Publications > Cahiers > N°39-40, 2ème et 3ème trimestres 1996
Evaluer l'efficacité d'une régulation d'agents pollueurs
François SALANIE, Alban THOMAS (Unité d'économie et sociologie rurales de l'INRA, Manufacture Bât. F, Université des Sciences sociales, Place Anatole France, 31042 Toulouse cedex)
In : Cahiers d'Economie et Sociologie Rurales, n° 39-40, 1996, pp 15-35
Résumé : En France, les Agences de l'eau sont chargées de la gestion des ressources en eau ; elles perçoivent des redevances assises sur la consommation et la pollution de l'eau, et incitent financièrement les collectivités locales et les industriels à investir dans l'épuration. Cet article présente une analyse de la régulation de la pollution industrielle par les agences. On montre que les problèmes d'information sont essentiels dans cette analyse, les relations contractuelles entre les Agences de l'eau et les industriels étant des instruments privilégiés de la politique de protection de l'environnement. Ceci est particulièrement vrai lorsque les taxes sur les rejets sont très faibles par rapport au niveau optimal (pigouvien). Des modèles de type " Principal-Agent " sont construits et testés sur des données individuelles, pour la période 1985-1990. La méthodologie développée pourrait être appliquée au cas des pollutions agricoles.
Mots-clés : environnement, pollution de l'eau, régulation, théorie des contrats.
L'efficacité privée et publique de la gestion du risque phytosanitaire : le rôle de l'information
Alain CARPENTIER (Unité d'économie et sociologie rurales de l'INRA, 65, rue de St Brieuc, 35042 Rennes cedex)
In : Cahiers d'Economie et Sociologie Rurales, n° 39-40, 1996, pp 37-61
Résumé : Pour analyser la question de l'information en protection des cultures, nous avons choisi de spécifier l'information comme un intrant produit et intraconsommé sur l'exploitation agricole. Ce cadre conceptuel permet d'analyser le rôle de l'information dans la gestion du risque phytosanitaire et de mettre en évidence les déterminants des choix des agriculteurs dans ce contexte. Bien qu'ils soient encore très frustres, les modèles développés nous permettent de proposer des éléments de réponse à certaines questions relatives à l'information phytosanitaire. L'utilisation d'information tend effectivement à réduire la consommation de pesticides des agriculteurs. Ce résultat repose, dans une large mesure, sur le faible niveau actuel du coût relatif de ces intrants. En outre, les résultats issus de cette modélisation amènent à penser que la faiblesse du coût relatif actuel des pesticides est à l'origine de l'absence de marché de l'information phytosanitaire.
Mots-clés : pesticides, risque, information, efficacité.
Les instruments économiques de réduction de la pollution diffuse en agriculture
Christine LE ROCH (Université Pierre Mendès-France, BP 47, 38040, Grenoble cedex 09), Amédée MOLLARD (Unité d'économie et sociologie rurales de l'INRA de Grenoble, équipe de recherche Régulation et Agriculture, Université Pierre Mendès-France, BP 47, 38040, Grenoble cedex 09)
In : Cahiers d'Economie et Sociologie Rurales, n° 39-40, 1996, pp 63-92
Résumé : Les modèles théoriques de taxation des émissions polluantes ne sont pas directement applicables au cas de la pollution par la fertilisation azotée du fait de son caractère diffus. A défaut de pouvoir taxer la pollution réelle, une alternative consiste à taxer les achats d'engrais. Mais cette assiette de taxation ne peut se traduire par une réduction des émissions de nitrates que s'il existe des itinéraires techniques en azote viables et si ces derniers correspondent effectivement à une réduction du risque de pollution. Or, la rigidité de la combinaison productive limite fortement les possibilités d'ajustement des pratiques agricoles, et résorber les inefficacités techniques n'est pas synonyme de moins polluer. Aussi, nous pensons qu'il faut élargir l'assiette de taxation à l'ensemble du système de culture polluant et subventionner les solutions techniques élaborées par les agronomes afin d'orienter directement les choix des agriculteurs. Cette démarche conduit à chercher les modalités de mise en place d'un système combinant redevances et subventions et à s'interroger sur les possibilités d'évolution des systèmes intensifs en agriculture.
