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| © INRA / E. Gaujour |
L’équipe de recherche de l’INRA de Mirecourt postule que la conception de systèmes agricoles autonomes à partir de la diversité des potentialités du milieu est un gage de leur durabilité agro-environnementale. Ce travail vise à déterminer les conditions pratiques de la mise en œuvre de systèmes agricoles autonomes et a priori durables dans des territoires de polyculture élevage ; et à formaliser des méthodes de conception et d’évaluation de systèmes agricoles multi-objectifs. Ainsi, deux systèmes bovins laitiers biologiques - un système laitier herbager (SH) et un système de polyculture élevage laitier (SPCE) - a priori durables ont été conçus dans le cadre d’une démarche « participative » impliquant techniciens et scientifiques de l’unité. Ces systèmes autonomes, testés sur l’installation expérimentale, sont conduits selon des objectifs agro-environnementaux fixes. Leur conduite, formalisée par des règles de décision, évolue afin de concilier l’atteinte des multiples objectifs et la mise en œuvre pratique dans un environnement fluctuant (climat, expertise sur les systèmes bio…).

Utiliser les ressources de chaque système et limiter les intrants
La recherche de l’autonomie conduit l’équipe de recherche INRA à explorer des systèmes et des modalités de conduite originales, visant l’utilisation efficace des ressources propres des systèmes et la limitation des intrants. Cette autonomie est instruite à l’échelle de chacun des systèmes, et à l’échelle du territoire constitué par ces deux systèmes, en s’intéressant aux termes de leur complémentarité. Ainsi, les systèmes ont été conçus en visant une utilisation efficace des potentialités contrastées des parcelles du territoire de 240 ha. Cette utilisation des potentialités passe par une mise en culture de toutes les parcelles jugées cultivables en distinguant, au sein de la sole cultivée (110 ha), les systèmes de culture mis en œuvre en fonction des caractéristiques des parcelles (portance…). Les autres parcelles sont allouées aux prairies permanentes.
L’autonomie fourragère est gérée à l’échelle de chaque système, alors que l’autonomie en paille est gérée à l’échelle du territoire, autorisant des échanges paille/fumier entre systèmes, à condition qu’ils soient mutuels et équivalents. Le chargement animal des systèmes est ajusté afin de faire face aux fluctuations des ressources en paille et en fourrages (livraisons annuelles de lait variant de 87 à 98% du droit à produire). Ainsi, alors que des excédents de stocks en fourrages nécessitent une augmentation du chargement sur le système herbager, la trésorerie tendue en fourrages et en paille du système de polyculture élevage laitier rend parfois obligatoire des baisses d’effectifs en entrée d’hiver.
La recherche de l’utilisation efficace des ressources propres des systèmes invite les chercheurs à explorer les modalités de gestion de l’azote dans les systèmes de culture et dans les rations des vaches laitières du SPCE : ainsi, les têtes de rotations culturales sont des associations fourragères graminées/légumineuses de 3 ans. Dans le cas de successions de cultures annuelles (céréales) supérieures à 3 ans, suivant cette tête de rotation, un mélange céréale/légumineuse est introduit afin d’assurer une fixation d’azote bénéfique à l’association ainsi qu’aux cultures suivantes (reliquats d’azote compris entre 35 et 45 kg N/ha/an). Les espèces implantées sont choisies selon leurs performances agronomiques (fixation azotée, concurrence adventices…), étant donné leur faible contribution, en tant que concentré, à la couverture des besoins en azote des vaches laitières dans les rations (contenant une forte proportion de fourrages riches en azote : foin de luzerne… ).
La recherche de la limitation des intrants, notamment en énergie fossile, amène à explorer des modalités de conduite maximisant le pâturage dans la ration des vaches laitières pour le système herbager et limitant les interventions culturales dans les successions céréalières en explorant les modalités de conduites sans labour en AB. Les vaches laitières du système herbager vêlent en fin d’hiver afin de faire coïncider pousse de l’herbe et capacité d’ingestion des vaches, à l’instar des systèmes herbagers irlandais. Ainsi, la période de pâturage s’étend, en moyenne, sur 242 jours/an et 215 nuits/an et la quantité de stocks distribuée est inférieure à 2 t MS/VL/an. La consommation de fioul est le principal poste de consommation énergétique dans les systèmes de grandes cultures biologiques : basée sur l’expertise de céréaliculteurs biologiques innovants du nord de la France (variation de consommation de 50 à 150 l de fioul/ha/an), des stratégies innovantes de travail du sol ont été conçues, testées virtuellement et sélectionnées, puis mises à l’essai sur l’installation expérimentale.
Les premières années d’expérimentation ont souligné la nécessité d’une vigilance accrue à porter sur le comportement des ressources constitutives des systèmes autonomes testés. En effet, une offre moins saisonnée de l’herbe sur le système herbager depuis l’arrêt de la fertilisation minérale, interroge la pertinence du groupage des vêlages en fin d’hiver, alors même que ce défi technique paraissait incontournable à la conception des systèmes. Par ailleurs, le moindre recours au travail du sol dans les systèmes de culture rendrait pertinente l’introduction d’un troupeau ovin « désherbeur » dans les champs cultivés du système de polyculture élevage laitier. Une autre voie de complémentarité territoriale pourrait alors être investie par le partage d’un troupeau ovin régulant le chargement dans un système (SH) et l’enherbement spontané dans l’autre (SPCE). Ainsi, la recherche de l’autonomie des systèmes testés évolue vers une meilleure intégration des ressources tout en interrogeant la multifonctionnalité des animaux et des couverts végétaux dans des territoires de polyculture élevage.
Référence:
Coquil X., Fiorelli J-L., Mignolet C., Blouet A., Foissy D., Trommenschlager J-M., Bazard C., Gaujour E., Gouttenoire L., Schrack, D. 2009. Evaluation multicritère de la durabilité agro-environnementale de systèmes de polyculture élevage laitiers biologiques. Innovations agronomiques (4), 239-247.
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