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Fiche de Presse Info. 19/02/2009

La production intégrée à l'épreuve du terrain


Depuis 2003, huit agriculteurs de Picardie, des conseillers agricoles et des chercheurs de l'INRA de Grignon, Dijon et Rennes ont travaillé ensemble à la conception et à la mise en oeuvre d'une agriculture utilisant les principes de la production intégrée. Cette expérimentation très originale, menée avec de vraies exploitations agricoles, a permis de vérifier qu'il était possible de réduire fortement les intrants sans affecter les résultats économiques.

 

Un des objectifs du Grenelle de l'environnement est la réduction de 50% des pesticides d'ici 2018. Pour cela, il sera nécessaire de recourir à une modification profonde des systèmes agricoles en appliquant les principes de la production intégrée.

Les recherches menées par l'INRA sur la conception de systèmes de cultures  économes en intrants ont apporté de nombreux éléments utilisables sur le terrain. Pour aller plus loin, une étude a été lancée à l'initiative des Chambres d'Agriculture de Picardie pour vérifier si la production intégrée est techniquement réalisable tout en restant compatible avec la rentabilité économique des exploitations agricoles. Ainsi, depuis 2003, une expérimentation en vraie grandeur est menée en Picardie sur des exploitations agricoles, à dominante céréales et betterave, courantes dans cette région. Huit agriculteurs volontaires ont collaboré avec des conseillers agricoles et des chercheurs, pour engager un processus de transformation de leurs systèmes de culture.

 

© P. Mischler, Agrotransfert

Au cours de l'expérimentation, on observe dans les fermes, un développement rapide des itinéraires techniques intégrés avec le choix de moyens agronomiques permettant de réduire la pression des maladies, des ravageurs et la verse. En blé, ces moyens sont notamment le retard des semis, des densités de peuplement claires et l'utilisation de variétés rustiques. Une réduction moyenne des densités de semis de 21% est observée en 2007 par rapport à 2002. L'utilisation de variétés résistantes aux maladies et à la verse se développe, et passe de 60% à 89% des parcelles entre 2002 et 2007. Une tendance à éviter les semis précoces est observée : 7 fermes sur 8 ont retardé de 7 jours en moyenne la date du 1er jour de semis, entre 2004 et 2007.
 

Impact sur l'usage des fongicides et régulateurs de croissance

Ceci a conduit à une réduction importante de certains pesticides. Ainsi, en 2007, pour les principales cultures, les huit fermes se situent systématiquement sous les valeurs des IFT* de référence : 3.5 au lieu de 5.84 pour la référence régionale **.
Pour les fongicides, en 2006 les 8 fermes n'ont appliqué en moyenne que 1.1 fongicide par parcelle contre 1.85 de moyenne régionale. En 2007, en raison d'une forte pression de maladies le nombre moyen de fongicides sur les 8 fermes a augmenté. Il se limite cependant à 1.4 passage contre 2.1 passages dans les références régionales **.
La réduction d'usage est spectaculaire pour les régulateurs de croissance. Partant d'un niveau initial faible (0.9 passage par parcelle en 2002), cette valeur descend à 0.1 passage en 2007 pour une référence régionale de 1.3 passages. En 2007 il ne reste que 10% des parcelles recevant un régulateur de croissance sur tout ou partie de leur surface, contre 80% dans la région **.
 

Impact sur l'usage des herbicides

La protection intégrée contre les adventices est plus difficile à mettre en œuvre, car elle nécessite une réflexion plus profonde sur l'organisation de l'exploitation agricole, et l'acquisition de matériels spécifiques. De plus, les effets des échecs de désherbage peuvent persister pendant plusieurs années. Néanmoins, l'évolution de l'assolement des fermes a permis de réduire le risque par une diversification des cultures (légumineuses, orge de printemps, tournesol, colza) et l'étalement des périodes de semis. Ces mesures ont permis de limiter la fréquence de blé sur blé de 14,9 à 4,7%.
Le labour est optimisé pour la gestion des mauvaises herbes. Il n'est pratiqué environ qu'un an sur deux, pour enfouir les graines d'adventices hivernales et les maintenir en profondeur assez longtemps pour entraîner un taux de mortalité élevé. Le désherbage mécanique a été introduit dans plusieurs fermes. Cependant, la réduction d'usage des herbicides reste aujourd'hui encore limitée.
 

Gestion de l'azote

La gestion de la fertilisation azotée est un levier important car sa réduction contribue à la baisse des risques de maladies et de verse. Les huit exploitations ont généralisé l'utilisation de techniques de pilotage et la dose d'azote moyenne a baissé de 162 à 127 kg N/ha entre 2002 et 2007 ; enfin, un développement volontariste des cultures intermédiaires a permis que 80% des parcelles soient couvertes en hiver.
Temps de travail et marge brute
Le temps de travail a été réduit de 4% entre 2002 et 2007, en passant de 5.8 à 5.5 heures/ha. Cette faible variation s'explique par une compensation des temps de travaux entre chantiers. Le temps gagné à moins utiliser le pulvérisateur et la charrue est compensé par une hausse de celui consacré au travail du sol superficiel et à l'implantation de couverts d'inter-culture.
La marge brute des huit fermes s'est globalement maintenue pendant l'expérimentation, tout en réduisant l'usage des intrants. Par rapport à des références régionales elle est même un peu supérieure entre 2002 et 2006 et équivalente en 2007. Ces premiers résultats sont encourageants, ils devront être complétés les prochaines années.

La production intégrée : trois en un
Les systèmes de production intégrée mis en œuvre dans les huit fermes sont caractérisés par trois aspects :

- La protection intégrée : il s'agit avant tout de mettre en œuvre de manière cohérente un ensemble de moyens agronomiques préventifs pour réduire les adventices, les maladies, les ravageurs et la verse. Lorsque la lutte contre les ennemis des cultures est nécessaire, elle se fait de façon mécanique, physique ou biologique et les pesticides ne sont utilisés qu'en dernier recours.

- La gestion des éléments minéraux s'appuie sur les principes de la fertilisation raisonnée et du recyclage des éléments fertilisants. Il est recommandé de développer la présence de légumineuses et de réaliser une couverture hivernale des sols.

- Ces deux principes sont déclinés tant au niveau stratégique qu'au niveau tactique, en cohérence avec les ressources disponibles (terre, travail,...) et les objectifs de l'agriculteur en matières économique et sociale.
 



* IFT : Indice de fréquence de Traitement
** les références régionales citées concernent des groupes de développement possédant une bonne performance technico-économique.

Source :
" En Picardie, 8 fermes de grandes cultures engagées en production intégrée réduisent fortement les pesticides sans baisse de marge ", le Courrier de l'environnement, à paraître. Pour en savoir plus : http://www.inra.fr/dpenv/

 

 
Rédacteur :  Service Presse INRA
Contacts : 

Vincent FALOYA
tél. : 02 23 48 51 82
vincent.faloya@rennes.inra.fr
Unité de recherche « »,
département «Sciences pour l'action et le développement. »,
centre INRA de Rennes.

Pierre MISCHLER
tél :03 22 85 75 86
p.mischler
@agro-transfert-rt.org
Agro-Transfert Ressources et Territoires


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