Allier efficacité agronomique et respect de l'environnement La production intégrée diffère de l'agriculture raisonnée, fondée sur la seule optimisation des méthodes classiques de production. En agriculture raisonnée, les agriculteurs ne traitent que s'il le faut, au bon moment et avec une dose adaptée. En production intégrée, l'utilisation de techniques alternatives, comme la lutte biologique ou l'utilisation de zones de compensation écologique, est recherchée car ces méthodes peuvent être tout aussi efficaces d'un point de vue agronomique et plus respectueuses de l'environnement. La production intégrée se distingue aussi de l'agriculture biologique car elle n'abandonne pas les méthodes chimiques lorsqu'elles ne posent pas de problèmes scientifiquement démontrés pour la sécurité alimentaire et pour l'environnement. Comme son nom l'indique, la production intégrée "intègre" tous ces éléments. On applique ce qui est le mieux pour l'environnement, le consommateur et l'agriculteur.
" Production Fruitière intégrée", un programme de recherches pluridisciplinaire Le projet Production Fruitière Intégrée a été lancé en 2000 à l'initiative des chercheurs, après une phase de préparation importante menée en concertation avec plusieurs partenaires socio-économiques. L'INRA a poursuivi ces travaux en collaboration avec le CTIFL (Centre technique interprofessionnel des fruits et légumes) dans le cadre de la production fruitière, car c'est le secteur agricole pour lequel ces pratiques ont historiquement été inventées et où elles sont encore le plus utilisées. La filière fruits, importante au plan économique, est à la fois stratégique pour l'agriculture, essentielle pour le consommateur et polluante pour l'environnement. Parmi les actions principales, les chercheurs ont travaillé sur des méthodes de lutte alternatives aux pesticides chimiques.

| Parmi les actions principales, les chercheurs ont travaillé sur des méthodes de lutte alternatives aux pesticides chimiques © INRA/J. Weber - réf : PCD0038 - IMG0095.PCD |
L'objectif des chercheurs est de fournir des méthodes et outils en élaborant ou mobilisant les connaissances, dans et à l'interface des différents domaines qui y contribuent : génétique, entomologie et pathologie végétale, écophysiologie et agronomie systémique, économie et socio-économie de la filière. Ces travaux peuvent être assez en amont de l'application quand il s'agit d'explorer des pistes pour le futur ou, au contraire, très orientés vers la pratique en vergers quand l'innovation paraît mûre et peut être adoptée par la filière. Parmi les actions principales, les chercheurs ont travaillé sur des méthodes de lutte alternatives aux pesticides chimiques. Ils ont mis au point des pièges pour insectes nuisibles, utilisé leurs ennemis naturels, ou bouleversé la reproduction des ravageurs avec des phéromones. Alternatives aux pesticides chimiques
Concernant la tavelure (maladie causée par un champignon), des travaux menés à l'INRA d'Angers montrent que l'association sur le même rang d'une variété moyennement sensible et d'une variété résistante est efficace pour réduire les épidémies (sur feuilles et fruits) par rapport à la culture pure d'une variété sensible, dans le cas de traitements insuffisants. Cependant, le niveau de maladie atteint dans les parcelles est incompatible à ce jour avec une gestion commerciale de vergers conventionnels. La filière biologique, plus souple pour les systèmes de plantation, pourrait trouver un avantage à l'implantation de ces mélanges variétaux, compte tenu du peu de moyens de lutte contre la tavelure dont elle dispose. Concernant le carpocapse (ver de la pomme), la comparaison par l'INRA d'Avignon sur 3 ans de 3 stratégies de protection : Intégrée, Biologique, ou Conventionnelle pour leurs impacts sur la biocénose (ensemble des êtres vivants) de vergers de pommiers montre que la protection intégrée a permis de réduire très significativement le nombre d'interventions pour la lutte contre le carpocapse (3,3 interventions au lieu de 14,7 en biologique et 10,3 en conventionnel). Des résultats allant dans le même sens mais moins marqués sont observés concernant la lutte contre les acariens, les pucerons verts et cendrés.
Évaluation des impacts environnementaux
Dans le cadre du programme Production Fruitière Intégrée, des outils permettant aux arboriculteurs d'évaluer les effets de leurs pratiques vis-à-vis de l'environnement (protection phytosanitaire et fertilisation azotée pour l'essentiel) ont été développés. Quatre indicateurs ont été adaptés pour l'arboriculture fruitière par le CTIFL, basés sur la méthode Indigo(r) élaborée par l'INRA de Colmar pour les grandes cultures et la vigne. Pour les principales espèces fruitières françaises, l'indicateur I-Phyarbo sur l'impact des produits phytosanitaires est opérationnel. Le calcul de cet indicateur sera disponible sur internet au cours du premier trimestre 2006. Il permettra de faire un diagnostic de l'usage des pesticides et de tester l'impact environnemental de pratiques alternatives.
Économie de la filière
L'analyse de l'évolution des conditions économiques de la production et de l'environnement socio-économique des producteurs a été réalisée par l'INRA de Montpellier et d'Avignon pour l'essentiel. Cette analyse confirme que la "norme environnementale" devient stratégique et se privatise, différents acteurs intervenant sur la scène des référentiels. La production fruitière intégrée s'inscrit dans ce mouvement que l'on peut qualifier de développement économique global. Il est aujourd'hui évident que les techniques conventionnelles peuvent conduire à une impasse environnementale. Le coût global induit par l'adoption de la lutte intégrée n'est pas forcément prohibitif. Lié à la surveillance des parcelles, il varie entre 100 et 1 000 €/ha selon le nombre de traitements économisés et les coûts supplémentaires de certaines pratiques : pour un verger moyen, il correspondrait à un surcoût de quelques centimes par kilogramme de fruits produits. Ce coût est pris en charge à raison de 50% environ par la politique agricole commune depuis 1996, pour les producteurs membres d'Organisations de Producteurs, engagés dans des programmes contractuels. Il faut cependant mettre ces chiffres en regard de la grande variabilité interannuelle des rendements et des prix, qui peut rendre toute prise de risque supplémentaire objectivement non supportable du point de vue de l'arboriculteur. Un complément d'analyse est nécessaire pour évaluer dans quelle mesure un mécanisme assurantiel permettrait de contribuer à son adoption.
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