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Fiche de dossier de presse. 27/01/2004

Des bactéries pendant l’élaboration du vin : pour le pire… et le meilleur


Oenococcus Oeni en microscopie électronique à balayage.
La microflore acheminée dans la cuve de fermentation avec la vendange comprend des levures mais aussi des bactéries lactiques et acétiques. Dans le chai, l’équipement progressivement contaminé au cours de la vinification constitue un « réservoir bactérien » s’il n’est pas correctement nettoyé. Tout au long du processus d’élaboration et jusqu’au conditionnement, le vin héberge des bactéries lactiques et acétiques dont les populations doivent être maîtrisées. Tour à tour indispensables ou nuisibles, les bactéries lactiques reçoivent une attention particulière du producteur ; les bactéries acétiques, elles, toujours sources d’altération doivent être contenues.

 

Les bactéries acétiques : une menace constante

Sur le raisin, les bactéries acétiques, nombreuses en cas de pourriture, produisent des composés fortement impliqués dans les combinaisons avec le dioxyde de soufre. Elles rendent difficile la stabilisation de certains vins. Pendant la fermentation alcoolique, puis pendant la fermentation malolactique, les conditions du milieu sont particulièrement défavorables à ces bactéries pour lesquelles l’oxygène est indispensable. Bien qu’elles ne puissent pas se développer, elles restent en forte concentration dans un état latent « viable non cultivable ». Après la vinification, l’oxygène dissout pendant les soutirages permet à ces bactéries de retrouver leur viabilité (cultivabilité), avant de régresser à nouveau à l’abri de l’air. Toute augmentation de la population viable se traduit par l’oxydation biochimique de l’éthanol en acide acétique. L’augmentation d’acidité volatile est faible si le contact avec l’air est limité.


Les bonnes bactéries lactiques et les mauvaises

Sélectionnées naturellement par les interactions multiples au sein de l’écosystème microbien complexe, des souches d’Oenococcus oeni démarrent leur multiplication après la disparition des levures. Elles assurent la fermentation malolactique nécessaire à la vinification de presque tous les vins rouges et de nombreux vins blancs. L’assouplissement du vin et l’enrichissement de son bouquet signent cette étape.



Oenococcus Oeni en microscopie électronique à balayage.
© Faculté d’œnologie, Université Victor Segalen Bordeaux 2
Le mécanisme biochimique de la dégradation de l’acide malique a été étudié jusqu’au niveau le plus fondamental avec le séquençage du gène qui code pour l’enzyme malolactique. D’autres métabolismes et des réactions chimiques qui s’ensuivent, sont étudiés pour interpréter les profonds changements organoleptiques notés après fermentation malolactique. La production de diacétyle à l’arôme de beurre en fait partie, et d’autres composés carbonylés produisent des molécules odorantes après réaction avec des acides aminés du vin. En réalité de nombreuses molécules sont métabolisées par les bactéries lactiques. Les travaux les plus récents portent sur les molécules à note de fruits rouges issues de la méthionine et sur les aldéhydes du bois de chêne.

L’approche génomique de l’étude d’Oenococcus oeni commence à donner des pistes nouvelles dans l’interprétation du comportement de la bactérie en milieu œnologique et dans la caractérisation de souches. La sélection de souches pour la préparation des levains malolactiques devrait s’en trouver facilitée.

Malgré sa domination pendant la vinification, Oenococcus oeni n’empêche pas d’autres espèces de bactéries lactiques de survivre. Les lactobacilles et les pédiocoques ne prennent généralement pas part à la fermentation malolactique, et certaines souches sont peu à peu sélectionnées. Après avoir subi les interactions avec les levures pendant la fermentation alcoolique, ces souches persistent encore après la fermentation malolactique. Parmi elles se trouvent les souches capables de décarboxyler des acides aminés pour former des amines biogènes (histamine, tyramine), d’autres produisent des exopolysaccharides (vins filants) d’autres encore rendent le vin amer en dégradant le glycérol.

Les études sur les enzymes et les gènes clés de ces maladies des vins ont permis au laboratoire de confectionner une véritable boîte à outils pour la détection précoce de ces bactéries d’altération.

A Bordeaux, des équipes de l’INRA et de la Faculté d'Oenologie (Université Victor Segalen Bordeaux 2) intègrent leurs recherches au travers de deux grands axes :
- identifier les agents microbiens des fermentations et des altérations des vins, et caractériser les propriétés microbiennes d’intérêt œnologiques ;
- explorer le fonctionnement de l’écosystème dans son intégralité et l’incidence des pratiques sur les propriétés organoleptiques du vin, depuis la vigne jusqu’au chai.

Dans le dispositif de recherche en œnologie de l’INRA, l’unité mixte de recherche Œnologie – Ampélologie est dédiée à l’étude des arômes de raisin et des vins et à l’écologie microbienne. Elle assure en particulier les recherches de l’INRA sur les bactéries des vins.


1 Unité mixte de recherche Œnologie et ampélologie, Faculté d'œnologie, Université Victor Segalen Bordeaux 2 – INRA, départements Transformation des produits végétaux, Microbiologie de la Chaine Alimentaire et Environnement et agronomie, centre Bordeaux-Aquitaine

 
Rédacteur :  Service Presse INRA
Contacts : 
Aline Lonvaud-Funel, tél. : 05 40 00 64 66

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