Mots-clés : pollution diffuse, fertilisation azotée, économie du bien-être, instruments économiques, politiques d'environnement, agriculture durable, systèmes de production intensifs, eaux souterraines.
Régulation multi-facteurs : gel de terre et mesure agri-environnementale de réduction d'intrant
Pierre-Alain JAYET, Philippe BONTEMS
(Unité d'économie et sociologie rurales de l'INRA, Laboratoire
d'évaluation des stratégies et des politiques pour l'agri-alimentaire
(LESPA),
78850 Thiverval-Grignon)
In : Cahiers d'Economie et Sociologie Rurales, n° 39-40, 1996, pp 93-121
Résumé : Cet article aborde l'analyse de la coordination et la caractérisation de la régulation optimale simultanée de plusieurs facteurs de production dans le secteur agricole. L'analyse est effectuée pour une population de producteurs hétérogènes du point de vue de la performance productive dans un cadre d'asymétrie d'information entre l'autorité régulatrice et les agents. Les résultats montrent la diversité des situations possibles en ce qui concerne l'emploi des deux instruments envisagés, gel de terre et/ou quota d'intrant, et la sensibilité de la politique optimale vis-à-vis de l'hypothèse d'information incomplète. Dans le cas traité d'exploitations agricoles disposant chacune de terres homogènes, on caractérise les firmes pivots qui séparent les ensembles de firmes auxquels il est socialement optimal de ne proposer, au plus, qu'un seul des deux contrats.
Mots-clés : théorie des incitations, agriculture, environnement, gel de terre, réduction d'intrant.
L'évaluation contingente : controverse et perspectives
Jean-Pierre AMIGUES (INRA ESR Toulouse, Université des Sciences sociales, La Manufature, Place Anatole France 31042 Toulouse cedex), Brigitte DESAIGUES (Université Paris I, 12, place du Panthéon 75231 Paris cedex 05 et Laboratoire d'analyse et de recherches économiques (LARE), Université de Bordeaux IV), Quang VUONG (INRA ESR Toulouse, chemin de Borde Rouge, Auzeville, BP 27, 31326 Castanet-Tolosan cedex et IDEI, Université des Sciences sociales, Place Anatole France, 31042 Toulouse cedex)
In : Cahiers d'Economie et Sociologie Rurales, n° 39-40, 1996, pp 123-150
Résumé : L'intérêt pour les questions d'environnement conduit les pouvoirs publics à s'engager dans des politiques ambitieuses de préservation et de restauration des milieux naturels. La méthode d'évaluation contingente est actuellement un des outils privilégiés de la mesure des bénéfices de ces politiques. Pourtant cette méthode a fait récemment l'objet de vives controverses aux Etats-Unis remettant en cause sa pertinence et sa fiabilité. Elle est en particulier vulnérable à la présence de valeurs de non-usage importants. L'objet de cet article est de présenter une synthèse de ces controverses, et de proposer différentes voies de recherche susceptibles de répondre aux difficultés rencontrées dans l'application de la méthode contingente.
Mots-clés : évaluation contingente, actifs naturels, modèle d'enchère, environnement.
