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Agriculture raisonnée, multifonctionnelle,
biologique,... : Quelles voies vers une "agriculture durable "?
Claude Roger,
Novembre 2001
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Le souhait d'aller vers une agriculture plus respectueuse de la nature
prend une place croissante dans les demandes des consommateurs, dans les déclarations
des professionnels comme dans les discours et les actes des décideurs politiques.
Les consommateurs expriment maintenant à travers l'achat de leur nourriture,
un droit de regard sur la façon de produire et des exigences en matière d'environnement,
de qualité et de santé. Quant aux professionnels, ils souhaitent ainsi améliorer
l'image de l'agriculture et restaurer la confiance des consommateurs affectée
par diverses crises alimentaires récentes ("vache folle", dioxine, etc.),
envers les intrants utilisés, les techniques employées et par là, les produits
alimentaires industriels . Enfin, sur le plan politique cette nouvelle donne
sociologique ne peut qu'engendrer son corollaire politique d'incitations à
une mutation de l'agriculture française et européenne. D'où le retour d'actualité
de divers concepts de " nouvelles " formes d'agricultures alternatives qui
visent à mettre en œuvre des pratiques agricoles préservant le milieu, fournissant
des produits de qualité, insérées dans les terroirs et intégrant des objectifs
globaux (aspects sociaux, qualité de l'air et de l'eau, préservation des paysages,
etc.). Toutefois, outre les problèmes techniques qu'elles soulèvent, ces pratiques
doivent être viables économiquement et acceptables socialement pour être reconnues
et encouragées.
I. ADOPTER UN MODELE AGRICOLE
MOINS INTENSIF ?
Les interrogations soulevées par une (re)mise en
cause du modèle agricole dominant que, faute de mieux, on qualifie d'intensif,
ne peuvent se limiter à la problématique d'un mode de production agricole plus
économe et autonome. Elles portent aussi sur les enjeux scientifiques, agronomiques
et environnementaux comme sur les impacts économiques et sociaux. Que peut être
un processus d'aggiornamento de l'agriculture et de son modèle productif en
fonction des forces en présence, des acteurs en jeu et des transformations de
la société ? Quels changements induisent de nouvelles pratiques culturales sur
l'amont et l'aval, sur les filières ? Quelles conséquences pour les exploitations
(assolements et productions, rendements et compétitivité, aides directes et
incitations, revenus et rentabilité) ? Parmi ces questions, retenons-en quelques
unes qui interpellent particulièrement le citoyen-consommateur.
1) Pourquoi mettre
en cause " l'agriculture conventionnelle " ?
La notion d'agriculture conventionnelle ne correspond
pas à une forme d'agriculture déterminée. Toutefois, elle est fréquemment employée
par commodité et par opposition aux autres formes productives, pour recouvrir
les diverses pratiques agricoles intensives dominantes aujourd'hui dans les
pays développés. Dans l'Union Européenne, l'agriculture conventionnelle s'est
modernisée sur la base d'un modèle de développement agricole unique. Il s'agissait
d'abord et avant tout, d'augmenter la production et la productivité par travailleur
et par unité de surface ou de cheptel, dans un objectif d'efficacité. Le processus
repose essentiellement sur l'augmentation du recours au capital : l' "industrialisation"
de l'agriculture est passée par la mécanisation et l'achat croissant de consommations
intermédiaires auprès des industries d'amont (engrais, pesticides, semences
sélectionnées, aliments du bétail) : des intrants d'origine industrielle se
sont substitués aux intrants d'origine agricole auparavant le plus souvent auto-produits.
L'intensification est également passée par " l'artificialisation " de la nature
avec le remembrement, le développement du drainage et de l'irrigation, la production
hors saison sous serre, l'élevage hors sol. En aval de la production, la transformation
à la ferme a cédé le pas à celle effectuée par les industries agro-alimentaires
et les réseaux locaux ou directs de commercialisation ont laissé place à des
circuits nationaux et internationaux de distribution. Ces évolutions, associées
à une plus grande spécialisation et à l'agrandissement des unités de production
ont pu engendrer un processus de marginalisation agricole dans certains territoires.
S'y ajoutent des phénomènes " lourds " tels que les excédents structurels, la
crise des politiques agricoles et leur coût budgétaire, les atteintes à l'environnement
et depuis peu, des préoccupations de qualité sanitaire et nutritionnelle des
aliments qui ont conduit de plus en plus de producteurs, de citoyens et de consommateurs
à douter de la pertinence et de la durabilité du modèle dominant.
2) Effet de mode ou tendance
lourde ?
