Publications > Cahiers > N°14, 1er trimestre 1990
Les disparités plaine-montagne en production laitière
G. Bazin
In : Cahiers d'Economie et Sociologie Rurales, n° 14, 1er trimestre 1990, pp 5-32
Résumé : Cette analyse des résultats des exploitations laitières de plaine et de montagne, sur la base du RICA 1985, cherche à évaluer comment les handicaps naturels se traduisent en termes économiques par des inégalités de rendement, de productivité, de revenu et de capacité d'accumulation du capital. La comparaison plaine-montagne porte sur la structure des exploitations, les niveaux d'intensification, les performances économiques, les niveaux de capitaux, d'endettement, de revenu et de subvention. Les premiers résultats confirment l'ampleur des disparités moyennes de productivité et de revenu. Pour produire une unité de valeur ajoutée en montagne, il faut 47,5 % de terre et de travail en plus, 31 % de capital supplémentaire. Seules les consommations intermédiaires sont plus productives, de 16,5 % du fait de l'extensivité des systèmes. Finalement le revenu agricole est inférieur de 30 % en montagne et il le serait de 40 % sans les subventions. Ces fortes inégalités tiennent davantage au poids deux fois plus important des petits producteurs laitiers en montagne qu'aux résultats des exploitations. En effet, les exploitations montagnardes, plus extensives et moins endettées, obtiennent des revenus équivalents à ceux de leurs homologues de plaine produisant la même quantité de lait. Ces résultats sont dus à des charges totales inférieures de 15 à 25 % et à des subventions 5 à 7 fois plus importantes. Le handicap économique majeur limitant le développement des exploitations provient du fait qu'elles doivent mobiliser 20 à 30 % de capital supplémentaire pour produire un litre de lait. Cette analyse montre qu'une politique d'extensification laitière peut se justifier en montagne, à condition de minimiser le coût du foncier.
Mots clés : France, économie régionale, montagne, spécialisation laitière, différences de productivité, résultats économiques, extensification.
L'allocation du temps des agriculteurs et des agricultrices
J.-L. Brangeon et G. Jégouzo, avec la collaboration de B. Roze
In : Cahiers d'Economie et Sociologie Rurales, n° 14, 1er trimestre 1990, pp 33-72
Résumé : Sur la base d'observations et d'enregistrements effectués dans les exploitations laitières et/ou porcines du Finistère, la question est posée de savoir comment se détermine le comportement des exploitants et exploitantes dans l'affectation de leur temps, comportement singulier quand s'associent des années de travail agricole longues et une faible rentabilité du métier exercé. L'interprétation proposée prend en compte d'une part les conditions de la combinaison du travail non salarié avec le capital au sein de l'exploitation, d'autre part les déterminants de la répartition du temps entre l'affectation agricole, seule opportunité professionnelle considérée, et les trois autres usages alternatifs (travail domestique, temps physiologique, temps libre). L'analyse appelle l'attention sur l'influence décisive exercée dans les arbitrages par la fixité dans l'emploi agricole, la nullité du coût marginal du travail agricole, la place du travail domestique, la faiblesse de la demande de temps libre, enfin une assez faible propension à simplifier les techniques et méthodes de production agricole.
Mots-clés : Finistère, exploitations laitières, exploitations porcines, travail agricole, travail domestique, emploi du temps.
Le double langage du développement. La formation des jeunes agriculteurs au Burkina-Faso
A.P. Ouédraogo
In : Cahiers d'Economie et Sociologie Rurales, n° 14, 1er trimestre 1990, pp 73-94
Résumé : L'auteur analyse le système de formation des jeunes agriculteurs (FJA) du Burkina-Faso, notamment à partir de l'étude approfondie de deux Centres de FJA. Celle-ci révèle les difficultés de la mise en oeuvre de l'enseignement professionnel agricole en montrant que les paysans dans leur ensemble préfèrent scolariser leurs enfants à l'école primaire héritée de la colonisation et considèrent les Centres de FJA qui leur sont exclusivement destinés comme des écoles au rabais ne procurant aucun avantage. D'une part, la situation économique des exploitations, rendue difficile en raison des aléas climatiques et de la faible rémunération des produits agricoles, d'autre part, un formation trop souvent limitée au travail manuel des jeunes, et enfin le recours aux langues véhiculaires (dont l'écriture est socialement peu diffusée et peu maîtrisée) semblent justifier le rejet de l'enseignement professionnel. Cela se fait au profit d'un investissement affectif et matériel intense pour l'école primaire dont l'enseignement en français fait qu'elle reste la voie principale de l'exode rural et de l'ascension sociale.
Mots-clés : Burkina-Faso, enseignement professionnel agricole, paysannerie, scolarisation, mobilité sociale.
Génération Tchaïanov. Exploitation familiale, marchés et industrialisation chez les économistes russes du début du siècle
A. Stanziani
In : Cahiers d'Economie et Sociologie Rurales, n° 14, 1er trimestre 1990, pp 95-116
Résumé : Tchaïanov est probablement le seul économiste agricole russe du premier quart de notre siècle à être connu en Occident. Cependant, cet auteur, loin d'être un cas isolé, faisait partie de toute une génération de spécialistes de l'agriculture. Trois parmi eux, Tchelintsev, Bruckus et Marakov, semblent avoir le mieux répondu à certaines questions laissées ouvertes par Tchaïanov, à savoir : l'influence du développement des échanges, du crédit et de l'industrie sur l'économie paysanne ; l'influence du développement des échanges, du crédit et de l'industrie sur l'économie paysanne ; le rôle du marché, local, national, international d'une part, des "facteurs institutionnels" de l'autre.
Mots-clés : Russie, URSS, économie rurale, exploitation familiale, économie paysanne, histoire de la pensée économique.