Publications > Cahiers > N°3, décembre 1986
Travaux et métiers
Le travail hors de l'usine Bricolage et double activité
F. Weber
In : Cahiers d'Economie et Sociologie Rurales, n° 3, décembre 1986, pp 13-36
Résumé : La "pluriactivité" agricole : un concept à dépasser, d'une part pour replacer les ménages non exclusivement agricoles parmi l'ensemble des ménages mixtes professionnellement, d'autre part pour distinguer les différents statuts de chacune des "activités" d'un individu (deux professions à part égale, ou une activité professionnelle combinée avec une "bricole" ou un "hobby"). Pour ouvrir la voie à une telle analyse, on a choisi d'étudier l'ensemble des activités extra-professionnelles de la population ouvrière de N*, petite ville de Bourgogne où est implantée depuis un siècle une grande usine sidérurgique. L'enquête ethnographique menée en 1983 et 1984, a permis d'observer un large éventail d'activités ouvrières, du jardinage à l'exploitation agricole, de l'organisation de festivités et du bricolage à l'artisanat "au noir". L'accent mis sur les caractéristiques ouvrières de ce "travail-à-côté-de-l'usine"opère un double renversement de perspective, de l'exploitation agricole à l'usine et de la résidence à l'activité, puisque l'objet d'étude se transforme du ménage agricole dont l'un des membres est ouvrier en l'ensemble des activités extra-professionnelles des ouvriers. Les oppositions entre travail et loisir ou entre gagne-pain et passe-temps sont du même coup remises en cause.
Mots-clés : pluriactivité, ouvrier, loisir, bricolage, travail au noir, enquête ethnographique, Bourgogne.
Pratiques traditionnelles et rationalité économique, l'exemple de l'affouage
Agnès Fortier
In : Cahiers d'Economie et Sociologie rurales n° 3, décembre 1986, pp 37-44
Résumé : Alors que l'affouage semblait voué à une disparition proche, les nouvelles données du système économique et social ont opéré en faveur de la réhabilitation de cet ancien droit d'usage. Si l'intérêt économique apparaît comme le mobile essentiel du retour, les discours recueillis auprès des affouagistes dans un contexte local donné mettent davantage l'accent sur le caractère traditionnel d'une pratique obligée de se justifier face aux critiques qui lui sont adressées. Outre l'avantage financier, l'affouage permet, dans la société moderne, l'expression de valeurs qui n'ont pas l'occasion de s'exprimer dans le cadre de la sphère rationalisée du travail professionnel, d'où la difficulté des affouagistes de statuer sur une pratique qui semble vouloir nier l'opposition travail/loisir.
Mots-clés : affouage, pratiques traditionnelles, rationalité économique, loisir, Ardennes.
Du labeur paysan au métier d'agriculteur : l'élaboration statistique en agriculture
A. Barthez
In : Cahiers d'Economie et Sociologie rurales, n° 3, décembre 1986, pp 45-72
Résumé : Définir l'agriculture en termes d'activité professionnelle est malaisé. L'organisation familiale de la production agricole rend mouvante la frontière entre l'univers domestique et l'univers professionnel, délicate la distinction entre l'activité et l'inactivité. Au fil du temps, les définitions statistiques de l'activité agricole évoluent. Leur analyse révèle les réductions nécessaires en même temps que provisoires. La référence aux normes du travail salarié présuppose une assimilation possible du travail agricole. A une définition de l'activité en termes de durée correspond un arbitrage sur la nature des tâches à retenir. Les catégories de "pluriactivité" ou de travail à "temps partiel" émergent. En même temps que l'approche de l'activité se fait plus rigoureuse, se dessine la gageure de l'agriculture comme profession à part entière. Plus que les façons de produire, c'est le choix des catégories de référence qui est ici interpellé.
Mots-clés : statistique, terminologie, travail, travail domestique, profession, pluriactivité, paysan, agriculteur.
