Au contraire du pétrole, le bois constitue une forme d'énergie renouvelable et neutre par rapport à l'effet de serre car le CO2 libéré lors de la combustion est celui qui a été fixé par les arbres lors de leur croissance. C'est une ressource abondante puisque la surface des forêts croît de façon continue en France. Actuellement, le "bois-énergie" concerne essentiellement le chauffage (il représente 15 à 30 % du chauffage domestique). Dans l'avenir, et de façon plus novatrice, le bois pourra être utilisé pour produire des biocarburants. 
| Après récolte mécanique, les taillis à très courte rotation fournissent des plaquettes utilisables pour les chaufferies ou la filière biocarburants. Ici, TTCR de peupliers âgées de 2 ans, Savigny-sur Ardres, Marne © INRA A.Gavaland |
Produire de la biomasse Dans les 2 cas, il faudra disposer d’une biomasse de bois suffisante. Pour cela, on peut intensifier l’exploitation des ressources forestières (récupération des bois de première éclaircie ou des résidus d’élagage tombés au sol et parfois laissés en décomposition naturelle), d’autant que la surface des forêts croît de façon continue en France. Les sous-produits des industries de transformation du bois (sciures, copeaux, écorces) représentent également une source de biomasse qui pourrait être valorisée. Cependant ces ressources doivent être partagées avec d’autres filières telles que les industries papetières et les fabricants de panneaux de bois aggloméré. C’est pourquoi, pour ne pas déséquilibrer ces filières, il sera nécessaire de trouver d’autres sources de biomasse si les besoins viennent à augmenter.
A partir de cultures dédiées... Les chercheurs de l’INRA (1) ont mis en place et étudié un système de culture dédiée à la production de bois, appelé : taillis à courte rotation (TCR) ou à très courte rotation (TTCR). Il s’agit de plantations très denses de jeunes peupliers que l’on coupe entre 6 et 8 ans (TCR) ou entre 2 et 4 ans (TTCR). Après la coupe, de nouvelles tiges repoussent sur les souches et l’on peut effectuer ainsi plusieurs cycles de production-récolte. La quantité de biomasse récoltée est importante : les chercheurs l’évaluent à 10 à 12 tonnes de matière sèche en moyenne par hectare et par an. C’est une biomasse homogène, facilement mobilisable hors période de végétation et récoltable de façon mécanisée.
...à étudier sur le long terme Certains essais mis en place par l’INRA ont connu 2 ou 3 rotations (essai de Nogent-sur-Vernisson, dans le Loiret, planté en 1983, essai de Vatan, dans l’Indre, planté en 1991). L’ancienneté de ces essais en fait de bons modèles d’étude de la durabilité des TCR d’un point de vue écologique. Ils se prêtent à des études sur l’impact à long terme de ce type de sylviculture sur les cycles de l’eau et des éléments minéraux du sol, ainsi que sur la flore. En particulier, les flux de gènes véhiculés par le pollen entre les variétés cultivées et les variétés sauvages (peuplier noir) seraient à étudier. Un champ d'investigation s'ouvre aussi aux chercheurs sur la compréhension des mécanismes génétiques, biochimiques, moléculaires à l'origine des propriétés du bois. Les applications de ces recherches pourraient être valorisées par la création de variétés adaptées à des utilisations spécifiques de la biomasse, par exemple la production de biocarburants.
Quel avenir pour cette production ? La diffusion des résultats de recherche de l’INRA vers les professionnels est facilitée par la présence sur le site de l’INRA d’Orléans d’"Arbocentre", l’association de l’interprofession de la filière-bois en région Centre, dont une des missions est de développer la filière bois-énergie, tout en assurant la compétitivité et la durabilité de la filière forêt-bois. La région Centre est particulièrement concernée du fait de ses ressources forestières et de son tissu industriel. La Chambre régionale d’agriculture de la Région Centre a par exemple pour objectif de mettre en place un pilote de production de biocarburants de deuxième génération à Artenay (Loiret). L’extension des TCR et TTCR dépendra à la fois de la politique énergétique française et de l’évolution réglementaire dont ces "cultures de diversification" pourront bénéficier dans le cadre de la politique agricole communautaire. Elle dépendra aussi des opportunités régionales, voire locales, de valorisation de la biomasse ligno-cellulosique, par exemple la proximité d’industrie de transformation, apte à convertir le bois en plaquettes ou granulés pour le rendre utilisable comme combustible.
(1) Unité mixte de recherche INRA-INPT-ENSAT "Dynamiques forestières dans l'espace rural" - Centre INRA de Toulouse ; Unité de recherche "Amélioration, génétique et physiologie forestières"- Centre INRA d’Orléans ; Unité de recherche "Zoologie forestière"- Centre INRA d’Orléans ; Unité de recherche "Biogéochimie des écosystèmes forestiers"- Centre INRA de Nancy.
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