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Communiqué de presse. 07/12/2010

L’Inra de Colmar au coeur du dialogue science-société :

l'essai en champ de porte-greffes transgéniques de vigne


L’essai en champ de porte-greffes transgéniques de vigne à l’Inra de Colmar fait l’actualité depuis plus d’un an déjà, en raison des saccages successifs subis en septembre 2009 et en août dernier, et de leurs suites judiciaires. Mais ce projet scientifique – dédié à la seule progression des connaissances et sans vocation commerciale - est remarquable pour d’autres raisons : il a fait l’objet d’un long processus de co-construction et d’un dialogue permanent des chercheurs avec les professionnels de la filière viticole et des représentants de la société civile. Ce « comité de suivi » et les scientifiques de l’Inra reviennent sur huit années de travail collaboratif en signant une publication dans PloS Biology*, prouvant qu’il est possible de dépasser les controverses entre anti et pro-OGM.

 

En 2001, l’Inra initie une expérience pilote reposant sur l’évaluation technologique interactive. L’objectif est d’organiser sur de nouvelles bases le débat sur les orientations de la recherche, en associant à sa réflexion les acteurs concernés de près ou de loin par ses recherches. A cette époque, la direction générale de l’institut est confrontée à la question de l’expérimentation au champ de porte-greffes potentiellement résistants au court-noué, une maladie virale de la vigne  sans traitement efficace et causant des pertes considérables (voir encadré 1). Au vu du caractère controversé des OGM et de l’état d’avancement des recherches sur la maladie, le dispositif de concertation est mis en place.
 

 

De l’évaluation technologique interactive à l’évaluation technologique participative


A l’issue de cette concertation, l’Inra décide en 2003 de lancer l’essai à Colmar et un comité local de suivi est constitué (voir encadré 2), avec pour mission la “surveillance” du protocole de recherche (voir encadré 3). Les points discutés concernaient les aspects les plus importants et les plus controversés de cet essai : son impact sur l’environnement, sur l’image de la vigne et du vin, ainsi que sur l’identité régionale de l’Alsace. Face à la complexité croissante des questions soulevées, le comité de suivi s’est progressivement affranchi du cadre de l’évaluation technologique interactive en définissant de nouveaux protocoles de recherche. Ceux-ci ont alors englobé les questions environnementales en s’interrogeant sur l’impact des transgènes sur la microflore du sol, ou sur les modes de lutte contre le court-noué issus de la viticulture biologique. Le comité local de suivi a ainsi co-construit un programme de recherche-action, correspondant à une évaluation technologique participative.
 

 

Les relations science-société à travers cette expérience exemplaire


Cet article permet d’appréhender le contexte sociétal et scientifique dans lequel s’est déroulée la première phase de réflexion, et comment plusieurs années de concertation ont permis l’adhésion des acteurs de la société civile - qu’ils soient pour ou contre les OGM-  aux recherches de l’Inra. Cette publication permet aussi de comprendre comment les actions du comité local de suivi ont rendu possible un dépassement du conflit  et ont permis à la Société et à la Science des échanges porteurs de sens et de perspectives.
 
La revue PLoS Biology a choisi cet exemple pour inaugurer une série nouvelle d’articles sur l’implication du public dans la science. Les ministres en charge de la recherche et de l’agriculture ont également salué cette démarche de concertation lors d’une visite du site de Colmar en août dernier, en proposant qu’elle inspire plus largement les débats science-société.

 

 
 
* The Local Monitoring Committee, Lemaire O, Moneyron A, Masson JE (2010) “Interactive Technology Assessment” and Beyond: the Field Trial of Genetically Modified Grapevines at INRA-Colmar. PLoS Biol 8(11): e1000551. doi:10.1371/journal.pbio.1000551
 
La traduction française de l’article de PloS Biology est disponible en cliquant ici 

