Publications > Cahiers > N°68-69, 3ème et 4ème trimestre 2003
Introduction : Anastasia O'Rourke et David Vogel
What explains the divergence in European and American perspectives on the regulation
of genetically-engineered food ?
COMPTES RENDUS DE LECTURE
R. CLARKE, S. DAVIES, P. DOBSON and M. WATERSON, Buyer Power and Competition in European Food Retailing, par V. Courboin-Thenail; Ph. PERRIER-CORNET (sous la direction de), Repenser les campagnes et A qui appartient l'espace rural ? Enjeux publics et politiques, par C. Canévet ; S. V. LANGLEY, S. MOHANTY, M. GIUGALE and W. H. MEYERS, Exchange Rate Volatility and International Agricultural Trade, par E. Chevassus-Lozza ; H. SCIARDET, Les marchands de l'aube, ethnographie et théorie du commerce aux Puces de Saint-Ouen, par A. Lhuissier
Les Américains ont-ils accepté les OGM ?Analyse comparée de la construction des OGM comme problème public en France et aux États-Unis
Pierre Benoit JOLY*, Claire MARRIS* (* Laboratoire Transformations sociales et politiques liées aux vivants (TSV), INRA, 65 boulevard de Brandebourg, 94205 Ivry-sur-Seine Cedex - e-mail : joly@ivry.inra.fr, marris@ivry.inra.fr)
In : Cahiers d'Economie et Sociologie Rurales, n° 68-69, 2003, pp 11-45
Résumé - Comment expliquer que lutilisation des organismes génétiquement modifiés (OGM) dans lagriculture et lalimentation pose problème en France où ils ne sont pratiquement pas utilisés et semble aller de soi aux États-Unis, où ils le sont à grande échelle ? Selon certains, les consommateurs américains ont accepté les aliments transgéniques, du fait dune différence dattitude à légard des risques, de lalimentation et de la nature. Rejetant cette explication, cet article présente une analyse comparée de la trajectoire des OGM comme problème public en France et aux États-Unis. Il démontre que les arguments très similaires sont mis en avant par les opposants et protagonistes se focalisent sur les mêmes zones de conflits. Mais alors quen France (et plus largement en Europe), les arguments des opposants "cristallisent"au cours dépreuves spécifiques et contribuent à la définition des dimensions cognitives et normatives des OGM comme problème public, cette "cristallisation"na pas lieu aux États-Unis. Trois facteurs semblent expliquer cette différence : (i) les choix réglementaires très différents réalisés en 1990 ; (ii) le fait que lutilité des plantes transgéniques est mal perçue en France alors que leur assimilation avec le projet dune agriculture intensive et exportatrice est perçue positivement aux États-Unis ; (iii) linfluence grandissante dun cadre plus large et "constructiviste"pour lanalyse des risques en Europe, alors quaux États-Unis les instances réglementaires continuent à fonder leur légitimité sur la "sound science".
Mots-clés : problème public, mise sur agenda, organismes génétiquement modifiés, risques, controverse scientifique.
Reframing regulatory science : Trans-Atlantic conflicts
over GM crops
[Recadrer la science réglementaire: les conflits transatlantiques sur
les cultures génétiquement modifiées]
Les LEVIDOW*, Joseph MURPHY* (* Centre for Technology Strategy, Open University, Milton Keynes MK7 6AA, UK - e-mail : L.Levidow@open.ac.uk - J. Murphy@open.ac.uk)
In : Cahiers d'Economie et Sociologie Rurales, n° 68-69, 2003, pp 27-74
Résumé - La science réglementaire a été recadrée afin dévaluer les risques que comportent les cultures génétiquement modifiées sur le plan écologique tant aux Etats-Unis quen Europe. Alors que se déchaînent des conflits de nature réglementaire de part et dautre de lAtlantique, le maïs "insecticide" Bt fait figure détude de cas dans le cadre de deux problèmes de portée générale : comment les opinions à vocation réglementaire peuvent-elles réconcilier science et valeurs socioculturelles et quelle influence les conflits commerciaux exercent-ils sur ces opinions ? Les tensions sociales, de même que les critiques formulées par les écologistes, ont favorisé les controverses sur la validité des preuves scientifiques et, ce faisant, elles ont accentué la part dincertitude scientifique. Les critères réglementaires ont fait lobjet dune nouvelle interprétation à la lumière des valeurs socioculturelles, des protestations du grand public et des réactions institutionnelles. La capacité à prévoir ou à gérer les risques a été vivement contestée, et des critiques ont été formulées quant à létat des connaissances actuelles. Cette controverse a incité à la poursuite des recherches. Celles-ci ont révélé dautres mécanismes causals, dont la résistance des insectes ou lexistence de répercussions négatives non ciblées. En outre, les preuves antérieures avancées en matière de sécurité ont été étudiées de manière plus approfondie. On constate donc que lintensification de la recherche scientifique a, à la fois, participé à lémergence de débats publics et en a été une résultante. Les amendements réglementaires sont liés à quatre processus interdépendants. Le débat public et scientifique a mis en lumière de nouvelles incertitudes scientifiques. Des avis extra-scientifiques ont également été pris en compte dans les questions réglementaires et les expertises. Les critères de preuve en matière de sécurité sont devenus plus stricts. Les conflits commerciaux transatlantiques ont créé des opportunités politiques et des ressources scientifiques favorables à la mise en uvre de ces modifications réglementaires, notamment aux Etats-Unis. Ainsi, la distinction entre critères scientifiques et critères extra-scientifiques sest-elle avérée casuelle, contestable et variable. Compte tenu de la législation nationale et de lintérêt quont les hommes politiques à se retrancher derrière lavis des experts, les gouvernements sefforcent toujours de justifier leur approche en présentant la disposition adoptée comme une disposition scientifiquement justifiée, voire même dotée dune "valeur scientifique rigoureuse". Ils sont confrontés à un dilemme : soit nier, soit reconnaître le rôle implicite de cadrage politique que joue la science réglementaire.
