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Fiche de Presse Info.
23/02/2010
Chez le campagnol, mâles et femelles ne font pas la route ensemble
Les paysages agricoles peuvent s’avérer être un vrai labyrinthe pour les espèces animales qu’ils abritent. Des chercheurs de l’Inra et du CNRS montrent à travers des analyses génétiques que les déplacements des campagnols des champs, étudiés sur le site de Chizé, au sud de Niort, diffèrent selon le sexe de l’animal, et selon l’échelle spatiale qui est considérée. Ces déplacements sont d’une grande importance puisqu’ils participent au maintien des populations de campagnol des champs dans ces paysages. Si les milieux pérennes –ou prairies- dans lesquels s’installent les animaux, devenaient trop rares ou trop isolés, en raison de nombreuses barrières potentielles dans les zones agricoles, les populations de campagnols pourraient être amenées à disparaître, menaçant ainsi la biodiversité du site, puisqu’ils constituent la ressource alimentaire d’autres espèces telles le busard cendré.
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Les paysages agricoles abritent de nombreuses espèces végétales et animales. Or l’intensification et la simplification des pratiques agricoles, en réduisant la diversité et la qualité des habitats, ainsi que leur connexion dans l’espace, menacent la biodiversité. Pour tenter de comprendre les mécanismes qui sous-tendent les relations entre structure des paysages agricoles et maintien de la biodiversité, un projet de recherche conduit depuis 1994 par le Centre d’études biologiques de Chizé (CEBC) du CNRS, en partenariat avec l’Inra, est mené sur une plaine céréalière au sud de Niort. Ce site de 450 km2, est situé dans une zone traditionnellement dédiée à la polyculture-élevage.
Représentatif de la biodiversité présente à Chizé, le campagnol des champs Microtus arvalis est le mammifère le plus abondant dans les agrosystèmes d’Europe. Dans l’ouest de la France, ce rongeur subit des cycles démographiques marqués, avec une alternance régulière sur une période de trois ans de fortes densités suivies de très faibles densités. Ces cycles gouvernent la dynamique des populations de leurs prédateurs mammaliens et aviaires, dont le Busard cendré, Circus pygargus. La persistance de cette espèce de rapace dont les effectifs sont en régression partout en Europe, est de ce fait conditionnée en grande partie par celle du campagnol des champs.
Une partie des recherches menées par le CNRS avec l’Inra a pour objectif de comprendre les facteurs paysagers qui conditionnent le fonctionnement des populations de campagnol des champs dans les agrosystèmes, et plus particulièrement à Chizé. Un aspect important du maintien de ces populations est la capacité du campagnol des champs à exploiter des milieux pérennes (les prairies) et des milieux éphémères (les habitats disponibles pendant une partie de l’année seulement, comme les cultures annuelles). Leur capacité à circuler entre ces habitats est un élément clef de la persistance du campagnol des champs dans les agrosystèmes car les pratiques agricoles, en particulier le labour, détruisent les colonies et éliminent une importante proportion de la population.
Pour caractériser les principaux aspects de la dispersion du campagnol des champs sur ce site d’étude, les chercheurs ont étudié le profil génétique des différentes colonies à différentes échelles spatiales et en fonction du sexe des animaux. Par analyse statistique, ils montrent que les taux de dispersion des mâles (68%) sont deux fois plus élevés que ceux des femelles (28%). Cependant, l’étude plus fine de ces déplacements selon l’échelle spatiale, apporte des renseignements supplémentaires. En particulier, les déplacements à une échelle très locale semblent être réalisés presque uniquement par les mâles, avec des estimations de taux de dispersion inférieur à 1% pour les femelles et de 44% pour les mâles entre colonies d’une même parcelle agricole. En revanche, la dispersion est plus équilibrée à une échelle spatiale plus grande (entre parcelles éloignées) : 27% pour les femelles et 24% pour les mâles.
Ces différences suggèrent que la dispersion est sous la dépendance de mécanismes différents chez les mâles et chez les femelles. Ainsi, la dispersion des femelles serait dirigée par la compétition pour les ressources, ce qui conduit probablement à la colonisation d’espaces vacants plutôt qu’à des transferts entre colonies. En revanche, l’évitement de la consanguinité et la compétition pour la reproduction seraient les principaux facteurs de la dispersion des mâles.
Ces modalités de dispersion différentes chez les mâles et les femelles ont des conséquences importantes sur le fonctionnement des populations de campagnols et permettent de mieux comprendre le maintien d’important flux de gènes sur de très grandes échelles spatiales. Les mouvements de dispersion chez les femelles permettent de coloniser les habitats vacants (notamment les habitats éphémères de l’agrosystème) d’autant plus lorsque les densités deviennent trop importantes lors des pullulations.
En favorisant l’installation (temporaire) de colonies dans les milieux éphémères, la dispersion des femelles favorise la cohésion spatiale de la population. Cette capacité de colonisation des habitats éphémères est particulièrement importante dans les matrices agricoles où les habitats pérennes sont
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schéma récapitulatif des déplacements des campagnols. La philopatrie, par opposition à la dispersion, caractérise les individus qui restent à l’endroit où ils sont nés pour se reproduire.
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relativement rares (près de 15% des terres arables sur la zone atelier), dispersés et disponibles seulement une partie de l’année. Elle permet notamment l’établissement de flux de gènes importants entre les différents habitats grâce à l’intense dispersion des mâles pour la reproduction. Ainsi, bien que les milieux pérennes soient en moyenne plus distants entre eux que la distance moyenne de dispersion estimée pour le campagnol, les capacités de colonisation des femelles couplées à l’intense dispersion des mâles permettent de maintenir des flux entre ces milieux.
Une diminution importante de la proportion des milieux pérennes aurait certainement pour conséquence une diminution globale des effectifs de campagnols et des flux d’individus, et donc de gènes, à travers la matrice agricole constituée de milieux éphémères. Cette diminution pourrait aller jusqu’à la disparition de la population de campagnols si les milieux pérennes devenaient trop rares ou trop isolés. Le maintien ou l’insertion de prairies au sein des paysages agricoles intensifs, représente donc une des mesures phare pour la préservation de la biodiversité.
Référence:
Sex-biased dispersal patterns depend on the spatial scale in a social rodent. Proceedings of the Royal Society (2009) ; 276, 3487-3494. B. Gauffre1, E. Petit2,3, S. Brodier4, V.Bretagnolle4 and J.F. Cosson1. 1INRA-EFPA, UMR Centre de Biologie et de Gestion des Populations (INRA/IRD/Cirad/Montpellier SupAgro), Campus International de Baillarguet, CS 30016, 34988 Montferrier-sur-Lez cedex, France 2INRA UMR BIO3P (INRA/Agrocampus Ouest/Univ. Rennes 1), Domaine de la MOTTE, 35653 Le Rheu Cedex, France 3UMR ECOBIO (Univ. Rennes 1/CNRS), Campus de Beaulieu, 35042 Rennes cedex, France 4CNRS, Centre d’Etudes Biologiques de Chizé, 79360 Beauvoir sur Niort, France
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| Rédacteur : |
Service Presse INRA |
Contacts :
Bertrand Gauffre
tél. : 05 49 09 35 16 ou gauffre@cebc.cnrs.fr
Centre d’études biologiques de Chizé, USC INRA-CNRS
département « Santé des plantes et environnement »
centre INRA PACA
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