 
Encadré 1 : Le court-noué, une maladie majeure de la vigne

Le court-noué est une maladie virale, dont le vecteur est un nématode (ver du sol). C’est une maladie décrite depuis 160 ans : les vignes malades présentent un feuillage jauni, un raccourcissement des entre-noeuds. Elle provoque une baisse drastique de production, jusqu’à 80% de baies en moins. Cette maladie touche environ 60% du vignoble national. Elle est la cause de pertes considérables, entre 350 et 850 millions d’euros par an en France. Elle connaît une dissémination mondiale. Le nématode (Xiphinema index) transmet ou acquiert le virus lors de ses piqûres d’alimentation au niveau des racines des vignes.
On ne sait lutter que contre le nématode et non pas contre le virus :
• par traitement chimique des sols : danger pour l’environnement et multiplication des interdictions
• par arrachage des vignes et repos des sols (10 ans) : coût élevé pour l’exploitant.
Il est donc nécessaire d’étudier de nouvelles voies de lutte.
 
 
 
Encadré 2 : Composition du comité local de suivi
• un membre de l’Interprofession viticole alsacienne
• un membre de l’Institut national des appellations d’origine
• un membre du lycée agricole et viticole
• un membre d’Alsace Nature
• un voisin du site de l’essai
• un représentant du service de la protection des végétaux
• un élu du Conseil régional
• un élu du Conseil municipal
• le chercheur pilotant le programme de recherche
• un membre de l’Association des viticulteurs d’Alsace
• un membre de l’Association de consommateurs d’Alsace
• un membre de la Confédération paysanne
• un vigneron indépendant
• une consultante en sciences de l’éducation
• un représentant de la Direction régionale de l’Environnement
• le président de l’Inra de Colmar


 
Encadré 3 : Le principe de l’essai, comprendre le mécanisme de résistance au virus du court-noué
De la terre contenant naturellement des nématodes porteurs du virus a été prélevée et transportée sur le site d’expérimentation de Colmar. Elle a été déposée sur le terrain d’environ 40 m2 préalablement creusé et au fond duquel une bâche a été étendue. Seulement 70 porte-greffes transgéniques ont été plantés de façon à étudier leur sensibilité à l’infection par le virus. Tous les plants de vigne ont été greffés avec un cépage non-OGM, le Pinot Meunier. Cette précaution, combinée à la suppression des inflorescences, écarte tout risque de dissémination pour cet essai sans vocation commerciale.
 
 


 

Encadré 4 : De nouvelles questions scientifiques : l’exemple de la jachère biologique

Le comité local de suivi de l’essai a suscité et stimulé des échanges entre chercheurs et viticulteurs sur des méthodes de lutte contre le court-noué faisant appel à la rotation des cultures et aux effets nématicides de certaines plantes.
A l’initiative du comité local de suivi, l’INRA a ainsi organisé sur ces questions un colloque largement ouvert (chercheurs, techniciens viticoles, vignerons, étudiants de Suisse, Allemagne et France) en novembre 2007.
En outre, un projet innovant sur des jachères a été co-construit avec le comité local de suivi. Il implique l’INRA de Bordeaux, d’Antibes et de Colmar, des chambres d’Agriculture ainsi que l’ENITA de Bordeaux. Des vignerons alsaciens ont spontanément proposé leurs parcelles pour ce projet qui a débuté en automne 2009. Les résultats préliminaires montrent que certaines plantes nématicides, très souvent utilisées en jachères, contribuent à multiplier les nématodes et les virus ! A l’inverse, d’autres plantes ont montré une activité nématicide et ont été semées ce printemps dans les premières parcelles de l’essai. Ce projet, suivi par des chercheurs, s’inscrit dans le long terme et utilise des moyens analytiques qui pourront vraiment valider un protocole de jachère faisant appel à des pratiques d’agriculture biologique.
 



Téléchargez ici le dossier de presse (août 2010) : "Recherches sur la vigne : les pistes explorées par l’Inra pour lutter contre le court-noué"

 
Rédacteur :  Service Presse INRA
Contacts : 

JEAN MASSON, Président du centre Inra de Colmar
Jean.Masson@colmar.inra.fr
tél. 03 89 22 49 60

OLIVIER LEMAIRE
Unité “Santé de la vigne et qualité du vin”, Centre Inra de Colmar
Responsable scientifique sur la lutte intégrée contre le court-noué
Olivier.Lemaire@colmar.inra.fr
tél. 03 89 22 49 52


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