Le virus West Nile (WN) ou virus de la fièvre du Nil occidental, isolé en 1937 en Ouganda chez l’homme, est un arbovirus de la famille des Flaviviridae. Transmis par des moustiques, il est aussi largement répandu en Afrique, Euro pe de l’Est et du Sud, Russie, Moyen Orient, Inde, Aus tralie et depuis 1999 en Amérique du Nord. Il appartient au séro complexe du virus de l’encéphalite de Saint Louis avec lequel il partage des propriétés antigéniques et géné tiques. Il est connu surtout depuis une dizaine d’années pour provoquer dans le Bassin méditerranéen et en Europe du Sud des infections aiguës du système nerveux central notamment des épidémies de méningo encéphalites parfois mortelles chez l’homme ou des épizooties chez les chevaux. Sur le plan réglementaire, la fièvre du Nil Occidental, en tant que méningo encéphalite virale des Équidés, est inscrite sur la liste des maladies réputées contagieuses en France.
Cycle de transmission du virus
Le cycle de transmission du virus fait intervenir des moustiques (plus de 43 espèces sont susceptibles de la transmettre), notamment du genre Culex, comme vecteurs biologiques, et des oiseaux comme hôtes amplificateurs, selon un cycle moustiques oiseaux, en zones de marécages mais aussi en zones sèches (voir schéma) [1]. L’homme et les équidés, pouvant être affectés parfois gravement, sont considérés comme des “culs de sacs” épidémiologiques car, chez ces hôtes, la virémie est courte et de faible amplitude ;elle ne permet donc pas d’infecter des moustiques vecteurs potentiels. L’homme et les équidés sont sensibles à l’infection avec une majorité de cas non symptomatiques.
>> Représentation schématique du cycle de la fièvre du Nil occidental
(le choix des espèces d’oiseaux représentées n’a pas de signification épidémiologique particulière). Le cycle biologique peut se diviser en deux étapes :
- un premier cycle moustiques oiseaux, ces derniers permettant l’amplification de la circulation virale,
- une seconde phase révélatrice de cette amplification et caractérisée par l’atteinte des hôtes secondaires que sont l’homme et les équidés principalement.
La fièvre du Nil occidental sévit principalement dans les zones chaudes et humides, de manière sporadique, endémique ou enzootique. Elle s’avère être une maladie saisonnière en zone tempérée où elle apparaît en été et en automne, notamment à la suite d’étés chauds, si l’humidité favorise la multiplication des vecteurs.
West Nile en France
En août 2000, cette maladie a été diagnostiquée sérologiquement et confirmée par PCR dans le département de l’Hérault en France sur deux chevaux euthanasiés en raison de troubles généraux et nerveux. La maladie a été suspectée cliniquement sur plus d’une centaine de chevaux dans les trois départements de l’Hérault, du Gard et des Bouches du Rhône
1 [2]. Il n’est pas possible à l’heure actuelle de conclure s’il s’agit de la ré émergence ou de la maladie précédemment décrite en France dans les années soixante ou de l’observation d’un phénomène qui évoluerait à bas bruit depuis plusieurs années dans la région [3]. De 2001 à 2003, des enquêtes sérologiques
2 effectuées en Camargue ont montré un certain nombre de “séroconversions”
3. Celles ci sont observées alors qu’aucun cas de maladie nerveuse n’est officiellement déclaré mais elles permettent d’objectiver une circulation à bas bruit du virus dans la région tous les étés depuis l’année 2000. Les conditions climatiques, environnementales ou les facteurs dépendant des hôtes qui conduisent à cet état de “non épidémie” restent encore inconnus.
En 2003, 7 cas humains ont été rapportés (3 formes neuroméningées et 4 formes fébriles) ainsi que 3 formes nerveuses chez le cheval. Ces cas humains et équins étaient tous localisés dans le département du Var. Une enquête sérologique a été effectuée à la demande de la Direction générale de l’Alimentation et avec la collaboration de l’AFSSA (UMR 1161). 306 (sur 906) chevaux ont présenté des IgG dont 23 avaient des titres en IgM significatifs d’une infection récente (rapport AFSSA).
Les recherches en cours
L’INRA est engagé dans des recherches qui visent à améliorer les outils de dépistage (notamment sérologiques) de l’infection (UMR 1161) et à analyser les risques épidémiologiques d’émergence (USC EPSP). L’INRA a développé un partenariat avec l’Institut Pasteur
4 et le CNES (consortium S2E, “Surveillance Spatiale des Epidémies”). L’activité de l’unité EPSP est centrée, depuis 2003, sur l’analyse des mécanismes d’introduction, d’amplification et de diffusion de la Fièvre du Nil occidental dans son environnement naturel (incluant l’étude des vecteurs, des réservoirs sauvages et des facteurs géo climatiques). Le projet a recours, pour cette analyse, aux techniques de modélisation bio mathématique, d’analyse spatiale des facteurs de risques et d’étude biologique de la transmission vectorielle. L’objectif est de mieux connaître/modéliser les mécanismes de transmission et les conditions d’émergence de la Fièvre du Nil occidental afin de maîtriser le déclenchement des épidémies dans des populations à risque. Le programme de travail comporte deux aspects abordés en parallèle :
- l’étude du processus épidémique de la Fièvre du Nil occidental (West Nile), qui implique des épidémiologistes et des entomologistes
- l’élaboration de concepts, de modèles, et de méthodes de mesure aux situations génériques d’émergence épidémiologique, qui associe des bio mathématiciens. Les différentes étapes de ce programme sont l’étude des sentinelles et des traceurs d’infection des populations ;l’analyse des cycles épidémiologiques des réservoirs et des vecteurs et enfin l’étude des facteurs environnementaux de l’émergence. À terme, ces travaux devraient permettre d’éditer des cartes de risque potentiel et des risques d’émergence de la maladie en fonction de la situation sanitaire des populations animales et des conditions environnementales.
