Sept cas différents pris en Europe, au Laos, au Brésil, au Burundi et au Maghreb sont présentés dans la première partie. Peut-on parler de la fin ou du retour des paysans en France et en Europe ? Comment fonctionnent les cultures intensives sous abri en Andalousie ? Quelles évolutions traversent l’agropastoralisme au Maghreb ? Tels sont quelques-uns des sujets abordés.
La deuxième partie est consacrée à l’examen des politiques agricoles et à leurs conséquences. Synthèses de travaux de longue durée menées par des chercheurs de différentes disciplines, ces textes mettent en question nombre d’idées reçues. Ils rappellent notamment que les agricultures restent majoritairement familiales et que les petits producteurs ne sont pas systématiquement exclus du progrès technique.
Question à Bernard A. Wolfer : Les politiques agricoles sont-elles nécessaires au développement de l’agriculture ?
Les paysanneries ont été longtemps sous la coupe d’Etats ou de pouvoirs féodaux qui ont maitrisé la production et la répartition de leurs produits. Les Etats modernes ont contribué à la libération des paysans devenus agriculteurs modernes, adaptés aux marchés et aux exigences des industries alimentaires. Cette transformation s’est faite sous l’égide de politiques agricoles permettant l’accès au foncier, protégeant les prix ou les revenus, tout en ouvrant les marchés, organisant et contrôlant les normes sanitaires, soutenant la recherche et la formation, bref encadrant une agriculture d’entreprises essentiellement familiales. Les pays sans politiques agricoles ont difficilement réussi leur développement économique et humain (URSS, Afrique).
La qualité d’une politique agricole est de s’adapter aux besoins de l’époque, ce qu’ont su faire les pays les plus développé (Etats-Unis, Canada, Europe), mais aussi nombre de pays émergents (Chine, Brésil, mais aussi l’Inde et la plupart des pays asiatiques).
On pourrait dire contrairement à la devise de l’OMC que ce ne sont pas tant les marchés qui doivent être libres, mais plutôt les agriculteurs, libres de produire mais aussi de vendre sans être écrasés par les aléas climatiques ou les variations chaotiques des marchés. Cette liberté ne peut exister sans interventions des Etats. Paradoxe très tenace !
Bernard A. Wolfer, agronome et économiste, est directeur de recherches à l’Inra de Paris, dans l’Unité de recherches sur les paysanneries, les territoires, l’environnement, les marchés et les politiques publiques. Il a également été directeur adjoint de l’Oniflhor avant d’être conseiller technique du ministre des Affaires européennes. Il a aussi contribué aux coopérations avec les pays de l’Est après 1991.
Référence :
Agricultures et paysanneries du monde. Mondes en mouvement, politiques en transition
Sous la direction de Bernard A. Wolfer. Editions Quae, avril 2010, 350 p., 42 euros.
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