to attract females. PNAS.
À lire et écouter : la page Stridulations
[R]
4 février
2012
À télécharger :
Identification des Orthoptères de
Vendée, par Michel CLémot. Les Naturalistes Vendéens, pdf 90 p. Télécharger.
À écouter sur Internet :
L'homme et l'abeille. Jean-Noël
Jeanneney et Michel Pastoureau. Concordance
des temps, France Culture, 28 janvier 2012.
À lire sur Internet :
Quand les
hommes favorisent la pullulation de criquets, par Yves Miserey. Le
Figaro, 27 janvier 2012.
« Le criquet asiatique prolifère dans les
zones de surpâturage où la végétation est pauvre en azote. »
Un mystérieux insecte s’attaque à la
récolte de riz des Philippines. par Pascal Coesnon. L'Usine
nouvelle, 27 janvier 2012
« D’une espèce encore
inconnue, l’insecte pourrait ravager la moitié de la récolte de riz de
l’archipel. »
[Très probablement Paromius longulus
(Hém. Lygéidé), connu des Caraïbes]
Photo
De la libellule au
microdrone : comment les insectes nous apprennent à voler, par Soren Seelow. LeMonde.fr,
18 janvier 2012.
Courses de haies
C’est bien connu, les haies forment des corridors qu’empruntent les
oiseaux et les petits mammifères. Et les insectes pollinisateurs ? Un
bourdon peut parcourir 3 km dans la journée et n’est pas facile à
suivre.
Eux aussi suivent les haies, comme l’a montré l’expérience montée par
Jeff Ollerton et ses collaborateurs à l’université de Northampton
(Royaume-Uni). Depuis des postes d’observation tous les 10 m face à une
haie rectiligne, les trajets des bourdons (et autres abeilles) ont été
notés. Il en ressort que leur vol suit d’autant une ligne droite qu’ils
sont proches du rideau végétal. Puis les expérimentateurs ont tendu du
tissu noir, soutenu par des poteaux, entre deux sites riches en fleurs
recherchées. Deux autres sites de butinage ont été aménagés, séparés
par un vide. Les insectes étaient bien plus nombreux à circuler le long
de la haie artificielle.
Autre observation : la meilleure reproduction de plantes pollinisées
par des bourdons à l’endroit où des haies convergent.
Ces résultats confirment l’intérêt des connexions – à conserver ou à
rétablir – entre les zones encore riches en faunes dans un paysage
fragmenté par les aménagements.
D’après « Hedgerows direct the
flight of the bumblebee », par Louise Tickle. Lu le 30 janvier 2012 à www.guardian.co.uk/
[R]
9
janvier 2012
À réviser :
les Épingles de 2011.
À suivre : Les cours du soir de l'OPIE (pour
les adhérents) : programme.
À lire sur Internet
:
Oiseaux et
papillons paient la facture climatique, par Catnerine
Vincent. Le
Monde, 9 janvier 2012.
Identification
d’un tueur d’abeilles, par
Joël Ignasse. Science
et Avenir, 4 janvier 2012.
" Un parasite qui désoriente les abeilles
et les fait quitter leurs ruches a été repéré pour la première fois aux
Etats-Unis. "
[Apocephalus borealis, Dip.
Phoridé]
À noter :
XXVIIe Salon international de l'insecte et de l'arachnide Papillyon.
Les 17 et 18 mars 2012 à Villeurbanne.
La mouche magnétique
Prenons une drosophile, mettons-la en orbite – donc en apesanteur - et
observons ses mouvements : elle marche plus souvent et plus vite que
sur Terre.
C’est une expérience lourde. Il y a bien plus simple et moins cher :
plaçons une droso au-dessus d’un aimant assez puissant, de 16 T au
moins (sur la paillasse, le champ magnétique est d’environ 58
microteslas). Elle lévite (car elle est diamagnétique – comme tout
entomologiste d’ailleurs). Si elle ne flotte pas en l’air, elle court,
exactement comme sa consœur invitée dans la station orbitale et
contrairement à celle restée sur la paillasse, qui marche calmement.
D’autres créatures ailées (petites) en lévitation ont plutôt l’air de
faire semblant de voleter.
Les chercheurs de l’université de Nottingham (Royaume-Uni), auteurs de
cette manip, avancent son intérêt pour la conquête spatiale, soulignent
son côté bon marché et l’absence de l’accélération au décollage de la
fusée, et scrutent les possibles effets d’un tel champ magnétique sur
l’organisme. Ils ne savent pas pourquoi la Mouche du vinaigre passe à
la vitesse supérieure : peut-être se sent-elle tellement légère ;
peut-être ne perçoit-elle plus où est le haut et où est le bas.
Vidéo
à télécharger
D’après, entre autres, «
Fruit flies levitated to aid astronaut research », par Kate
Taylor. Lu le 5 janvier 2011 à www.tgdaily.com
NDLR : pour ce qui est de la
lévitation magnétique, voir " Voler sans les ailes ", Épingle de 2006.