Evaluation contingente et paysages agricoles. Application au bocage de Loire-Atlantique
François COLSON, Anne STENGER-LETHEUX
(Laboratoire de l'INRA, rue de la Géraudière,
BP 527, 44026 Nantes cedex 03)
In : Cahiers d'Economie et Sociologie Rurales, n° 39-40, 1996, pp 151-177
Résumé : Les consommateurs des paysages agricoles de France sont-ils prêts à continuer à payer les agriculteurs pour la production des paysages et l'entretien ? Pour répondre à cette question, nous avons appliqué la méthode d'évaluation contingente (MEC) à la conservation des paysages agricoles de France et à la restauration des paysages de bocage de Loire-Atlantique. Au regard des bénéfices de non-usage que génère le paysage, la MEC semble la plus appropriée. Nous avons posé trois hypothèses sur les comportements des consommateurs. D'abord, les variables significatives du consentement à payer (CAP) diffèrent pour la conservation et pour la restauration. Ensuite, les CAP exprimés sont sensibles aux montants de la carte de paiement utilisée. Enfin, la variation de quantité de paysages restaurés n'influence pas le CAP. Nous avons appliqué la MEC par voie postale sur plus de 3000 ménages de Loire-Atlantique. Le taux de réponse a été de 25 %. Mis en relation avec les coûts des politiques publiques de soutien de l'agriculture, les résultats de l'enquêtepourront contribuer à éclairer le débat sur la valeur des avantages environnementaux de l'agriculture.
Mots-clés : paysages agricoles, évaluation contingente, bocage, politique agricole.
La méthode des prix hédonistes : principes et application à l'évaluation des biens environnementaux
Philippe LEGOFFE (ENSAR, Economie, gestion et sciences sociales, 65, rue de St Brieuc, 35042 Rennes cedex)
In : Cahiers d'Economie et Sociologie Rurales, n° 39-40, 1996, pp 179-198
Résumé : La méthode des prix hédonistes analyse la formation des prix des biens différenciés définis par leurs caractéristiques. Les applications environnementales de cette méthode font l'hypothèse que la valeur de l'environnement est intégrée dans le prix des biens immobiliers ou dans les salaires. On cherche ainsi à mettre en évidence une relation entre le prix des biens (ou la valeur des salaires) et leurs attributs intrinsèques et environnementaux, cette relation est appelée fonction de prix (ou de salaire) hédoniste. Dans un marché en équilibre, le prix implicite de l'environnement (prix hédoniste) dérivé de cette fonction représente la disposition à payer marginale pour la caractéristique environnementale considérée. On peut alors en principe remonter à la fonction de demande de bien public et aux variations de bien-être induites par les politiques environnementales. En privilégiant le cas du marché immobilier, cet article présente les principes de la méthode (modèle théorique et conditions d'équilibre, identification de la demande, mesure des bénéfices et dommages environnementaux) et les difficultés rencontrées lors de l'application (respect des hypothèses, estimation des fonctions de prix hédoniste et de demande, etc.).
Mots-clés : prix hédoniste, marché implicite, immobilier, environnement, consentement à payer, demande, surplus, bénéfice, dommage.
Evaluation de la fonction de demande en eau d'irrigation et application de la méthode des prix hédonistes
Béatrice MICHALLAND (Groupement
de Clermont-Ferrand, CEMAGREF, Domaine de Laluas,
63 200 Riom)
In : Cahiers d'Economie et Sociologie Rurales, n° 39-40, 1996, pp 199-222
Résumé : Pour intégrer le critère d'efficacité aux choix de gestion de la ressource en eau, il est important de connaître la fonction de demande en eau, c'est-à-dire la fonction qui relie le coût unitaire de l'eau perçu par l'usager et la quantité d'eau consommée. Nous proposons ici cinq méthodes d'évaluation de cette fonction de demande dans le cas de l'usage d'irrigation. Chaque méthode correspond à une échelle de temps et d'espace différente et fait appel à un ensemble spécifique de données. En dehors de la méthode classique, qui consiste à modéliser le fonctionnement d'une exploitation agricole, nous proposons d'estimer la fonction de demande au travers de l'analyse du niveau d'investissement des exploitations, de la fonction de profit de l'agriculteur, des consommations d'eau observées ou du prix des terres agricoles.
