La biodiversité est un concept difficile à appréhender et à généraliser puisqu’elle s’exprime à différents niveaux du vivant : les gènes, les espèces, les habitats et les écosystèmes.
Connaître la valeur de la biodiversité permettrait des choix efficaces de préservation. Les économistes cherchent donc à mettre au point des règles de décision, incluant des critères biologiques, écologiques, économiques, …, pour guider les choix des décideurs dans un contexte de ressources budgétaires limitées.
Des démarches de classement aux résultats parfois contradictoires
Pour associer une valeur à la biodiversité, plusieurs méthodes ont été développées. Elles visent, de façon générale, à affecter un indice de diversité à tout ensemble fini d'éléments. Les chercheurs ont comparé quatre types d'indicateurs, en fonction du classement qu'ils opèrent sur deux échantillons de 8 éléments : l’un constitué de 2 tortues, 4 papillons et 2 méduses ; l’autre de 4 sardines et 4 chats. Les deux premières familles d’indicateurs sont très utilisées par les sciences de la vie ; les deux autres sont plutôt mobilisées par les sciences humaines et sociales, surtout en économie.
Le critère cardinal compte le nombre d'espèces
Cette méthode consiste simplement à recenser le nombre d’espèces différentes contenues dans chaque échantillon. Sur base de la richesse en espèces, elle juge donc l’échantillon 1 plus diversifié que le 2 : il comporte 3 espèces, alors que le deuxième n'en compte que 2.
Cette méthode suppose que toutes les espèces contribuent de manière égale à la biodiversité, quelle que soit leur proportion dans l’échantillon : avec 10 000 chats de plus, l’échantillon 2 ne compte toujours que 2 espèces différentes et reste moins diversifié que l'échantillon 1.
Le nombre efficace d'espèces tient compte du rôle fonctionnel d'une espèce dans la biodiversité
Une autre méthode tient compte de l'abondance relative d'une espèce et de son rôle dans l'écosystème. Selon sa place fonctionnelle dans l’ensemble, on peut envisager, pour chaque espèce, un niveau seuil en deçà de laquelle la santé de l’écosystème peut être perturbée. Cette approche donne naissance à une famille d'indices qui combinent l'abondance relative et la richesse en espèces pour aboutir à un nombre "efficace" d'espèces dans l'écosystème.
Selon les variantes, cette méthode classe l'échantillon 1 plus diversifié ou équivalent à l'échantillon 2.
Cette méthode ne tient pas compte des dissimilitudes existant entre les espèces ; or plus les espèces sont proches, plus elles peuvent fournir des informations génétiques redondantes.
Prendre en compte les dissimilitudes entre espèces
La troisième approche est centrée sur la dissimilitude entre espèces. Une première possibilité s’appuie sur la notion de distance génétique entre paires d'espèces et évalue la diversité d'un échantillon par une procédure d'agrégation itérative des distances. Elle construit à chaque itération un ensemble à évaluer en fonction de l'individu qui offrira la plus grande mesure de dissimilitude. Cette approche requiert une connaissance biologique très détaillée qui n'est pas toujours disponible et une puissance de calcul considérable. Il y a encore quelques mois, la capacité des ordinateurs usuels et des méthodes était dépassée au-delà de 30 espèces. Des économistes de l'INRA sont parvenus à faire reculer cette limite jusqu'à 800 espèces.
Une deuxième possibilité considère les dissimilitudes selon une relation d’ordre entre paires d’espèces. Elle se contente d'informations ordinales du type « la dissimilitude entre la sardine et le chat est plus grande que celle entre la tortue et le papillon ». Cette méthode ignore cependant la contribution des espèces à la diversité lorsqu'elles offrent moins de dissimilitudes.
A l’inverse des deux indicateurs précédents, ces deux méthodes considèrent l'échantillon 2 plus diversifié que l'échantillon 1.
Enfin, la dernière approche repose sur un arbitrage explicite entre les attributs des espèces (tels que "pouvoir voler", "être un vertébré", ...). Chaque attribut étant assorti d'une valeur (numérique), le décideur peut ainsi valoriser les attributs auxquels il attache de l'importance. La mesure est alors obtenue en additionnant les valeurs des attributs exprimés dans l'échantillon.
Ainsi, le sacrifice du second échantillon aurait pour conséquence la disparition des seules espèces qui ont pour caractéristique d’être des félins, celui du premier échantillon la perte de l’unique espèce qui peut voler et celle de l’unique espèce représentative des mollusques. Cette approche, qui permet de trouver a posteriori une rationalité à n'importe quel choix de sauvegarde, ne tient pas compte de la notion d'abondance relative des espèces.
Tous les indicateurs ne sont pas équivalents et ne mesurent pas la "même chose". Il n’y a pas non plus un critère unique et/ou universel de mesure qui pourrait être mis en équivalence dans les différentes approches.
Chaque méthode a ses limites. Les fondements théoriques à telle ou telle méthode demandent à être renforcés. Les problèmes d’ordre pratique, notamment l'acquisition ou le traitement de l'information nécessaire au calcul des indicateurs (en particulier, pour la mesure des dissimilitudes entre espèces), constituent également un défi pour la recherche tant en biologie qu’en économie.
Source :
Aulong, S. ; Figuières, C. ; Erdlenbruch K. (2005). Un tour d’horizon des critères d’évaluation de la diversité biologique. Economie Publique, 16-1, 3-46.
Pour en savoir plus : http://www.inra.fr/internet/Departements/ESR/publications/iss/pdf/iss08-4Fig.pdf
|