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Fiche de Presse Info. 26/05/2008

L’origine du parfum de thé dévoilée chez les roses


Une équipe de chercheurs de l’INRA et de l’ENS Lyon, en collaboration avec l'Université Lyon 1 et l'Université Jean Monnet (St Etienne) a étudié l'origine du parfum de thé caractéristique de nombreuses variétés de roses modernes. Cette étude montre que la synthèse de ce parfum particulier est due à l'évolution d'un gène spécifique chez des roses sauvages chinoises. Ces roses chinoises, utilisées pour la création variétale au 19ème siècle, ont transmis ce gène et leur parfum à leurs descendants modernes.

 


Les roses modernes sont issues de l’hybridation de roses européennes avec des roses chinoises, dont l’arrivée en Europe à la fin du 18ème siècle a considérablement stimulé la création variétale. En effet, les roses chinoises se distinguaient des roses européennes par leur capacité à fleurir de manière récurrente (“remontante”) du printemps à l'automne. Par ailleurs, les roses chinoises se caractérisaient par leur parfum riche en composés phénoliques comme le diméthoxytoluène (DMT), dont la fragrance subtile rappelle celle du thé. Ce processus de création variétale a abouti, dans les années 1860, aux rosiers modernes à floraison remontante  "hybrides de thé", dont le nom provient de leur parfum léger riche en DMT hérité des roses chinoises. Les hybrides de thé ont connu un succès considérable, devenant les roses de jardin les plus répandues au 20ème siècle.

L'analyse du mécanisme de formation du DMT a permis de comprendre l'origine évolutive du parfum de thé. En effet, les dernières étapes de la biosynthèse de ce composé nécessitent l'action successive de deux enzymes très similaires codées par les gènes OOMT1 et OOMT2.

Parmi les roses sauvages, seules les roses chinoises possèdent le gène OOMT1

Les chercheurs ont caractérisé les gènes OOMT chez 18 espèces de roses sauvages représentatives du genre Rosa. Leurs travaux montrent que, si toutes ces roses possèdent le gène OOMT2, seules les roses chinoises possèdent également le gène OOMT1. De plus, l'analyse phylogénétique de cette famille de gènes indique que le gène OOMT1 des roses chinoises a évolué à partir d'une duplication du gène OOMT2, en particulier grâce à une mutation ponctuelle modifiant le site actif de l'enzyme OOMT1 correspondante. Cette mutation caractéristique du gène OOMT1 donne naissance à une enzyme beaucoup plus performante qui, ajoutée à l'enzyme OOMT2, permet une synthèse efficace de DMT.
Le gène OOMT1 et le parfum de thé, à l'origine restreints à deux espèces de roses sauvages chinoises, se sont transmis au cours du processus de création des roses modernes et se rencontrent de nos jours chez des milliers de cultivars présents dans les jardins du monde entier.
Si de nombreuses roses de jardin sont parfumées, il n'en est pas de même pour les variétés récentes créées pour le marché de la fleur coupée. En effet, ces variétés sélectionnées sur des critères de productivité et de tenue en vase sont souvent dépourvues de parfum. Depuis quelques années, le parfum bénéficie d’un regain d’intérêt de la part des consommateurs et le caractère parfumé joue un rôle de plus en plus important dans le succès commercial d’une nouvelle variété. Cependant, le parfum se caractérise par une héritabilité complexe qui le rend particulièrement difficile à prendre en compte dans les schémas de sélection actuels. Ces travaux s'inscrivent dans un effort de recherche international visant à mieux comprendre les mécanismes de production du parfum chez la rose, dans le but de mieux maîtriser ce caractère complexe.

Le genre Rosa compte environ 150 espèces de roses sauvages réparties dans l'hémisphère Nord, en particulier dans les régions tempérées. Le nombre d'espèce et la taxonomie de ce genre sont sujets à débat, en raison de la grande variabilité phénotypique de certaines espèces. En France, on compte environ une trentaine d'espèces de roses sauvages, dont la plus commune est l'églantier (Rosa canina). Les milliers de variétés de roses modernes ont été obtenues par un long processus de domestication et de création variétale à partir d'une dizaine d'espèces de roses sauvages ou domestiquées d'origines européenne et moyen-orientale d'une part (Rosa gallica, R. phoenicia, ou R. moschata, par exemple), et chinoise d'autre part (R. chinensis, R. gigantea).

 

 


 

Références :
Scalliet G., Piola F., Douady CJ., Réty S., Raymond O., Baudino S., Bordji K., Bendahmane M., Dumas C., Cock JM. & Hugueney P. (2008) Scent evolution in Chinese roses. Proc. Natl. Acad. Sci. USA. 105, 5927-5932

 
Rédacteur :  Service Presse INRA
Contacts : 
Philippe HUGUENEY
tél. : 03 89 22 49 25
philippe.hugueney@colmar.inra.fr
unité mixte de recherche «Reproduction et développement des plantes » INRA-CNRS-ENS Lyon-Université Lyon 1,
département «Biologie végétale »,
centre INRA  de  Clermont-Ferrand-Theix.

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