Après une présentation de chacune de ces méthodes, nous nous intéresserons plus particulièrement à l'utilisation de la méthode hédoniste pour le calcul de la fonction de demande en eau d'irrigation. Si quelques études américaines du prix de la terre agricole font apparaître des résultats encourageants, l'application de cette méthode dans le contexte français soulève de nombreuses difficultés à la fois pratiques (recueil de données adéquates) et théoriques (hypothèse d'un marché parfait). Une application numérique réalisée à partir des données de la région Midi-Pyrénées est présentée.
Mots-clés : irrigation, économie, fonction de demande, méthode hédoniste, Midi-Pyrénées.
Nouvelle PAC et nouveaux projets d'irrigation
Juliette COHEN, Pierre DUPRAZ, Dominique VERMERSCH (INRA, Unité d'économie et sociologie rurales de Rennes, 65, rue de St Brieuc, 35042 Rennes)
In : Cahiers d'Economie et Sociologie Rurales, n° 39-40, 1996, pp 223-250
Résumé : L'irrigation est une technique de plus en plus répandue dans l'agriculture française, et notamment dans les grandes cultures. Centrées sur celles-ci, la réforme de la Politique Agricole Commune constitue un choc important pour les céréaliers irriguants. Si le nouveau soutien public à l'agriculture tient compte des rendements obtenus en cultures irriguées, le volume d'aides ne s'applique qu'aux terres équipées avant le 1er août 1992.
Dans les départements différenciant une surface plafond 'toutes céréales et protéagineux irrigués', une modélisation économique simple montre qu'un exploitant agricole n'a pas intérêt à équiper de nouvelles terres à des fins d'irrigation. Il apparaît alors possible, a fortiori, de généraliser ces considérations au cas d'exploitations irriguant en grandes cultures et se trouvant dans un département ne différenciant aucune aide aux cultures irriguées.
Le soutien public apporté à l'irrigation comprend également une préférence d'accès à la ressource en eau. Outre son caractère de rente foncière, l'aide directe spécifique aux cultures irriguées se fonde sur un prix de l'eau qui sous-estime la valeur sociale de cette ressource naturelle. Le droit à produire, révélé et rémunéré par l'aide directe, semble primer sur d'autres usages directs ou indirects fournis par la ressource en eau. Cette hiérarchie est pratiquement entérinée par le décideur public et vise à rémunérer, et donc à conserver, des externalités pécuniaires de production : concentration de certaines productions agricoles, maintien de la compétitivité-coûts, restitutions budgétaires.
Mots-clés : micro-économie, externalités, coût social, grandes cultures.
Jeux,
coopération et problèmes environnementaux globaux, dilemme du prisonnier,
jeu du croisement, jeux évolutionnistes
Gilles ROTILLON (Université
du Maine, Département d'économie, avenue Olivier-Messiaen,
BP 0638, 72017 Le Mans cedex), Tarik TAZDAÏT (Université
de Marne-la-Vallée, Département d'économie, Cité Descartes, rue Galilée,
77420 Champs-sur-Marne)
In : Cahiers d'Economie et Sociologie Rurales, n° 39-40, 1996, pp 251-268
Résumé : Ce papier est une revue de la littérature quant à la question de la coopération en présence de problèmes environnementaux globaux. Plus précisément, nous nous attachons à recenser les différentes formes qu'elle est susceptible d'emprunter. En ayant recours à des représentations simples de théorie des jeux, nous constatons que, suivant les données que les pays privilégient, il leur faut alors adopter un comportement spécifique. Ainsi, la diversité des facteurs liés au cadre d'analyse entraîne une diversité de comportements coopératifs possibles. Cela peut aller de l'engagement unilatéral à une coopération s'articulant autour d'une coalition, compte tenu que l'engagement unilatéral peut être spontané ou provoqué.
Mots-clés : problèmes environnementaux globaux, dilemme du prisonnier, jeu du croisement, jeux évolutionnistes.