Les tendances économiques et sociales au sein de l'agriculture
sont l'expression d'une co-responsabilité sociale qui a soutenu de diverses
façons une agriculture aujourd'hui montrée du doigt. Les modes de production
dominants sont maintenant perçus comme une menace pour les écosystèmes et pour
l'homme. En Europe, la mise en cause du modèle dominant, les débats sur les
limites de la logique productiviste et marchande et les " nouvelles " demandes
envers l'agriculture sont anciens. Ils n'avaient eu, jusqu'à une date récente
que peu d'écho. Certes, il a toujours existé des " îlots " d'agricultures qui
produisent sans trop artificialiser l'environnement tels que "
l'agriculture
intégrée " et "
l'agriculture
biologique". Mais la politique agricole
européenne non seulement n'incitait pas à ces initiatives, mais les décourageait
au moins implicitement. Depuis la fin des années 1990, les " nouvelles " exigences
des consommateurs/citoyens sont d'autant plus fortes qu'elles se retrouvent
à l'intersection de choix budgétaires douloureux et d'interrogations sur les
risques alimentaires et les dégradations du milieu naturel.
3) Comment définir ce qui est
techniquement, socialement et économiquement acceptable ?
Il s'agit tout d'abord d'apprécier la réversibilité
des systèmes d'élevage et de culture, souvent jugée coûteuse, illusoire voire
impossible, sans remettre en cause la compétitivité de l'agriculture et l'équilibre
économique des exploitations. Il s'agit également de juger de l'opportunité
de la mutation elle même et du soutien à cette mutation. Faut-il privilégier
un encadrement strict des pratiques agricoles par une réglementation publique
imposée à tous ou l'incitation individuelle de type cahier des charges ? L'objectif
de protection de l'environnement est global. Mieux vaut une progression de l'ensemble
des exploitations que des îlots d'excellence, car même exemplaires, ceux-ci
ne constituent pas une solution pour l'amélioration des conditions environnementales
de l'ensemble du territoire. Toutefois, un équilibre doit être trouvé pour ne
pas rendre incompatibles performances économiques et écologiques. L'efficacité
économique d'une agriculture moins intensive tient à trois composantes : une
plus grande mobilisation du capital naturel et du travail accompagnée d'une
moindre utilisation d'inputs potentiellement polluants. Mais cette forme d'agriculture
souffre de deux points faibles : de moindres économies d'échelle, et des besoins
nouveaux en connaissances mobilisées et partagées autrement, de la part des
agriculteurs et des conseillers techniques et économiques.
4) Payer plus cher pour produire et se nourrir " plus propre
" ?
Un " îlot " de production n'existe que parce que des
consommateurs sont prêts à payer plus chers leurs aliments. Ilots et niches
se maintiennent face à des systèmes productifs plus compétitifs parce qu'ils
bénéficient de conditions particulières de marché. Elargi à tous, l'avantage
de valorisation n'existe plus. Quelle serait la justification d'un surprix aux
yeux du consommateur alors que les avantages de la généralisation d'une agriculture
moins utilisatrice de capital et de consommations intermédiaires industrielles
ne sont pas tous démontrés ? Une telle agriculture est plus délicate à maîtriser
techniquement et plus soumise aux aléas climatiques et biologiques. Il en découle
une plus grande variabilité des rendements et de la qualité qui se traduit par
une augmentation des coûts unitaires de production, de transformation et de
logistique générée également par les prix plus élevés des intrants spécifiques
et les coûts des contrôles pour éviter les fraudes. Enfin, la supériorité gustative,
hygiénique et nutritionnelle de ses produits n'est pas toujours prouvée et la
moindre standardisation de ces derniers peut dérouter les consommateurs. Toutefois,
l'origine " agriculture plus économe en ressources et plus respectueuse de l'environnement
" tend à devenir une condition de mise sur marché de nombreux produits agricoles
depuis les dernières crises alimentaires. Elle exprime également un choix de
société depuis la reconnaissance des fonctions de l'agriculture en matière d'emploi
et d'aménagement du territoire. Le problème d'un éventuel surprix change alors
de dimension pour concerner non plus des " niches " mais à terme, toutes les
exploitations conventionnelles qui pourraient être soumises à des standards
minimum de qualité et de respect de l'environnement.
5) Quelles nouvelles configurations de la politique agricole
et des soutiens publics ?
La Loi d'orientation agricole (LOA) adoptée par la France
en 1999, est un premier pas vers la reconnaissance de la nécessité d'un changement
des politiques et des pratiques agricoles en faveur de ce que l'on peut interpréter
comme une réduction de l'intensification. Mais la marge de manœuvre est étroite.