Élargissement de l'espace social et crise de l'identité paysanne
Patrick Champagne
In : Cahiers d'Economie et Sociologie rurales, n° 3, décembre 1986, pp 73-89
Résumé : Si la crise de la reproduction de la petite et de la moyenne paysannerie est indiscutablement liée à des facteurs économiques, c'est cependant de façon indirecte. Le refus de succéder des enfants est d'abord un refus du mode de vie de leurs parents.
Une enquête menée en Bresse auprès d'un échantillon représentatif d'agriculteurs âgés de 50 à 65 ans et la passation, auprès des enfants scolarisés dans les LEP et les CES de Bresse, d'un questionnaire portant sur leur avenir professionnel permettent de saisir les formes que prend aujourd'hui cette dévalorisation, chez les jeunes, du métier d'agriculteur. On analyse par ailleurs brièvement les causes de cette crise de l'identité paysanne traditionnelle (extension de l'espace social villageois, effet de l'émigration, rôle de l'école, etc.).
Mots-clés : paysannerie, reproduction sociale, enquête sociologique, identité sociale, succession, école, Bresse.
La crise de la succession dans une famille paysanne bretonne
A. Rouvrais
In : Cahiers d'Economie et Sociologie rurales, n° 3, décembre 1986, pp 91-111
Résumé : L'étude du devenir d'une famille paysanne bretonne, de la fin du dix-neuvième siècle jusqu'en 1985, permet de saisir, de l'intérieur, les diverses logiques qui ont commandé les phénomènes d'émigration rurale. Avant la Seconde Guerre mondiale, les départs sont principalement des départs forcés, les migrants cherchant à pallier leur faible capital économique et culturel, en faisant appel à l'entourage familial qui se mobilise pour leur assurer une aide matérielle et psychologique. Après cette période, les départs sont plus volontaristes et résultent du processus de dépaysannisation qui s'accélère, en relation avec l'évolution de l'économie française, créatrice de nombreux emplois non agricoles. En outre, les conditions pour accéder au métier d'agriculteur étant plus difficiles, l'institution scolaire tend à devenir, pour les familles, une alternative pour l'avenir.
Mots-clés : paysannerie, famille, exode rural, Bretagne.
Condition paysanne et marché du travail industriel. Un exemple au Brésil
A.R. Garcia Jr
In : Cahiers d'Economie et Sociologie rurales, n° 3, décembre 1986, pp 113-140
Résumé : Les transformations sociales des grandes plantations sucrières du Nord-Est du Brésil sont à l'origine de la formation simultanée d'un prolétariat rural, d'une nouvelle paysannerie et des contingents de travailleurs qui s'intègrent au marché du travail industriel du Centre-Sud du pays (Rio de Janeiro et Sao Paulo). Les migrations vers les grandes villes ont contribué à accélérer ces transformations. En même temps qu'elles concouraient à l'érosion du pouvoir des grands propriétaires (l'émigration pouvant constituer une alternative à la dépendance personnelle vis-à-vis des planteurs), elles ouvraient des possibilités nouvelles de trajectoires sociales : devenir un ouvrier d'industrie a représenté plus qu'un changement d'activité puisque la relation avec le nouvel employeur était soumise à des règles objectives fixant la rémunération, le temps de travail et les attributions des uns et des autres.
Or, si une partie des migrants a lié son destin social à celui du marché du travail industriel, d'autres ont réussi à accumuler de l'argent et à acquérir des compétences nouvelles et sont retournés s'établir dans leur région d'origine comme exploitants agricoles ou comme commerçants. L'analyse de ce cas concret de migration avec retour conduit à relativiser la conception que l'on se fait généralement des départs vers les villes (particulièrement vers le marché du travail industriel) comme du passage obligé de la condition paysanne à la condition ouvrière. Tant que l'on ne rapporte pas toute condition - en particulier la condition paysanne - à l'espace social historiquement constitué dans lequel elle prend place, on risque de ne pas remarquer la multiplicité des effets engendrés par les migrations, notamment ici l'émergence d'une nouvelle paysannerie liée à l'insertion provisoire de certains de ses membres dans le marché du travail industriel.
Mots-clés : paysannerie, marché du travail, trajectoire sociale, plantation, migration, ouvrier, Brésil, Nordeste.