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Publications > Cahiers > N°46-47, 1er et 2ème trimestres 1998

Histoire des techniques en biologie : contributions au débat

COMPTES RENDUS DE LECTURE

V.J. VANBERG, Rules and choice in economics, par J. Bourdieu ; J. NILSSON et G. VAN DIJK (eds.), Strategies and Structures in the Agro-ffod Industries, par A. Torre , A. SEN, Ethique et économie, et autres essais, par R. Larrère


Donner une valeur à la biodiversité

Caroline GAUTIER (GREMAQ, Toulouse et GREEN, Université Laval, Département d’Economique, Pavillon J.A. DeSève, Ste Foy G1K 1P7, Québec)

In : Cahiers d'Economie et Sociologie Rurale, n° 46-47, 1998, pp 5-27

Résumé - La préservation de la diversité biologique, ou biodiversité, est devenue une priorité publique pour les Etats-membres de l’ONU. Les recherches se donnent pour objectif l’identification des bénéfices et coûts de ces programmes. Une telle analyse s’appuie sur une problématique de micro-économie classique. Il s’agit d’établir la relation entre le niveau de biodiversité et la valeur sociale du flux de services rendus par ce niveau. Le cadre dont disposent les économistes pour procéder à une telle évaluation n’est cependant pas suffisant. La revue des études présentée dans cet article met en évidence cette insuffisance en insistant sur deux problèmes spécifiques à la ressource : la non-familiarité et la complexité du bien pour les individus.

Mots-clés : biodiversité, évaluation monétaire, préservation des ressources naturelles, analyse.


La consommation d'engrais azotés en France. Une prospective pour 2010

Nathalie TAVERDET-POPIOLEK (Institut pour le management de la recherche et de l’innovation (IMRI) et Université Paris-Dauphine 3, place du Maréchal de Lattre de Tassigny, 75775 Paris cedex 16)

In : Cahiers d'Economie et Sociologie Rurale, n° 46-47, 1998, pp 29-69

Résumé - Déterminer en 2010, la consommation d’engrais azotés en France nécessite d’étudier les perspectives d’évolution du secteur agricole et de l’industrie chimique des engrais. Cela relève de la prospective globale. Or, si au niveau de l’entreprise, on dispose de toute une panoplie d’outils pour faire de la prospective, le problème devient beaucoup plus délicat dès lors que l’on veut projeter des secteurs entiers de l’économie. En effet, le système à considérer est très vaste et les outils d’entreprise ne suffisent pas. La méthode que nous proposons ici permet de combler cette lacune car elle est aisément généralisable à d’autres études prospectives globales. Elle exploite la complémentarité pouvant exister entre modélisation, dires d’experts et simulations.

Mots-clés : prospective globale, analyse systémique, modélisation, simulations, Delphi, agriculture, PAC, fertilisation azotée.


L'approche évolutionniste et l'industrie des pêches maritimes : une application à la flotille chalutière bretonne

Pascal LE FLOC'H et Jean Pierre BOUDE (ENSAR halieutique, 65, rue de Saint-Brieuc,
35042 Rennes cedex)

In : Cahiers d'Economie et Sociologie Rurale, n° 46-47, 1998, pp 70-92

Résumé - Les modèles bio-économiques issus du courant néoclassique traitent la technologie comme une donnée exogène à la fonction d’exploitation. La technologie s’assimile donc à un stock de ressources génériques. Plus généralement, l’approche orthodoxe envisage le progrès technique sous le seul angle de la technique d’exploitation. Or, de plus en plus fréquemment des techniques de valorisation des espèces se diffusent à bord des navires de pêche. Les outils proposés par le paradigme évolutionniste permettent d’envisager l’étude des innovations sous l’angle de l’analyse des trajectoires technologiques et donc des processus de diffusion des innovations technologiques. Trois principales trajectoires technologiques sont donc identifiées. Pour chaque domaine d’intervention des technologies, il est précisé s’il existe une capacité de Recherche et Développement interne à l’activité de pêche ou s’il s’agit simplement d’un transfert de technique.

