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Fiche de Presse Info. 16/06/2006

L'identité vocale des moutons


Chez les moutons, la reconnaissance des individus entre eux ne passe pas seulement par le sens olfactif. Les animaux peuvent également communiquer par la voix pour transmettre une identité acoustique à leurs congénères. L’unité mixte de recherche « Physiologie de la reproduction et des comportements » de l’INRA de Tours cherche à caractériser ce qui constitue l’identité vocale des moutons. Des travaux récents ont notamment permis d’analyser le système de codage spécifique aux bêlements.

 

Fichiers son (.wav) disponibles en bas de page

Pour les animaux, la reconnaissance de l’identité des congénères est essentielle pour adapter la réponse comportementale des individus entre eux : choix du partenaire sexuel, établissement et maintien des relations sociales ou investissement parental envers sa progéniture. La reconnaissance acoustique a été très bien analysée chez les oiseaux, pour lesquels on a pu identifier les mécanismes de codage de l’identité individuelle acoustique. Chez les mammifères, des études récentes ont montré qu’une otarie revenant de l’océan retrouve son jeune en identifiant son cri malgré la foule et le bruit de la colonie. Chez les ovins, les chercheurs de l’équipe comportement de l’UMR Physiologie de la Reproduction et des Comportements1, 2 viennent de caractériser la communication acoustique existant entre la brebis et son agneau.


 
© INRA /P.Poindron


La brebis reconnaît les bêlements de son agneau dans les 24 heures suivant la mise bas.


La brebis et son agneau communiquent par la voix



Chez les ovins, la reconnaissance olfactive était connue depuis longtemps : la brebis apprend à reconnaître l’odeur de son nouveau-né en moins de deux heures et rejette tout agneau étranger. Mais la communication acoustique semble également une composante importante dans la régulation du comportement entre la mère et son agneau. La brebis commence à reconnaître les bêlements de son petit dans les 24 heures suivant la mise bas. Quant au nouveau-né, il identifie probablement la voix de sa mère en 48 heures, stimulé par les vocalisations maternelles (bêlements bas) qui apparaissent dès les premières heures post-partum. Ainsi, la communication acoustique joue très rapidement un rôle primordial au moment de l’allaitement, pour la localisation et la reconnaissance du partenaire. Il s’agit de la survie de l’agneau.

Un code caractérise les bêlements



Les chercheurs ont également étudié le système de codage de l’identité dans les bêlements. La recherche de la signature vocale s’effectue en deux étapes.
La première étape consiste à déterminer quels sont, dans les bêlements, les paramètres qui varient beaucoup entre individus et qui varient peu pour un même animal, c'est-à-dire à rechercher les paramètres acoustiques les plus à même de coder l’information individuelle.
La deuxième étape consiste à tester ces paramètres, afin de vérifier s’ils sont effectivement utilisés par l’animal. Pour cela, les chercheurs ont diffusé aux sujets des vocalisations de leurs partenaires dont certains paramètres acoustiques étaient supprimés ou modifiés en termes de durée, de fréquence ou d’intensité du signal. Ces travaux3 ont montré que le codage de la signature individuelle dépend d’une combinaison de plusieurs paramètres acoustiques. Les principaux sont la fréquence fondamentale (note du bêlement plus ou moins grave ou aiguë), la modulation d’amplitude au cours du temps (chevrotement) et le timbre (répartition de l’énergie entre les différentes harmoniques). La durée du bêlement peut aussi intervenir dans une moindre mesure dans le codage. Ainsi, l’identité des moutons résulterait davantage d’un codage combinant plusieurs caractères, plutôt que de la reconnaissance d’un paramètre bien précis, comme cela est généralement admis.

Ces résultats soulignent également l’existence d’interactions entre les différents sens utilisés par les animaux pour se reconnaître et communiquer entre eux. La reconnaissance vocale apparaît essentielle pour la survie du nouveau-né, et grâce aux résultats obtenus, celle-ci pourrait être améliorée.
Les travaux pourraient être poursuivis, à terme, pour identifier les bêlements caractéristiques d’autres situations entre congénères, permettant par exemple d’évaluer le bien-être des animaux et d'améliorer leurs performances de reproduction.

 
 Représentations graphiques des différents paramètres caractérisant un bêlement.


Cliquer ici pour visualiser les travaux acoustiques sur les bêlements
(document PowerPoint à lire en mode diaporama).
Video 1 : Cliquer ici pour visualiser le test de reconnaissance de l’agneau par sa mère lors de l’allaitement (présentation de l'agneau étranger en premier, puis de son propre agneau).
Video 2 :
Cliquer ici pour visualiser le test de reconnaissance par la mère du bêlement de son agneau (ou d'un agneau étranger) diffusé par haut-parleur.

Son 1 :
Cliquer ici pour écouter le son des voix humaines.
Son 2 :
Cliquer ici pour écouter le bêlement d'un agneau A.
Son 3 :
Cliquer ici pour écouter le bêlement de l'agneau A enregistré à l'envers (le son est très différent et la brebis ne reconnaît pas son agneau).
Son 4 :
Cliquer ici pour écouter le bêlement (chevrotement) d'un agneau B.
Son 5 :
Cliquer ici pour écouter le bêlement (chevrotement) de l'agneau B enregistré à l'envers (le son est très proche et la brebis reconnaît son agneau).

1 Contacts scientifiques
Unité mixte de recherche INRA - CNRS - Université de Tours - Haras nationaux «Physiologie de la reproduction et des comportements », département « Physiologie animale et systèmes d’élevage », centre INRA de Tours.
2 Programme soutenu par la Région Centre.
3 Travaux réalisés en collaboration avec le Laboratoire de Bioacoustique du CNRS dirigé par Thierry Aubin, (unité mixte de recherche Neurobiologie de l’Apprentissage, de la Mémoire et de la Communication à Orsay.

 
Rédacteur :  Service Presse INRA
Contacts : 
Frédéric SEBE
tél. : 02 47 42 77 00
frederic.sebe@tours.inra.fr
ou
Pascal POINDRON

tél. : 02 47 42 77 85
pascal.poindron@tours.inra.fr

Unité mixte de recherche INRA - CNRS - Université de Tours - Haras nationaux «Physiologie de la reproduction et des comportements », département « Physiologie animale et systèmes d’élevage », centre INRA de Tours.

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