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Les enjeux stratégiques des maladies infectieuses animales, émergentes et zoonotiques

 

Rôle des organismes de recherche agronomique dans un contexte de crise sanitaire récurrent.

Maladies infectieuses animales et humaines, zoonotiques et émergentes, un phénomène durable.

Les gestionnaires du risque, de la santé animale et de la santé publique, et la société dans son ensemble, prennent conscience que les maladies infectieuses animales et humaines, émergentes ou récurrentes,  seront une composante majeure et durable du paysage sanitaire mondial.

 

Les événements récents en santé animale et en santé publique (prions, fièvre aphteuse, SRAS, Influenza aviaire, chikungunya, bluetongue,…) sont venus conforter des analyses contextuelles approfondies et partagées par de nombreux acteurs de la recherche, de la surveillance, de la gestion de la santé animale et de la santé publique sur les menaces que représentent les maladies infectieuses animales. Ces facteurs favorables aux émergences, les plus fréquemment cités et étudiés, sont inéluctables et interagissent sur la durée:

  • La plasticité et l’adaptation des vecteurs et des agents pathogènes ;
  • La perte d’efficacité de nombreuses molécules utilisées ;
  • Les modifications du contexte climatique et géophysique, des écosystèmes, la perte de la biodiversité, en lien avec les activités humaines ;
  • Les évolutions dans les systèmes d’élevage, les réglementations, la transformation et la consommation de produits animaux ;
  • L’intensification et globalisation des mouvements de personnes, d’animaux, et de produits animaux ;
  • L’émergence de grands bassins de production et de consommation en Asie qui peuvent être les épicentres d’émergence de maladies infectieuses, comme le sont le bassin méditerranéen et l’Afrique subsaharienne ;

Les recherches sur les maladies émergentes et les maladies infectieuses animales sont donc maintenant intégrées durablement dans les problématiques de développement et dans les demandes sociétales.

La santé animale au cœur des nouvelles questions de santé publique et d’économie

 De façon générale, sur les quelques 1400 pathogènes humains majeurs dénombrés, 58% sont d’origine zoonotique [Woolhouse & Gowtage-Sequeria, 2005]. L’analyse des dernières émergences virales de ces 10 dernières années a montré que 75 % des dernières entités virales émergentes avaient une origine animale ou que les animaux étaient des composantes majeures de la dynamique de ces processus infectieux (Chastel, 2006). La santé animale et publique vétérinaire est donc au cœur des nouvelles questions infectieuses de santé publique : liens homme / faune domestique ou faune sauvage, liens faune sauvage / faune domestique, tropisme d’hôtes et de tissus (communément appelé barrière d’espèce), transferts de gène de résistance ou de virulence des communautés microbienne, animale, et environnementale aux communautés microbiennes humaines, contamination des milieux par les xénobiotiques. Ces entités infectieuses zoonotiques et/ou émergentes peuvent être transmises ou non par des vecteurs (arthropodes, rongeurs) et sont de nature virale mais aussi bactérienne ou parasitaire.


Face aux défis d’ampleur mondiale posés par les bouleversements des équilibres épidémiologiques difficiles à appréhender, les recherches doivent être conduites sur un mode partagé en fédérant les différents disciplines et approches des organismes de recherche concernés.

Les organismes de recherche agronomique sont donc attendus sur ces questions de santé animale (acceptation large) et de Santé Publique Vétérinaire.

Un phénomène global touchant le Nord et le Sud nécessitant des approches partagées

Les discours sur les maladies émergentes font souvent état à juste titre des origines tropicales des phénomènes infectieux émergents en lien avec les bouleversements climatiques (exemple de la BTV) mais il faut bien reconnaître que ceux-ci sont très présents dans le monde occidental (notamment la résistance aux anti-infectieux) et dans les pays émergents, très éloignés des modèles des pays tropicaux en développement. Finalement, ces phénomènes relèvent souvent de l’expression de dynamique d’agents pathogènes partagés dans l’ensemble des pays. Leur maîtrise suppose des méthodes innovantes, adaptées aux situations particulières mais qui font appel à des mécanismes universels comme la biologie des agents pathogènes, les réponses immunes des animaux, la modélisation des données épidémiologiques, etc. Il y a donc une très grande communauté de disciplines, de méthodes et d’approche entre les communautés scientifiques en charge de la santé animale et la santé publique vétérinaire dans les pays en développement et les pays développés.