L'Union européenne a certes introduit en 1992, l'idée d'un niveau minimal d'exigences
en matière environnementale en dessous duquel les aides seraient réduites voire
à la limite, supprimées. La Déclaration de Cork de novembre 1996 et confirmée
en 1999 à l'occasion de
Agenda
2000 , affirme que les concepts
"d'agriculture
durable" et
d'agriculture
multifonctionnelle sont les piliers de la réflexion sur le
développement
rural .
L'accord de Berlin
renforce et généralise le principe de l'éco-conditionnalité des aides mais les
mesures adoptées sont facultatives et timides. Toutefois, il semble que la crise
de l'ESB marque, selon toute vraisemblance, la fin de la politique agricole
européenne traditionnelle. Le bilan prévu à mi parcours (2002/2003) de la réforme
de la PAC de 2000, pourrait être l'occasion d'un "verdissement" plus important
de la PAC, c'est à dire donner plus de place aux objectifs environnementaux
dans l'octroi des aides publiques par exemple. La question des incitations à
opter pour des itinéraires techniques plus respectueux de l'environnement sans
provoquer la ruine des producteurs reste entière : quelles modifications des
prix, soutiens et aides directes faut-il réaliser ?
II.
LES PRINCIPALES ALTERNATIVES AU MODELE AGRICOLE INTENSIF DOMINANT
Le concept de développement durable ("sustainable development")
a été officialisé en 1987, dans le " Rapport Brundtland " qui préparait la Conférence
de Rio de 1992 sur l'évolution du climat de notre planète. C'est " un développement
qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations
futures à répondre à leur propres besoins ". Il a été repris au Sommet de Kyoto
en 1997 et au delà du concept global, on parle fréquemment de gestions sectorielles
durables. Comme le concept de durabilité introduit au minimum les dimensions
écologique, économique et sociale dans la production, l'agriculture s'est trouvée
rapidement au centre du débat. En effet, l'homme cherche depuis des millénaires
à domestiquer la nature pour assurer sa subsistance sans que la préoccupation
de durabilité de son système productif soit systématiquement pris en compte.
L'agriculture par construction, n'est pas en équilibre écologique avec elle.
Par contre, la politique agricole peut constituer un lieu d'application privilégié
du concept de durabilité en raison des impacts environnementaux des activités
agricoles à l'échelle mondiale, de ses implications dans l'aménagement du territoire
et l'organisation sociale des sociétés rurales, de son rôle dans la qualité
et la sécurité de l'alimentation.
Différents concepts d'agricultures ont trouvé un regain
d'actualité à propos d'une agriculture durable (ou présentée comme telle). Ils
se situent soit dans le prolongement du modèle intensif avec l'introduction
de considérations environnementales plus ou moins contraignantes, soit en rupture
très marquée dans la conduite des itinéraires techniques ou/et dans l'organisation
des exploitations agricoles. Situer, par exemple, l'agriculture raisonnée "
quelque part " entre l'agriculture biologique et
l'agriculture
conventionnelle n'est vraisemblablement pas pertinent. Il y a cependant
un continuum de contraintes croissantes qui justifie un certain ordre de présentation
des différents concepts même si certains peuvent se recouvrir alors que leurs
modalités semblent exclusives ou marquées d'une référence de nature syndicale
ou politique :
l'agriculture
multifonctionnelle par exemple, peut être mise en œuvre par les différentes
formes d'agriculture " alternative " au même titre que
l'agriculture
paysanne - si tant est qu'on y voit un système technique alternatif !
1) L'agriculture de précision
Elle se situe à la croisée du dernier raffinement de
l'agriculture conventionnelle " ultramoderne " et d'un nouvel itinéraire technique
plus économe en ressources. En effet, l'agriculture de précision associe diverses
nouvelles technologies de localisation (par système satellitaire de positionnement
dit GPS ou " global positioning system ") et de cartographie informatisée (Système
d'information géographique ou SIG) pour établir des cartes de rendements à partir
des données fournies par la micro-informatique embarquée sur les instruments
de récolte. Ces cartes permettent ensuite de prendre en compte l'hétérogénéité
au sein de chaque parcelle dans les interventions culturales. C'est donc un
concept de conduite des parcelles agricoles en fonction de la variabilité intra
parcellaire du sol, des plantes, de la flore adventice, etc. Il est alors possible
de moduler les densités de semis, les apports d'engrais ou les traitements chimiques
à l'intérieur d'une parcelle. C'est en cela que, selon ses partisans, l'agriculture
de précision serait susceptible de limiter certains impacts négatifs sur l'environnement,
tout en optimisant les résultats agronomiques et économiques des productions
végétales.