Jus de blatte
Les insectes instrumentés, munis de récepteurs, de capteurs,
d’ordinateurs, d’effecteurs ou de caméras (à leur taille) collés sur
leur cuticule ou greffés (les Zombiptères, chimères télécommandées) ne
seront opérationnels que munis d’un système autonome de production de
l’électricité nécessaire.
Un hanneton vert a récemment produit un petit courant grâce au
mouvement de ses élytres : voir l’Épingle
« Cétoinolienne » de 2011.
C’est au tour d’une femelle de Blaberus
discoidalis
(Blatt. Blabéridé) de participer à ces recherches. Elle s’est vue, par
Daniel Scherson, chimiste et universitaire à Cleveland (Ohio,
États-Unis), planter deux électrodes dans l’abdomen. Celles-ci,
baignant dans l’hémolymphe, sont reliées à une petite pile à
combustible. C’est le tréhalose (sucre des insectes) qui fournit
l’énergie.
Correctement nourrie, la blatte produit 55 µW/cm2 sous 0,2 V ; au bout
de 2 heures et demi, la puissance disponible ne baisse que de 5%.
D’après, entre autres, «
Biofuel
cells may turn cockroaches into cyborgs », par Julie Larsen Maher. Lu
le 6 janvier 2012 à //futureoftech.msnbc.msn.com/
NDLR : en plus, cette blatte
sud-américaine tient la route ! Voir l’Épingle « Renversant » de 2002.
Soldates kamikazes
Chez les abeilles, certaines ouvrières ont pour fonction de défendre
l’entrée du nid – à coups d’aiguillon. Elles sont à ce poste un jour au
plus. La caste des soldats, bien connue chez les fourmis eusociales,
existe chez au moins une espèce d’Apidé : le Jatai Tetragonisca
angustula, une
mélipone (abeille mellifère sans dard) qui vit en Amérique du Sud.
Observant et marquant les individus à l’entrée de la ruche, les
entomologistes d’une équipe anglo-brésilienne conduite par Francis
Ratnieks, ont eu la surprise de constater que les gardiennes occupent
ce poste durant une bonne semaine- après avoir occupé les fonctions de
nettoyeuses, de nourrices du couvain puis de butineuses. En les
examinant sous la bino, seconde surprise : ces gardiennes n’ont pas
seulement un comportement particulier : elles sont plus grandes et ont
les pattes plus longues que les autres.
Leur mission est d’empêcher l’abeille cleptobionte Lestrimelitta limao
(Apidé) de réussir le pillage de leurs réserves de miel, de pollen, de
cire et de propolis. Le raid, mené par un nombre variable d’individus
dure de moins d’1 heure à 5 jours ; durant ce temps, les victimes se
rassemblent autour du couvain, qui n’est pas attaqué. Cette espèce s’en
prend à diverses mélipones et à l’Abeille domestique (importée et
africanisée).
Nos soldates, postées à l’entrée de leur nid (en forme de tube),
s’agrippent par leurs mandibules aux ailes des patrouilleuses de L.
limao
– bien plus grosses qu’elles - en train d’évaluer les nids-proies
potentiels. Elles parviennent ainsi à les immobiliser mais, à la fin,
elles meurent : elles se sacrifient pour leur reine et leurs sœurs.
D’après « Scientists
discover soldier bees », par Victoria Gill. Lu le 10 janvier 2012 à
www.bbc.co.uk/nature/
Photo
: la soldate est à droite
[R]
Épingles parues dans Insectes n° 163 (4e tr. 2011)
Il faut les tuer
La liste des « organismes nuisibles aux végétaux, produits végétaux et
autres objets contre lesquels la lutte est obligatoire, soit de façon
permanente sur tout le territoire [de la France], soit sous certaines
conditions » vient d’être mise à jour : arrêté du 25 août 2011 (JO du
27 août, p. 14554, texte n° 26)1.
Apparaissent le Cynips du châtaignier Dryocosmus kuriphilus (Hym. Cynipidé) et le Charançon rouge du palmier Rhynchophorus ferrugineus (Col. Curculionidé), deux envahisseurs récents, connus des lecteurs d’Insectes2.
On rappellera la liste des « anciens ». Le Ver du cotonnier alias le Prodénia Spodoptera littoralis (Lép. Noctuidé) est une noctuelle méditerranéenne aux chenilles polyphages3 (responsable de gros dégâts en Corse en 2009). La Bruche chinoise Callosobruchus chinensis (Col. Bruchidé), la Calandre des céréales Caulophilus oryzae (Col. Curculionidé), le Grand Capucin du maïs Prostephanus truncatus (Col. Bostrychidé) et le Dermeste du grain Trogoderma granarium (Col. Dermestidé)4,
4 rongeurs des grains et, et déprédateurs des denrées. Ce dernier,
présent autour de la France, ne saurait rester bien longtemps sans y
prendre patte.