Les travaux entrepris entre 2001 2003 dans la population équine de Camargue ont permis de mettre en évidence l’existence d’une circulation à bas bruit du virus West Nile en 2001 et 2002 et d’obtenir une première estimation de la durée de persistance des IgG chez le cheval en condition d’infection naturelle [4]. Par ailleurs, en collaboration avec le laboratoire de Biométrie INRA d’Avignon, l’étude spatiale de la prévalence a permis d’identifier des foyers “à risque”[5]. L’identification des zones à risque a permis d’engager des études spécifiques sur les vecteurs et les réservoirs impliqués dans les cycles de transmission du virus West Nile [6]. Un petit échantillon d’écuries pilotes sera sélectionné pour l’implantation de ces études. Un recueil des cas cliniques à la fois plus sensible et spécifique des maladies infectieuses chez le cheval, a été également développé, il permet :
- d’organiser et d’évaluer un réseau de surveillance vétérinaire pilote, équipé de moyens modernes de communication pour le recueil et la transmission des données en temps réel [7].
- de mesurer l’incidence d’autres maladies infectieuses [8] liées aux écosystèmes humides. Citons les maladies transmises par les tiques (Ehrlichioses, Babésioses, Borrélioses), mais également la leptospirose.
1 76 cas ont été confirmés ont 21 sont morts. Les exploitations infectées ont été placées sous surveillance (recensement des équidés, contrôles sérologiques). Les mouvements de chevaux dans les trois départements infectés ont été soumis à restriction. Une enquête sérologique a été mise en place et a porté sur 5133 sérums de chevaux ;les résultats obtenus par l’AFSSA (UMR 1161) ont montré que 8, 3 % (428) des sérums se sont révélés contenir des anticorpsIgG anti virus West Nile ;3% avaient des IgM, marqueurs d’une infection récente.
2 Une enquête sur 488 chevaux en novembre décembre 2001 a mis en évidence une “séroconversion”chez six chevaux sur les communes de Marsillargues, Lunel, Vendargues (34), Saint Laurent d’Aigouze (30) et Saintes Maries de la Mer (13). Une seconde étude sérologique conduite, par l’unité EPSP, USC INRA ENVL, avec le soutien de la DGAL, et en collaboration avec l’AFSSA, sur un groupe de 200 chevaux considérés “à risque”au cours de l’été 2002 a également permis de constater une séroconversion chez un cheval localisé sur la commune de Lunel et prélevé le 31 juillet et une seconde à Arles chez un cheval prélevé en février 2003.
3 Le terme de “séroconversion” désigne ici un changement de statut d’un cheval, pour lequel deux prises de sang consécutives ont donné un résultat différent au test IgG ELISA, le premier étant négatif, le second positif.
4“Le virus de West Nile est surveillé en France par le centre national de référence des Arbovirus et Virus des Fièvres hémorragiques de l’Institut Pasteur à Lyon”.
[1] Zeller HG (1999). West Nile : une arbovirose migrante d’actualité. Med Trop 59, 490 494
[2] Murgue B, Murri S, Zientara S, Labie J, Durand B, Durand JP and Zeller H (2001) West Nile in France in 2000 :the return 38 years later. Emerging of infectious diseases, 7(4), 692 696.
[3] Zientara S, Murgue B, Zeller H, Dufour B, Murri S, Labadie J, Durand B, Hars J (2001). Maladie à virus West Nile en France. Epidémiol et santé anim (Revue de l’AEEMA), 39, 113 120.
[4] Bicout D. , Leblond A. , Heng M. A. , Durand B. , Zientara S. , Durand J. P. , Sabatier P. (2003):Analysis of seroprevalence in horses in an endemic area of West Nile disease, Camargue, France, Xth Congress of the Intenational Symposium on Veterinary Epidemiology and Economics, Vina del Mar, CHILE, November 17 21.
[5] Chadoeuf J. , Leblond A. , Senoussi R. (2004): Using inter event functions for bandwidth selection in intensity estimation. Environmetrics, special issue: Environment and Health Related Quality of Life, 15: 513 517.
[6] Porphyre, T. , Bicout, D. J. , Sabatier, P. (2004) Modelling the abundance of mosquitoe vectors versus flooding dynamics. Ecological Modelling (in press Ecomod 3795).
[7] Leblond A. , Bicout D. , Sabatier P. (2002):Design and Implementation of a Monitoring System for West Nile Virus in Horses in the South of France. Second SouthernAfrican Society for Veterinary Epidemiology and Preventive Medicine’s (SASVEPM) Annual Congress, Onderstepoort Veterinary Institute, Onderstepoort, South Africa, 22nd 23rd July: p. 82 89.
[8] Leblond A. , Pradier S. , Fortier G. , Boireau P. (2004): Cross sectional study of the seroprevalence to Anaplasma phagocytophila and environmental exposure factors in horses in the south of France. BEVA (British Equine Veterinary Association)Congress, Birmingham, UK September 15 19th. Rapport AFSSAsur “La surveillance de l’infection à virus West Nile en France”, 2004.
Rédaction :
Stéphan Zientara 1, Philippe Sabatier 2, Agnès Leblond 2, Dominique Bicout 2, F. Fouque 2
1 UMR 1161, INRA AFSSA École Nationale Vétérinaire de Maisons Alfort équipe Virus des Equidés, virus émergents et ré émergents
2 unité Environnement et prévision de la santé des populations, INRA École Nationale Vétérinaire de Lyon