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Fiche de Presse Info. 19/02/2009

La production intégrée à l'épreuve du bilan économique


La production intégrée, moins gourmande en intrants et plus favorable à l'environnement, conduit parfois à une perte de rendement à la récolte. Les travaux de l'Inra montrent que l'on peut minimiser cette perte en choisissant des systèmes de culture appropriés. De plus, en tenant compte d'autres paramètres, tels que le prix des intrants et le prix des denrées agricoles, le bilan économique peut être positif pour l'agriculteur, même si la récolte est moins abondante. Au-delà de ce bilan économique, d'autres types de bilans sont à développer, notamment énergétiques et environnementaux, pour évaluer le caractère durable des systèmes de production.

 

La réduction des intrants (eau, engrais, produits phytosanitaires) est une réponse souvent  envisagée pour des raisons économiques (prix des intrants en hausse), environnementales (pollutions de l'air et de l'eau) et réglementaires (éco-conditionnalité des aides). Cependant, diminuer les intrants s'accompagne souvent d'une baisse de rendement à la récolte.
Autre obstacle, ces pertes de rendement sont difficiles à prédire. En effet, de nombreux travaux montrent que la baisse de rendement n'est pas proportionnelle à la diminution des intrants : par exemple, en ce qui concerne la réponse à l'eau et à l'azote, il existe des seuils en deçà desquels le besoin des plantes n'est plus couvert, entraînant une chute drastique de rendement. La prédiction étant difficile, les chercheurs de l'INRA conduisent des expérimentations sur plusieurs années pour tester des itinéraires techniques compatibles avec la réduction d'intrants.

Le choix d'itinéraires techniques appropriés peut atténuer la baisse de rendement

Deux types d'expérimentations menées à l'INRA montrent que l'on peut réduire les intrants avec une diminution modérée du rendement de la culture.

Dans la première expérimentation, conduite pendant 8 ans à l'INRA de Toulouse-Auzeville, en sol profond, les chercheurs ont montré que l'on peut diminuer de 30% l'irrigation dans une rotation diversifiée (céréales, oléo-protéagineux) avec une baisse du rendement global sur l'ensemble de la rotation de seulement 4%. Ce résultat est obtenu en privilégiant le semis d'hiver (pour le pois), en choisissant des cultures d'été tolérantes à la sécheresse (substitution du maïs et du soja par du tournesol et du sorgho) et en réduisant les besoins en eau (par une diminution des semences de 21% et des doses d'azote de 9%). On peut aussi se passer complètement d'irrigation dans ce milieu en diminuant encore le niveau d'intrants, de 42% pour l'azote et de 27% pour les semences.  Dans ce cas cependant, la baisse de rendement est plus importante (18%). La réduction associée en produits phytosanitaires est de 21% (irrigation réduite) et 35% (pas d'irrigation).

Dans la deuxième expérimentation, menée pendant 8 ans à l'INRA de Dijon-Epoisses, il a été possible de réduire les herbicides de 55 à 70% avec une diminution du rendement de 16% pour le blé et de 7% pour le colza, le rendement se maintenant pour l'orge. Pour cela, il a été nécessaire d'allonger la rotation des cultures (6 ans au lieu de 3) et de mettre en place des peuplements plus compétitifs (semis plus denses). L'itinéraire technique est complété par le désherbage mécanique en végétation (binage, hersage) et la technique du " faux semis", qui consiste à travailler le sol bien avant le semis pour faire germer les mauvaises herbes et les détruire à des stades jeunes avant de semer la culture.

Le rendement de la récolte n'est qu'une composante du bilan économique

Pour apprécier globalement l'impact économique pour l'agriculteur d'une conduite à intrants réduits, il faut tenir compte de l'ensemble de ses dépenses (quantité et prix des intrants, y compris fuel) et de ses recettes (quantité récoltée, prix de vente de la récolte). Ce calcul de marge a été réalisé à l'INRA dans le cadre d'une troisième expérimentation : le " réseau blé rustiques ".
Le réseau blé rustiques comporte une trentaine d'essais menés chaque année dans le Nord-Ouest de la France, entre 2004 et 2007. Dans ces essais, on compare deux systèmes de culture : une variété de blé productive cultivée avec un système de référence tendant à maximiser le rendement, et une variété de blé dite " rustique ", c'est-à-dire multi-résistante aux maladies et à la verse, cultivée avec un système à niveau d'intrants réduit. Dans ce dernier système, on diminue la densité de semis et la fertilisation azotée et on accepte  une diminution modérée de rendement (9% en moyenne sur les 4 ans). Si on calcule la marge brute, on constate que le système à bas intrants est plus intéressant que le système de référence car la baisse du rendement est compensée par la baisse des dépenses. Mais ceci n'est valable que si le prix du blé est inférieur à 140 euros la tonne. Par contre, si le prix du blé est supérieur à 140 euros la tonne, le système à bas intrants dégage, suivant les années, des marges légèrement inférieures ou égales au système de référence.
Ces résultats montrent que l'agriculteur peut trouver avantage sur le plan économique à développer ces nouveaux itinéraires techniques à bas intrants. Ce sera d'autant plus vrai s'ils sont encouragés par des mesures agri-environnementales ou d'autres politiques publiques.

L'évaluation est à élargir à d'autres critères

Les calculs de marge brute ne prennent en compte que la dimension économique au niveau de l'agriculteur. Viser un développement durable nécessite  cependant d'opter pour une évaluation multicritère des performances agricoles qui prenne en compte  notamment la dimension environnementale, le bilan énergétique et le bilan sanitaire (mycotoxines, résidus de pesticides).


 

 
Rédacteur :  Service Presse INRA
Contacts : 

Philippe DEBAEKE
tél. : 05 61 28 50 16
Philippe.Debaeke@toulouse.inra.fr
Unité mixte de recherche «Agrosystèmes et développement territorial AGIR » INRA-INPT/ENSAT,
département «Sciences pour l'action et le développement »,
centre INRA de Toulouse.

Nicolas Munier-Jolain
tél : 03 80 69 30 35
nicolas.munier-jolain@dijon.inra.fr
Unité mixte de recherche « Biologie et gestion des adventices » INRA-ENESAD-Université de Bourgogne
département « Environnement et agronomie »
centre INRA de Dijon.

Bernard Rolland
tél : 02 23 48 51 35
Bernard.Rolland@rennes.inra.fr
Unité mixte de recherche «Amélioration des plantes et biotechnologies végétales » INRA-Agrocampus Rennes-Univ. Rennes I
département « Génétique et amélioration des plantes »
centre Inra de Rennes.
 


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