Mots-clés : science réglementaire, cultures génétiquement modifiées, évaluation, risques environnementaux.
Science and public participation in regulating genetically-engineered
food : French and American experiences
[Science et participation publique dans la réglementation des aliments
génétiquement modifiés: les expériences française
et américaine]
Diahanna L. POST*, Jérôme M. DA ROS** (** Department of Political Science, University of California, Berkeley, 210 Barrows Hall, # 1950, CA, 94720. e-mail : dlynch@socrates.berkeley.edu ** LeBoeuf, Lamb, Greene & MacRae, L.L.P. 130, rue du Faubourg Saint-Honoré, 75008 Paris. e-mail : jdaros@llgm.com)
In : Cahiers d'Economie et Sociologie Rurales, n° 68-69, 2003, pp 75-101
Résumé - Cet article analyse trois expériences menées par le décideur public pour intégrer les différents acteurs concernés dans le processus délaboration des politiques publiques en matière daliments génétiquement modifiés. Nous étudions les interactions entre les scientifiques, les citoyens et les décideurs publics dans le cadre de ces trois initiatives, ainsi que la manière dont ces derniers ont traité la question complexe des aliments génétiquement modifiés. Ces processus nous apparaissent déficients dans la mesure où la participation publique semble ne pas avoir dimpact substantiel sur la définition des réglementations et des politiques publiques. Nous examinons comment ces processus pourraient être améliorés, en nous appuyant sur les apports de lanalyse sociale des sciences et sur la théorie des organisations. Une meilleure combinaison de ces deux disciplines ouvrirait de nouvelles perspectives à létude des sciences et des organisations publiques, spécialement en matière de régulation de systèmes technologiques complexes et incertains.
Mots-clés : sécurité alimentaire, réglementation, organisations, étude sociale des sciences, aliments génétiquement modifiés.
OGM et relations commerciales transatlantiques
Olivier CADOT*, Akiko SUWA-EISENMANN**, Daniel TRACA*** (* HEC Lausanne, BFSH1, 1015 Lausanne, Suisse ; CERDI et CEPR - e-mail : Olivier.Cadot@hec.unil.ch ** INRA, LEA, 48 Bd Jourdan, 75014 Paris et DELTA - e-mail : akiko.suwa@ens.fr *** INSEAD-Singapour, 1 Ayer Rajah Avenue, 138676 Singapore)
In : Cahiers d'Economie et Sociologie Rurales, n° 68-69, 2003, pp 103-148
Résumé - Larticle analyse le différend transatlantique à propos de la réglementation européenne sur les OGM et ses implications commerciales. Après avoir brièvement passé en revue les arguments en faveur dune interprétation protectionniste de lapproche réglementaire européenne, larticle présente une analyse factuelle des échanges agricoles entre les États-Unis et lUnion européenne, en particulier en ce qui concerne les produits potentiellement affectés par la réglementation européenne. Une analyse empirique de limpact du moratoire européen sur lapprobation de produits génétiquement modifiés sur laccès au marché européen des produits agricoles américains suggère que les effets de prix dominent les effets contemporains à lapparition dOGM comme déterminants des tonnages dexportations américaines vers lUE dans deux des quatre lignes tarifaires potentiellement affectées. Larticle propose alors une interprétation du différend fondée essentiellement sur des considérations internes plutôt quindustrielles ou commerciales et sur une lecture politique de lévolution des approches réglementaires de part et dautre de lAtlantique.
Mots-clés : biotechnologie, protectionnisme, accès au marché, normes.
Will the success of trade policy undermine the world
trading system ?
[L'évolution des politiques commerciales constitue-t-elle une menace
pour le système commercial multilatéral]
David G. VICTOR*, Rebecca U. WEINER** (** Program on Energy and Sustainable Development, Stanford University, Encina Hall E416, Stanford, CA 94305 - e-mail : David.Victor@stanford.edu ** Harvard Law School, 31 Concord Avenue, apt#15, Cambridge, MA 02138 - e-mail : eweiner@law.harvard.edu)
In : Cahiers d'Economie et Sociologie Rurales, n° 68-69, 2003, pp 149-165
Résumé - Les relations internationales connaissent un profond bouleversement. Linfluence des acteurs supra-nationaux saccroît et la coordination internationale, après avoir traité longtemps des questions de barrières tarifaires, aborde aujourdhui les questions ayant trait aux barrières non-tarifaires, telles que les normes de sécurité sanitaire des aliments, qui étaient traditionnellement la prérogative des seules instances de décisions nationales. Cest au niveau du système commercial multilatéral que cette transformation est la plus visible, comme en témoignent les efforts de lOMC pour traiter les problèmes de barrières non-tarifaires. Cette entreprise se révèle très délicate car il est extrêmement difficile (et coûteux politiquement) pour les États de se conformer aux recommandations de lOMC en termes de politiques non-tarifaires, étant donné les enjeux institutionnels et politiques internes. Dans cet article, nous nous intéressons à ces situations, où lobjectif de libéralisation des échanges se heurte aux préférences des consommateurs. Nous suggérons que de telles situations constituent une menace pour lOMC et que la seule solution pour quelles ne conduisent pas à remettre en cause le système commercial multilatéral est que les États apprennent à apaiser et même à éviter ce genre de disputes.
Mots-clés : OMC, droit international, commerce international, buf aux hormones, OGM, résolution des disputes commerciales.