2) L'agriculture
raisonnée
Le concept d'agriculture raisonnée est utilisé depuis
longtemps par les agronomes au sens de la prééminence du rationnel et de la
raison sur l'empirisme et la tradition. Il correspond à " l'integrated farming
" des Anglo-saxons et comporte donc un éventuel risque de confusion en français
puisque le terme " intégré " recouvre le phénomène d'intégration à l'intérieur
de filières verticales et s'applique par ailleurs à une autre forme d'agriculture
plus contraignante dite "
intégrée
". Pour ses promoteurs, l'agriculture raisonnée est une agriculture qui veut
prendre en compte de manière équilibrée les objectifs économiques des producteurs,
les attentes des consommateurs et le respect de l'environnement. Elle s'adresse
a priori à l'ensemble des agriculteurs. Elle doit concourir à l'amélioration
de l'image de marque de l'agriculture et de ses produits et ambitionne de maîtriser
au niveau de l'exploitation prise dans son ensemble,
les
effets positifs et négatifs de l'activité agricole sur l'environnement .
Cette réduction de la pression des techniques agricoles modernes doit simultanément
contribuer à améliorer la qualité des produits alimentaires et la rentabilité
économique des exploitations.
En France, la notion est encore mal définie : il n'y
a pas de norme officielle, ni de cahier des charges. Il s'agit plutôt d'une
démarche qualité qui repose sur un socle de " bonnes " pratiques agricoles respectueuses
de l'environnement et scientifiquement validées. Ces pratiques sont définies
depuis 1993 selon les orientations du Forum de l'agriculture raisonnée respectueuse
de l'environnement (FARRE), la branche française d'un réseau européen d'associations
(European Initiative for Integrated Farming (EIF). Le
rapport
sur " l'Agriculture raisonnée " de Guy Paillotin (ancien Président de l'INRA),
remis au Ministre de l'Agriculture en février 2000, devrait être un premier
pas vers une reconnaissance officielle.
3) L'agriculture
paysanne
Sous le vocable unificateur et " universel " d'agriculture
paysanne se cache en fait une grande diversité d'interprétations et de formes.
Celles-ci ont pour trait commun de se référer à un mode de vie " non capitaliste
" privilégiant le travail et sa rémunération, et à une agriculture adaptée aux
contraintes des facteurs naturels, biologiques et météorologiques. L'agriculture
paysanne diffère de l'agriculture de subsistance ou familiale qui peut être
intensive. Elle s'oppose à la " grande agriculture industrielle " intégrée aux
marchés d'aval et d'amont comme à l'agriculture d'entreprise qui vise le profit
maximum. Le concept s'applique souvent à des agricultures non européennes. Toutefois,
la Confédération Paysanne en a fait son cheval de bataille pour promouvoir une
agriculture qui réponde, dans le respect des producteurs, des consommateurs
et de la nature, aux besoins de la société et qui soit économiquement rentable.
Le vocable se réfère donc plus à l'organisation d'exploitations agricoles durables
qu'à des itinéraires ou modèles techniques précis.
4)
L'agriculture multifonctionnelle
Le concept d'agriculture multifonctionnelle est, comme
celui d'
agriculture durable,
né au Sommet de Rio en 1992 à partir du constat suivant : en plus de sa fonction
première de fourniture d'aliments et de matières premières, l'activité agricole
façonne les paysages, apporte des avantages environnementaux et contribue à
la viabilité socio-économique de nombreuses zones rurales. La reconnaissance
du concept sur le plan institutionnel vise donc à assurer la promotion et la
rémunération de trois fonctions " externes " de l'agriculture : la sécurité
alimentaire dans ses deux sens (autosuffisance et aspects nutritionnels et de
qualité), le respect de l'environnement (production des effets externes positifs
et prévention des effets externes négatifs), et le maintien des sociétés rurales.
La notion a été placée au centre de la dernière Loi d'orientation agricole
(LOA
) adoptée par la France en 1999 et figure parmi les orientations de la PAC
définies au
Sommet de Berlin de
mars 1999. Elle est débattue au plan international à l'OCDE et à
l'OMC
pour éventuellement relégitimer certaines formes d'aides à l'agriculture.
5)
L'agriculture intégrée
La notion de production agricole intégrée est issue de
la " protection intégrée des plantes " basée sur une combinaison de lutte biologique
et de moyens physiques (rotation des cultures, variétés résistantes, etc.).
