Publications > Cahiers > N°15-16, 2ème et 3ème trimestres 1990
La forêt dans l'histoire des systèmes agraires : de la dissociation à la réinsertion ?
R. Larrère et O. Nougarède
In : Cahiers d'Economie et Sociologie Rurales, n° 15-16, 2e et 3e trimestres 1990, pp 11-38
Résumé : A la fin de l'Ancien Régime, les forêts, bien qu'appartenant pour la plupart aux nobles, au clergé ou à la Couronne, étaient plus intégrées à la vie des populations rurales qu'elles ne le sont de nos jours. Sur ces terrains boisés, les communautés riveraines disposaient en effet de droits d'usage multiples, grâce auxquels elles s'approvisionnaient en bois de chauffage, planches et charpentes nécessaires à leur usage domestique. Elles pouvaient aussi conduire des animaux dans certains cantons de forêt, ce qui constituait une ressource fourragère de complément et une "mine de fertilisants" pour la fumure des terres. S'il n'y a plus de nos jours une telle interpénétration des activités agricoles et forestières, cela tient une histoire récente : celle d'une dissociation de l'agriculture et de la forêt, qui s'opère tout au long du XIXe siècle et s'affirme depuis. Dissociation des modes d'appropriation, des activités, mais aussi de la législation, de l'administration et du savoir. Cet article tente de faire la synthèse de ce processus historique. Il analyse les raisons pour lesquelles de nombreux observateurs estiment que, dans la situation issue de cette histoire, une réinsertion des activités sylvicoles et des espaces forestiers dans la vie économique et sociale des populations rurales est à l'ordre du jour.
Mots-clés : histoire, forêt, systèmes agraires, population rurale, déprise agricole.
La gestion forestière : rationnelle ou raisonnable ?
D. Poupardin et R. Larrère
In : Cahiers d'Economie et Sociologie Rurales, n° 15-16, 2e et 3e trimestres 1990, pp 39-75
Résumé : Le calcul économique peut-il contribuer utilement à améliorer la gestion des massifs boisés ? Ou est-il, en ce domaine, de faible utilité ? Les auteurs examinent les arguments qui sont échangés de part et d'autre. Il leur apparaît que la formalisation économique de toutes les "utilités sociales" reconnues aux forêts (fonctions productive, environnementale et sociale) relève d'un exercice abstrait qui ne permet d'appréhender ni la logique et le comportement des acteurs concernés ou impliqués, ni d'opérer concrètement des choix rationnels dans les investissements à long terme, ni d'arbitrer entre ces utilités différentes qui ne peuvent jamais êtres comparées entre elles. L'aménagement forestier reste, de ce fait, à leurs yeux, un domaine où subsiste encore une large part d'indécidable.
Mots-clés : gestion forestière, aménagement forestier, calcul, choix, actualisation.
Le patrimoine : une lecture de la gestion des espaces boisés
J. de Montgolfier et D. Normandin
In : Cahiers d'Economie et Sociologie Rurales, n° 15-16, 2e et 3e trimestres 1990, pp 77-109
Résumé : Les activités liées à la gestion des ressources forestières se situent pour la plupart dans une perspective à très long terme, et ont donc des conséquences à un horizon qui dépasse l'espérance de vie des agents les réalisant. Ecosystèmes complexes et encore peu artificialisés, les aspects boisés sont aussi le support de multiples usages, souvent non marchands, par des acteurs variés qui en ont des représentations souvent très différentes. Le recours au concept de patrimoine semble particulièrement fécond comme grille d'analyse de la gestion des espaces boisés. Cet article présente des arguments en faveur d'une approche patrimoniale tant dans l'optique de la gestion de patrimoines forestiers privés pour la production de bois que s'agissant de patrimoines boisés communs, objets d'usages multiples. Il relate des travaux illustrant cette approche et portant sur les logiques et les stratégies des divers acteurs sociaux impliqués dans la gestion des espaces boisés. Les conséquences que l'on peut en déduire pour élaborer des critères et définir des modalités permettant d'améliorer cette gestion sont envisagées.
Mots-clés : patrimoine, propriété foncière, production de bois, forêt méditerranéenne, économie de l'environnement, gestion en bien commun.
