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Fiche de Presse Info. 14/02/2012

Réduire l’usage de pesticides de 30%, c’est possible sans perte de revenu pour les agriculteurs


Les dommages causés à l’environnement et à la santé humaine par les pesticides sont un sujet de préoccupation grandissant. Voilà pourquoi, lors du Grenelle de l’Environnement, la France s’est fixé pour objectif de réduire significativement l’utilisation de ces produits. Mais ceci est-il viable économiquement  pour les agriculteurs ? Des chercheurs de deux unités de l'Inra de Versailles-Grignon, Economie publique et Agronomie, ont réalisé une étude visant à répondre à cette question. À l’aide de modélisations, les chercheurs ont analysé divers scénarios selon lesquels la France pourrait modifier ses techniques agricoles afin d’atteindre cet objectif. Ils ont montré qu’il est possible, pour les grandes cultures, de réduire de 30% l’usage de pesticides sans réduire ni la production ni le revenu des agriculteurs. Ces travaux ont été réalisés dans le cadre de l’étude Ecophyto R&D menée par l’Inra.

 

Bien que leurs effets soient diffus et difficilement quantifiables, les pesticides contaminent l’eau et l’air et peuvent entraîner des maladies, notamment chez les agriculteurs qui les utilisent. La France est le premier pays consommateur de pesticides en Europe, et le troisième dans le monde. Lors du Grenelle de l’Environnement, en 2008, il a été décidé de réduire, si possible, de 50% en dix ans l’utilisation de ces produits.
 
Afin de déterminer la faisabilité agronomique et la pertinence économique de cet objectif, les agronomes ont conçu, sur la base d’expertise et de résultats expérimentaux passés, des scénarios de pratiques culturales réduisant plus ou moins la quantité de pesticides consommée. Ce classement à cinq niveaux va de l’agriculture intensive, celle qui en utilise le plus, à l’agriculture biologique qui les proscrit. Entre ces deux extrêmes, on trouve trois niveaux intermédiaires : l’agriculture raisonnée, qui cherche à maîtriser les intrants agricoles, l’agriculture à bas niveau d’utilisation de pesticides, qui combine moyens chimiques et non-chimiques pour protéger les cultures, et enfin, l’agriculture intégrée, qui met en œuvre notamment des rotations de cultures afin de réduire les risques d’agressions biologiques. 
 
À partir de cette typologie, un modèle de simulation économique a été construit sur une France divisée en huit grandes régions, valable pour les grandes cultures, notamment céréalières. Les simulations numériques réalisées à partir de cet outil ont permis de déterminer la meilleure distribution des cinq niveaux de mobilisation des pesticides en fonction de la culture et de la région, de façon à ne pas diminuer le revenu des agriculteurs. Ainsi, les chercheurs ont pu montrer qu’en développant l’agriculture à bas intrants, on pourrait faire chuter de 30% l’usage des pesticides sans pour autant baisser la productivité des terres et sans réduire les marges des agriculteurs. En revanche, une baisse de 50% de la consommation de pesticides conduirait à une baisse de 5 à 10% de la productivité au niveau national. Pour atteindre cet objectif, il faudrait augmenter significativement la part de l’agriculture biologique et de l’agriculture intégrée. 
 
Enfin, les chercheurs se sont intéressés aux mesures fiscales pouvant faire baisser l’usage des pesticides. Ils ont modélisé un système de taxation des pesticides et de subventions qui, associé au conseil et à la formation, pourrait convaincre les agriculteurs de raisonner leur usage de ces produits chimiques. Dans ce modèle, les recettes fiscales issues de la taxation sont intégralement reversées au secteur agricole. Ils ont ainsi montré que, pour atteindre l’objectif de 30% de réduction, les pesticides devraient être taxés à 100%, alors que l’objectif de 50% de baisse d’usage des pesticides nécessitaient une taxe de 180%. Ces travaux enrichissent le débat sur l’usage des pesticides et sur la mise en place d’alternatives à l’agriculture intensive. Ils montrent qu’une réduction importante de l’utilisation des insecticides, fongicides et herbicides est un objectif tout à fait réaliste du point de vue économique. 
 
 

Référence : 
F. Jacquet, JP. Butault, L. Guichard
An economic analysis of the possibility of reducing pesticides in French fields crops
Ecological Economics, mai 2011

 

Pour en savoir plus : 

 
Rédacteur :  Service Presse INRA
  presse@inra.fr - 01 42 75 91 86
Contacts : 
Contacts scientifiques :
 
Jean-Pierre Butault
Tel 03 83 39 68 58 / butault@nancy-engref.Inra.fr
Economie publique
Unité mixte de recherche Inra-AgroParisTech,
Département scientifique Sciences sociales, 
Agriculture et Alimentation, Espace et Environnement 
Centre Inra de Versailles-Grignon
 
Florence Jacquet
Tel 01 30 81 53 41 / fjacquet@grignon.Inra.fr
Alimentation et Sciences Sociales, 
Unité de recherche, Inra
Département scientifique Sciences sociales, 
Agriculture et Alimentation, Espace et Environnement 
Centre Inra de Versailles-Grignon
 
Laurence Guichard
Tel 01 30 81 52 43 / laurence.guichard@grignon.Inra.fr
Agronomie,
Unité mixte de recherche Inra-AgroParisTech,
Département scientifique Environnement et Agronomie
Centre Inra de Versailles-Grignon

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