Il en est de même du Hanneton japonais Popillia japonica
(Col. Mélolonthidé), jusque-là parvenu seulement, via un aéroport, dans
une île des Açores (Portugal). Ravageur souterrain, peste des gazons et
des cultures, il appréciera le climat autour des Alpes.
Pour clore la liste, la Teigne du bananier, Opogona sacchari (Lep. Tinéidé) qui se maintient sous serre, sur des plantes d’ornement ; les populations repérées en dehors ont été éradiquées.
1. Les insectes visés par la réglementation européenne sont listés à www.srpv-aquitaine.com/_publique/pd_phytos/orga4i
2. À (re)lire : Un Cynips menace la châtaigneraie à fruits, par Valérie Belrose, Insectes n° 134 (2004-3) et Le délectable tueur de palmiers, par Alain Fraval, Insectes n° 146 (2007-3).
3. Fiche HYPPZ.
4. Épinglé sous le titre « Mort ou vif » en juillet 2011.
Après vous, Madame !
Au bout de trois saisons d’observation en nature, au moyen d’un réseau
de caméras infra-rouge, il appert que Monsieur Grillon est
chevaleresque. Assailli par un prédateur, un Grillon champêtre Gryllus campestris
(Orth. Gryllidé) se précipite dans son terrier. En couple, avec des
intentions génésiques, le mâle laisse alors passer la femelle devant
lui et ne se met à l’abri qu’une fois sa partenaire en sûreté, mettant
ce faisant sa vie en danger.
Ce comportement ne peut pas s’interpréter comme une protection «
classique » exercée par un mâle qui empêche la femelle de se
débarrasser de sa semence ou de copuler avec ses rivaux, ce qui a été
maintes fois observé sur des insectes d’élevage.
Dans ce cas, le mâle et la femelle sont avantagés : le mâle copule plus
avec sa femelle et a la paternité d’une plus grande part de la
progéniture tandis que la femelle donne naissance à plus de descendants
de son mâle préféré et gagne en sécurité. Le conflit entre les sexes
pourrait avoir évolué en une sorte de coopération.
Rolando Rodríguez-Muñoz et ses collaborateurs de l’université d’Exter
(Royaume-Uni) poursuivront leur étude sur les générations suivantes.
D’après « Among insects, ‘chivalry’ isn’t dead », lu le 7 octobre 2011 à www.eurekalert.org
Papillons en prison
L’armée états-unienne, très attentive aux insectes, finance des travaux
visant leur amélioration (voir les Zombiptères, radiocommandés) et
l’augmentation de leur diversité (par la création de prototypes
d’hexapodes artifi ciels). Elle déploie également ses moyens, quand le
jeu en vaut la chandelle, pour la protection de la nature naturelle.
Le Damier de Taylor (Euphydryas editha taylori,
Lép. Nymphalidé) fut une espèce abondante des prairies, répandue de la
Basse Colombie britannique jusqu’au centre de l’Oregon. Son habitat a
été si bien grignoté que l’espèce est proche de l’extinction : il n’en
reste que 4 populations isolées et fragiles.
La plus populeuse d’entre elles, d’un millier de papillons (les autres
ne comptent pas plus de 50 individus), vit sur un terrain d’exercice de
l’artillerie, la base Lewis McChord (Washington), où la prairie
originelle a déjà été largement entamée par les incendies déclenchés
par les tirs. La situation est grave, car si jamais le Damier était
inscrit sur la liste fédérale des espèces en danger, le terrain
passerait sous la coupe du ministère de la Pêche et de la Faune sauvage
qui, évidemment, ferait cesser ces activités explosives.
Pour éviter ça, le ministère de la Défense a financé (pour plus de 20
000 €) un insectarium, construit (par des prisonniers) dans l’enceinte
de la prison de Mission Creek. Des détenus choisis et formés, sous la
houlette de l’Evergreen State College à Olympia, y élèvent les
chenilles et devraient obtenir des imagos. L’élevage – sur plantain –
vient d’être mis au point par le zoo de Portland (Oregon). En cas de
succès, les papillons, eux, sortiront de prison et seront lâchés dans
la zone de South Sound.
D’après, entres autres « WA
prison inmates raise imperiled butterfl ies », AP, lu le 7 octobre 2011
à //community.seattletimes.nwsource.com/
NDLR 1 : Les Zombiptères sont régulièrement épinglés : la dernière nouvelle de l’ordre « Cétoinolienne », date de septembre 2011.
NDLR 2 : Les terrains militaires sont en général des refuges sûrs pour les espèces végétales et animales en danger.
[R]
[R] À réviser : les Épingles de 2011.
Les
Épingles
de
collection -
à consulter,
page par page : Les
Épingles entomologiques
de 1999 et
2000, Les Épingles de
2001, Les Épingles de
2002, Les
Épingles
de 2003, Les
Épingles de 2004,
Les
Épingles
de 2005,
Les Épingles
de
2006,
Les Épingles
de 2007,, Les Épingles
de 2008, Les Épingles
de 2009, Les Épingles
de 2010, Les Épingles
de 2011. - ou globalement (jusqu'à fin 2009) ici.
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