Actualisation et gestion forestière
J. Frayssé, M. Moreaux et J.-P. Terreaux
In : Cahiers d'Economie et Sociologie Rurales, n° 15-16, 2e et 3e trimestres 1990, pp 111-125
Résumé : Les forestiers semblent manifester, à l'endroit du critère de gestion de la valeur actualisée, une répugnance plus vive que ce n'est le cas dans d'autres secteurs. Parce qu'ils ont le sentiment que le problème est souvent mal posé, les auteurs proposent un essai de clarification. Un exemple chiffré suggère que le débat n'est pas purement académique.
Mots-clés : actualisation, gestion forestière, sylviculture, Landes.
Les productions ligneuses intensives : une solution aux excédents agricoles ?
J.-C. Hautcolas et J.-C. Sourie
In : Cahiers d'Economie et Sociologie Rurales, n° 15-16, 2e et 3e trimestres 1990, pp 127-144
Résumé : Cet article présente un modèle régional de programmation linéaire permettant d'analyser les substitutions possibles entre des cultures alimentaires et des productions ligneuses intensives. Ces substitutions sont analysées en tenant compte simultanément des contraintes économiques et financières des producteurs agricoles et des objectifs plus globaux de maîtrise des dépenses de la politique agricole commune.
Ce modèle montre que l'introduction d'une production intensive de bois (le peuplier est pris comme exemple) dans les systèmes de production situés en région agricole moyennement intensive ne permet pas une convergence entre les objectifs économiques des agriculteurs et les objectifs de maîtrise des aides à l'agriculture, compte tenu des prix actuels des cultures alimentaires et du bois (120 F par tonne de matière sèche sur pied). Un doublement du prix du bois, toutes choses égales par ailleurs, semble nécessaire pour obtenir cette convergence. Toutefois, l'incidence sur la diminution des aides agricoles reste faible, 2 % environ. Ce résultat suggère d'inscrire la modélisation dans un cadre différent où les prix agricoles seraient remis en cause et où la production de bois irait de pair avec l'agrandissement des exploitations.
Mots-clés : modèle régional, substitution, culture alimentaire, production ligneuse, système intensif, prix agricole, prix du bois, aide à l'agriculture, taillis à courte rotation.
Analyse économétrique du secteur forestier : un bilan de l'expérience américaine
J. Buongiorno
In : Cahiers d'Economie et Sociologie Rurales, n° 15-16, 2e et 3e trimestres 1990, pp 145-166
Résumé : Commencé dans les années 60, le développement de modèles quantitatifs pour le secteur forestier américain a traversé plusieurs phases. L'une des raisons du succès de cette approche a été la volonté récente de l'administration et de l'industrie forestière américaines de promouvoir ces modèles et de s'en servir. Cet article recense quelques travaux qui illustrent cette évolution. Les progrès futurs devraient accentuer les travaux d'analyse avec les modèles simples et toujours plus rigoureux.
Mots-clés : Amérique du Nord, modélisation, secteur forestier.
Une modélisation de l'offre et de la demande de bois bruts
L. Lönnstedt et J.-L. Peyron
In : Cahiers d'Economie et Sociologie Rurales, n° 15-16, 2e et 3e trimestres 1990, pp 167-184
Résumé : Les auteurs proposent un ensemble de méthodes, fondées sur la simulation, permettant de modéliser l'évolution du marché des bois ronds ainsi que celle de l'offre et de la demande correspondantes. Sur le marché des bois ronds, l'équilibre de l'offre et de la demande est supposé être perpétuellement recherché mais jamais exactement atteint en raison notamment des modalités et délais de communication de l'information. L'offre de bois rond est assimilée à la ressource forestière disponible et donc considérée comme inélastique.
La ressource disponible peut être calculée pour des domaines homogènes du point de vue de la croissance, du type de propriété, de l'essence prépondérante et de la structure les peuplements. La croissance est modélisée de deux façons différentes suivant que les peuplements sont équiennes ou inéquiennes. La demande de bois ronds est dérivée de la demande de produits à partir d'un modèle industriel. L'originalité de cette approche, mais aussi ses limites sont mises en évidence.
Mots-clés : modèle, bois rond, offre de bois, marché du bois, croissance forestière, croissance industrielle.