Mots-clés : pêcherie, ressources naturelles, changement technologique, R&D, innovation et invention: processus et incitations.


Histoire des techniques en biologie : contributions au débat

Horticulture sans sol : histoire et actualité

Paul ROBIN (Unité Ecophysiologie et horticulture, INRA, Domaine Saint-Paul, Site Agroparc, 84914 Avignon cedex 9)

In : Cahiers d'Economie et Sociologie Rurale, n° 46-47, 1998, pp 97-130

Résumé - L’horticulture sans sol est une technique de production fondée sur l’alimentation de la plante avec une solution minérale nutritive, la plante étant disposée sur un support autre que le sol. Son apparition au début du XXe siècle est liée à l’histoire des connaissances en nutrition minérale des plantes. La première rupture conceptuelle entre la plante et la terre date en fait du début du XVIIe siècle avec les premières expérimentations sur sable et sur eau, qui ne trouveront en fait de réponse qu’avec la chimie agricole du XIXe siècle. Le transfert de la technique de culture sur sable avec une solution minérale, ou directement sur la solution nutritive elle-même, du laboratoire de recherche des nutritionnistes à la production horticole apparaît vers 1920-1930 aux États-Unis. Elle sera introduite en France en 1938. Mais la profession horticole française ne se l’appropriera véritablement qu’entre 1980 et 1990, après un long investissement de la recherche et du développement. Initialement conçue avec une solution nutritive recirculante, l’extension de cette agrotechnique sera favorisée par l’adoption d’installations légères et automatisées et surtout par la pratique du drainage perdu. Les conséquences de cette pratique sur l’environnement conduisent, depuis le début des années 90, les structures expérimentales des filières légumière et ornementale à rechercher des solutions techniques de recyclage de ces solutions drainées. Qu’il s’agisse de l’adoption de la technique du sans sol, de la prise de conscience de ses dérives ou de la démonstration de solutions acceptables pour surmonter les nouveaux défis, l’histoire de cette technique montre d’une part le lien étroit entre science, pratique et société, d’autre part le poids du temps dans le transfert d’une technique du laboratoire à l’exploitation.

Mots-clés : environnement, histoire, hors-sol, horticulture, nutrition, recyclage, technique.


Production, protection et professions truffières

Pascal BYÉ  et Carole CHAZOULE  (INRA, Unité d’économie et sociologie rurales, 2, place Viala, 34060 Montpellier cedex 1 et CTESI Montpellier)

In : Cahiers d'Economie et Sociologie Rurale, n° 46-47, 1998, pp 131-152

Résumé - Cet article se propose d’analyser, au regard des processus de domestication de la truffe, les relations qui se sont tissées au cours des cent dernières années entre les techniques de production et les organisations sociales qui en assurent aujourd’hui la protection. La médiocrité et l’instabilité des rendements obtenus n’ont pas empêché la trufficulture d’être considérée comme une production plus proche de l’agriculture que de la cueillette. Les efforts faits depuis plus d’un siècle pour définir et préciser les codes de culture sont allés de pair avec un souci quasi permanent de contrôle du secret. La cohésion de la profession tient beaucoup à cette capacité à entretenir et à valoriser cette image de produit naturel en cours de domestication. Trois périodes ont été privilégiées dans l’analyse : celle des années 1920 aux années 70 qui témoigne de la lente dilution des savoirs empiriques, induite par la disparition des exploitations de polyculture-élevage ; celle des années 70-90 caractérisée par les tentatives de redéfinition des conduites de culture à partir des nouveaux plants mycorhizés ; celle enfin des années 90 qui oppose implicitement les partisans du maintien d’un certain statu quo à ceux qui y voient au contraire un obstacle majeur à la survie de la trufficulture.

Mots-clés : truffe, technique, production, profession, protection, histoire.


