Les prairies permanentes, qu’elles soient naturelles ou semées depuis plus de cinq ans, comprennent de 10 à parfois plus de 50 espèces végétales, à la différence des prairies temporaires, rarement composées de plus de 2 à 3 espèces. L’intérêt des prairies riches en espèces est multiple. D’une part cette richesse autorise une diversité de valeurs d’usage agricole pour nourrir le cheptel au pâturage ou sous forme de foin ; c’est l’objet de la recherche rapportée ici. D’autre part, ces prairies remplissent d’importantes fonctions environnementales : elles constituent un important réservoir de diversité végétale et animale, elles jouent un rôle paysager apprécié et elles tiennent un rôle non négligeable dans le stockage du CO2, le plus importants des gaz à effet de serre.
Jusque là, la diversité des prairies permanentes a essentiellement été décrite par le nombre d’espèces sur la base de critères taxonomiques reflétant une réalité souvent locale. En outre, leur valeur d’usage agronomique a longtemps été calculée sur la base de relevés d’abondance des espèces, chacune ayant un indice spécifique « figé dans le temps » pour estimer une valeur globale à un état jugé comme optimum. Toutefois, ces indicateurs « parlent peu » aux éleveurs et ont contribué à communiquer une vision productiviste des prairies au travers de termes mal appropriés tels que « les bonnes » graminées par opposition aux graminées sans valeur fourragère.
Outre le rendement et sa qualité, deux critères sont essentiels aux éleveurs. La temporalité de production définit le moment du pic de croissance de la végétation ; elle est liée à la phénologie des espèces. Ce pic s’observe potentiellement à chaque repousse et récolter trop longtemps après engendre une mauvaise valorisation de l’herbe disponible. La flexibilité d’utilisation permet de retarder ou d’avancer la date d’exploitation par rapport à la date du pic de production sans pour autant réduire la quantité et la qualité de la récolte.
Etablir un lien entre pratiques agricoles et fonctionnement des communautés de plantes prairiales
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© INRA / JP. Theau
Prairie de type C
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Mobilisant les concepts de l’écologie fonctionnelle, l’équipe Orphée (« Outils, références et modèles pour la gestion des systèmes herbagers ») de l’INRA à Toulouse propose une méthode permettant de réaliser des typologies de prairies riches en espèces pour qualifier à la fois leur valeur d’usage agronomique et leur valeur environnementale (diversité des espèces). Les espèces et les familles de plantes (essentiellement des graminées et des dicotylédones) ne sont plus listées mais appréhendées par leurs similitudes de comportement. Les traits biologiques des plantes et leurs caractéristiques agronomiques comme la productivité, la qualité (par exemple la digestibilité), mais aussi la temporalité de la production et la flexibilité d’utilisation, sont reliés.
Quatre types fonctionnels de plantes (A, B, C et D) ont été définis sur la base de leur teneur en matière sèche des feuilles (1). Cet indicateur exprime un compromis physiologique entre acquisition et conservation des nutriments, autrement dit, entre croissance et longévité des organes. Ainsi, dans un milieu riche, une espèce peut difficilement et en même temps croître vite grâce à l’acquisition rapide de nutriments, et les conserver longtemps par une durée de vie des feuilles élevée. Ces quatre types fonctionnels de plantes se différentient donc beaucoup par la durée de vie des feuilles, la phénologie, la digestibilité des organes et dans une moindre mesure, la vitesse de croissance.
L’observation « au champ » permet de déterminer la proportion de chacun des quatre types fonctionnels de plante. Ainsi, une végétation de « type A dominant » correspond à des espèces telles que le ray grass anglais ou le trèfle blanc. Ce type de prairie est fertilisé. Régulièrement utilisé, il produit beaucoup avec des pics de production précoces et de qualité (peu riches en cellulose), mais cette qualité baisse rapidement si on retarde trop la récolte. Une végétation de « type C dominant » comporte des espèces telles que la fétuque rouge, l’agrostis, la sanguisorbe… Les pics de production sont tardifs. Le fourrage est moins digestible que celui d’une prairie de « type A », mais la digestibilité diminue plus lentement si on retarde la date de récolte. Le « type B » est intermédiaire entre les types A et C, et le type D a des caractéristiques plus marquées que le type C : la productivité ainsi que la qualité sont moindres.
Plus les types fonctionnels sont variés au sein d’une même prairie (par exemple A et C en comparaison de A seul), plus grande sera sa flexibilité d’utilisation. Appliquée à l’échelle de l’exploitation agricole ou d’un territoire, cette méthode permet d’identifier les complémentarités entre types de végétation (ceux qui ont des pics précoces et tardifs) et ainsi de concevoir des systèmes fourragers valorisant mieux la diversité des végétations.
Cette étude a été réalisée au sein du projet européen Vista (Vulnerability of Ecosystem Services to Land Use Change in Traditional Agricultural Landscapes) (2). Elle fondera le projet de typologie nationale des prairies permanentes, sur des bases plus génériques que par le passé.

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Prélèvement d'herbe.
(1) La teneur en matière sèche des feuilles saturées en eau, ou TMS exprimée en mg/g, est mesurée d’après un protocole fixé, et dans les mêmes conditions de croissance.
(2) VISTA : http://www.toulouse.inra.fr/centre/vista-wp5
Référence: Ansquer P, Duru M, Theau JP, Cruz P 2008 Functional Traits as Indicators of Fodder Provision over a Short Time Scale in Species-rich Grasslands. Annals of Botany (sous presse)
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