Avec l'élargissement du concept à un itinéraire technique, l'agriculture intégrée
devient un système agricole de production qui privilégie des ressources et des
mécanismes de régulation naturels par rapport au recours à des intrants potentiellement
dommageables pour l'environnement. Elle se veut une base crédible et réaliste
pour une agriculture durable. Pour les agronomes et les biologistes engagés
dans l'agriculture intégrée, il ne s'agit plus de comprendre pour " dominer
" la nature, mais de comprendre pour s'y intégrer. La référence " agriculture
intégrée " est lourde de conséquences à la fois sur la façon de penser les relations
entre agriculture et nature mais aussi sur la manière de travailler. La conservation
et l'amélioration de la fertilité des sols et de la diversité de l'environnement
en sont des composantes essentielles. Les méthodes biologiques, techniques et
chimiques sont soigneusement équilibrés, tout en prenant en compte la protection
de l'environnement, la rentabilité et les exigences sociales. Les techniques
sont assez difficiles à mettre en œuvre et un cahier des charges très sévère
est proposé par l'Organisation internationale de lutte biologique (OILB).
6) L'agriculture
biologique
L'agriculture biologique (AB) est définie officiellement
par une réglementation française et européenne qui se décline dans des cahiers
des charges dont le point central est l'exclusion des produits chimiques de
synthèse autres que ceux mentionnés sur une liste positive. Elle n'autorise
que l'usage de produits fertilisants ou de traitement explicitement définis.
Elle ne détermine donc ni un itinéraire technique ni un système de production
mais implique une préférence en faveur de la polyculture/élevage la plus autonome
possible puisqu'il faut se référer à la dimension biotechnique de l'AB : mise
en valeur des ressources naturelles, gestion fondée sur la reconstitution permanente
de la fraction vivante du sol pour l'équilibre de la biosphère grâce à la présence
d'humus, recours à des façons culturales appropriées (assolements pluriannuels,
apport d'engrais organiques et d'amendements peu solubles, etc.). Une dimension
éthique est incluse avec des objectifs écologiques (recyclage, bien-être animal,
érosion), socio-économiques (solidarité, coopération, rapprochement avec le
consommateur, emploi) et économiques (prix équitables, dimension humaine des
entreprises, distribution de proximité).
L'agriculture biologique a commencé à se développer en
France dans les années 1960. En mars 1981 elle bénéficie d'une première reconnaissance
officielle. L'édification de dispositifs institutionnels et interprofessionnels
solides vont achever de la légitimer : en 1991, elle est officiellement reconnue
par l'UE. Elle restera cependant marginale jusqu'au milieu des années 1990.
Bien que ses impacts en matière de préservation de l'environnement et d'emplois,
comme " l'effet santé " des aliments qui en sont issus, ne sont pas entièrement
prouvés, les consommateurs montrent cependant un fort consentement à payer un
surprix. Depuis la crise de la " vache folle " et autres " incidents " alimentaires,
l'image positive des produits AB s'est renforcée et l'agriculture biologique
connaît un fort engouement. Pour y faire face, le Ministère de l'agriculture
a lancé en 1998, un plan pluriannuel de développement (PPDAB) en partenariat
avec toutes les parties concernées. L'objectif est de passer à moyen terme de
1% à 5% de la production agricole française certifiée issue de l'AB. Cet engouement
s'observe d'ailleurs dans tous les pays développés et l'Allemagne vient récemment
d'afficher un objectif encore plus ambitieux de 20% des produits agricoles certifiés
AB d'ici 2010.
Etant donné le nombre élevé de références disponibles sur les systèmes productifs
agricoles dominants et alternatifs, une bibliographie pertinente pourra être
obtenue par consultation de la base documentaire du département ESR (BDESR)
ou des " bibliographies annuelles " éditées par le département.
Pour une recherche rapide sur un thème donné, on pourra consulter les travaux
de (entre autres !) :
J.L. Brangeon, et J.J Chitrit : " Les éléments
de durabilité de l'agriculture biologique " Courrier de l'environnement N°
38, nov.1999.
J P. Girardin : " Agriculture biologique :
un nécessaire aggiornamento ", Courrier de l'environnement N°37, août 1999.
S. Bonny : " L'agriculture raisonnée, l'agriculture
intégrée et FARE. Forum de l'agriculture raisonnée respectueuse de l'environnement
" - Nature Sciences Sociétés, vol.5, N°1, 1997/03, pp 64-71.
B. Sylvander et alii : " L'agriculture biologique
et l'INRA ", mars 2000, 25 p -
Rapport en ligne :
http://www.inra.fr/Internet/Directions/DIC/ACTUALITES/Agribio/Agribio.htm

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