Et le code s'est fait chair. A propos des mythes et des techniques biologiques

Michel TIBON-CORNILLOT (EHESS, 54, Bd Raspail, 75006 Paris)

In : Cahiers d'Economie et Sociologie Rurale, n° 46-47, 1998, pp 153-182

Résumé – L’une des mutations fondamentales de l’histoire des techniques est marquée par leur interconnexion, il y a cinq cents ans à peine, avec les sciences modernes. Les techniques traditionnelles ou bien ont disparu, ou bien ont été totalement remaniées. L’ensemble des procédures techniques traditionnelles ont dû s’inscrire dans des logiques complètement étrangères portant, entre autres, sur la parcellarisation des tâches et la recherche effrénée d’une expansion économique ou politique illimitée. Ces bouleversements sont à l’origine d’une erreur d’interprétation devenue dominante, particulièrement dans la tradition universitaire française, qui consiste à interpréter les techniques contemporaines comme un champ d’application des théories scientifiques. Ces techniques se confondent alors avec ce que l’on appelle les « sciences appliquées » ou encore, les « technologies », le suffixe logos renvoyant à la rationalité scientifique. Les techniques et leurs objets sont dans le meilleur des cas les « servantes des sciences » ; dans le pire, elles n’existent même plus et ne forment qu’une sorte de champ d’application des sciences modernes. Il est pourtant possible de proposer une interprétation des savoir-faire techniques qui préserve leur autonomie sans pour autant négliger l’interconnexion des techniques modernes avec les sciences, leurs méthodes et leurs conceptions. Cette lecture ouvre un nouveau champ d’analyses capables d’éclairer la situation contemporaine des sociétés industrielles marquées si profondément par le développement de l’ensemble mixte sciences et technique. Ces quelques remarques conduisent à deux interrogations fondamentales. La première concerne la description des origines culturelles de cet aveuglement concernant la spécificité des techniques. La seconde lui est étroitement liée : si l’on accepte l’évidence d’une autonomie des techniques, comment entendre, dès lors, la spécificité qui est la leur ? La réflexion sur l’autonomie des techniques fait alors surgir un autre aspect trop souvent méconnu : l’étroite parenté, sans doute bien plus profonde qu’on ne le soupçonnait, entre les techniques et les organismes vivants.

Mots-clés : techniques traditionnelles et contemporaines, organismes, machines, autonomie, génie génétique.


De la technicisation des connaissances : une lecture de l'histoire des sciences de la vie

Jean-Pierre MIGNOT et Christian PONCET ( INRA/CTESI, Université de Toulouse III et INRA/CTESI, Université de Montpellier I)

In : Cahiers d'Economie et Sociologie Rurale, n° 46-47, 1998, pp 183-206

Résumé – L’histoire des sciences est souvent présentée comme une succession de découvertes qui, en se sédimentant, permettent de lever un voile sur les secrets de la nature et des hommes. La recherche d’un « sens » dans la construction des connaissances est précisément au cœur de cet article: nous partons de l’hypothèse que ce « sens » se révèle par la prise en compte de l’introduction progressive de la technique dans les sciences modernes. Cette technicisation des connaissances appliquée aux sciences de la vie se substitue progressivement aux constructions philosophiques concernant la connaissance de la vie. En plus d’introduire l’idée de progrès dans la construction des sciences, ce mouvement s’affirme en rapprochant peu à peu objet de connaissance et objet technique, ce qui conduit à une forme d’industrialisation des connaissances. Nous montrons, au travers de quelques auteurs représentatifs des idées développées depuis le XVIIIe siècle pour la physiologie, que la conception moderne des sciences de la vie permettra l’accueil de la technique dans le champ du connaître. Nous traduisons la mise en place de cette capacité de réception de la technique par le passage du discours de la méthode (R. Descartes) à la méthode expérimentale (C. Bernard).

Mots-clés : histoire, technologie, connaissance, sciences de la vie.



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