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Fiche de Presse Info. 23/02/2010

Quels facteurs déterminent la biodiversité de la flore adventice en France ?


Des chercheurs de l’INRA ont étudié l’importance relative des facteurs de l’environnement (pH, textures des sols), et de ceux liés aux pratiques agricoles (types de cultures et de labour), sur la composition et la richesse en espèces de la flore adventice (ou « mauvaises herbes »). Ils ont pour cela analysé des données concernant près de 700 parcelles cultivées en France. Les résultats confirment que la diversité de la flore adventice analysée à une large échelle est favorisée par des systèmes agricoles peu spécialisés et peu intensifs. Ils mettent également en évidence que la diversité en espèces peut être faible dans une parcelle mais différente d’une parcelle à l’autre, ce qui au final donne une diversité élevée à l’échelle supérieure. Cela pose la question des moyens et des aides à la conservation de cette biodiversité, qui ne se limite pas à la gestion au niveau de la parcelle agricole, mais à des échelles plus grandes au niveau des territoires.

 

Pour mener cette étude, les chercheurs ont analysé les données concernant près de 700 parcelles cultivées, choisies pour représenter la diversité des pratiques agricoles et des conditions environnementales françaises1. Des relevés du nombre d’espèces (richesse), et de la représentation des individus au sein de chaque espèce dans les parcelles étudiées, ont été effectués 30 à 40 jours après les semis de cultures, puis après le premier traitement herbicide.
Concernant les pratiques, les agriculteurs ont été interrogés sur la culture en cours et la précédente ; le type de travail du sol et notamment la profondeur des opérations de labour ; les modalités de semis et de protection phytosanitaire, etc.
Les paramètres de l’environnement pris en compte concernent les sols (pH, texture), les conditions climatiques (température, précipitations, position géographique, paysage environnant (champ ouvert, haies, bocage)… Au total, 14 paramètres ont été étudiés (5 liés aux pratiques et 9 liés à l’environnement).

Le pied d’alouette (Delphinium consolida), une adventice devenue rare.
© INRA / Gilles Louviot
Le nombre d’espèces recensées s’élève à 361. La flore adventice française est riche. Elle concentre les influences océaniques, eurosibériennes et méditerranéennes. On peut retenir qu’en France, il existe 26 espèces adventices majeures présentes dans plus de 15% des parcelles parmi lesquelles 15 espèces font partie des plus répandues d’Europe. Une trentaine d’espèces a un niveau de fréquence intermédiaire (entre 5 et 15%) ; ce sont les adventices considérées comme « mauvaises herbes » dans une région ou une culture. La majorité des espèces rencontrées (307 soit 85%) peuvent être qualifiées de rares.







Une plus grande richesse de flore adventice dans les zones de bocage

Quand on classe chacune des 700 parcelles en fonction de leur richesse individuelle en espèces adventices, on observe que les parcelles situées dans des zones de bocage, ou des paysages incluant des haies, abritent de façon significative plus d’espèces que les champs ouverts. Le nombre d’espèces par parcelle est aussi largement influencé par la profondeur du labour : une plus grande richesse est constatée pour des labours plus profonds.

Une plus grande biodiversité pour les céréales d’hiver dans des systèmes sans labour

Si l’on regroupe les parcelles en fonction de la valeur des paramètres étudiés, on peut totaliser les espèces observées dans un contexte donné pour calculer la diversité globale en adventices à l’échelle de la France. A cette échelle large, la diversité de la flore adventice est d’abord expliquée par le type de culture en cours, puis la culture précédente et le pH du sol. Par exemple, la diversité observée à l’échelle de la France est la plus importante si l’on considère l’ensemble des parcelles en céréales d’hiver qui sont conduites dans des systèmes sans labour. D’autres éléments comme la longitude, le type de paysage et la date de semis ont aussi un effet mais dans une moindre mesure.

L’échelle d’observation de la biodiversité, une donnée essentielle

Ainsi, l’ordre des paramètres expliquant la diversité de la flore adventice varie selon que l’on considère la diversité présente dans une seule parcelle ou dans l’ensemble des parcelles présentant les mêmes valeurs de paramètres. Cette variation selon l’échelle considérée s’explique par le fait que des parcelles prises individuellement peuvent abriter chacune un faible nombre d’espèces, mais grâce à une richesse différente d’une parcelle à l’autre, la somme des espèces observées quand on regroupe des parcelles à une échelle plus large augmente.

Cette étude soulève la question de l’échelle d’observation de la biodiversité. Elle pose donc la question des moyens et des aides à la conservation de cette biodiversité, qui ne se limite pas à la gestion au niveau de la parcelle agricole, mais à des échelles plus grandes, au niveau des territoires.

1 Les chercheurs de l’INRA se sont appuyés sur le réseau « Biovigilance Flore », mis en place en 2002 par le Service de la protection des végétaux avec la collaboration de scientifiques de l’unité mixte de recherche « Biologie et gestion des adventices » de l’INRA Dijon. Le réseau Biovigilance Flore vise à détecter, analyser et interpréter les changements de la flore en relation avec l’évolution des techniques culturales, à partir d’un suivi annuel d’environ 1000 parcelles couvrant toute la France.

Références
:
Environmental and management factors determining weed species composition and diversity in France
Agriculture, Ecosystems and Environment 128 (2008) 68–76
Guillaume Fried a,b, Lisa R. Norton c, Xavier Reboud a,
a INRA, UMR 1210, Biologie et Gestion des Adventices, F-21000 Dijon, France
b LNPV, Laboratoire National de la Protection des Ve´ge´taux, F-34000 Montpellier, France
c Centre for Ecology & Hydrology, Lancaster Environment Centre, Library Avenue, Bailrigg, Lancaster LA1 4AP, United Kingdom

 
Rédacteur :  Service Presse INRA
Contacts : 
Xavier Reboud
tél. : 03 80 69 31 84 ou xavier.reboud@dijon.inra.fr
unité mixte de recherche « Biologie et gestion des adventices » INRA-Université de Bourgogne-Agrosup
département « Santé des plantes et environnement»,
centre INRA de Dijon.

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