La recherche finalisée, une composante indispensable du dispositif pour une approche écologique des maladies infectieuses

 

La surveillance, l’activité de référence et normative (procédures, laboratoires de références, etc..) et le traitement des signaux pour l’alerte sont indispensables à une économie anticipative des crises sanitaires. Pour autant, les nouveaux défis que posent l’émergence et la ré-émergence des maladies infectieuses dans les populations animales soulèvent de nombreuses questions scientifiques qui relèvent d’une véritable écologie des maladies infectieuses émergentes, pour laquelle la recherche agronomique est un acteur essentiel.

  • Caractériser les agents pathogènes et les vecteurs émergents à la fois dans leur diversité et dans leur biologie fonctionnelle (traits de vie) : cycles biologiques, facteurs de virulence, facteurs de pathogénicité, facteurs de résistance, tropisme d’hôtes, de tissus et cellulaire, compétence vectorielle ;
  • Développer les connaissances sur les réponses de l’hôte animal aux bio-agresseurs, bases nécessaires à l’innovation en diagnostic, méthodes vaccinales, chimique ou génétique de maîtrise des processus infectieux
  • Documenter les événements sanitaires chez l'animal, les entités pathologiques nouvelles: clinique, physiopathologie, épidémiologie (hôtes, réservoirs, contacts entre la faune sauvage et les animaux domestiques) ;
  • Innover, expérimenter, évaluer et qualifier des méthodes de prophylaxie et de contrôle des maladies infectieuses : prévention, diagnostic, traitement, résistance génétique, systèmes d’élevage ;
  • Développer des méthodes de surveillance, d’alerte précoce et d’anticipation systèmes d’information utilisant de nouvelles technologies, modélisation statistique et mathématique, organisation de la santé animale ;
  • Décrire, analyser et modéliser les systèmes épidémiologiques : conditions environnementales (biologiques, milieu physique), la biodiversité et les dynamiques des populations d'intérêt (agent pathogène, vecteur, réservoirs, hôtes animaux et humains) pour la survenue des épidémies ;
  • Evaluer les impacts épidémiologiques et environnementaux, des troubles de santé et les interventions visant à leur contrôle ;
  • Étudier les déterminants économiques et sociologiques de l'émergence, de la ré-émergence des maladies animales, et de l'efficacité et des impacts des méthodes de contrôle et de lutte.


Des approches pluridisciplinaires et diverses de la recherche sur lesquelles peuvent s’adosser la surveillance et l’élaboration d’outils d’aide à la décision publique

Un continuum entre recherches en sciences humaines, écologiques, épidémiologiques, recherches cliniques, recherche pré-clinique et recherche d’amont est une condition essentielle pour apporter des réponses concrètes et des outils d’aide à la décision pour les gestionnaires du risque. Les nouveaux outils de qualification et de quantification d’indicateurs du niveau moléculaire et au niveau satellitaire, de formalisation et modélisation des données, de diagnostic, de prévention et de thérapeutique sont requis pour répondre aux enjeux de santé. Cela suppose un investissement en recherche garant de l’innovation épidémiologique, diagnostique, vaccinale et thérapeutique, mais aussi de l’anticipation des crises. Il apparaît nécessaire d’adopter une stratégie cohérente et de coordonner des approches observationnelle, expérimentale, voire opérationnelle de la recherche, dans des projets ou des clusters de projets de recherche. En matière de maladies infectieuses, il faut souligner l’importance de l’adossement de la recherche aux laboratoires de référence pour accéder au recrutement des cas, au matériel biologique, et aux réseaux nationaux et internationaux.

Dans cet ensemble très vaste, la recherche en santé animale doit fédérer des disciplines comme la microbiologie et la parasitologie, l’entomologie, la physiopathologie, l’immunologie, la génétique et la génomique fonctionnelle, l’écologie des agents pathogènes, des hôtes et réservoirs et de leurs communautés (dont les systèmes d’élevage), l’épidémiologie analytique et prédictive, l’économie de la santé. Finalement, pour aboutir dans des propositions d’aide à la décision pour les gestionnaires du risque et les éleveurs, pour développer des outils de maîtrise dont le marché peut se saisir, il apparaît essentiel de développer une approche intégrative des différents domaines scientifiques.

Rédaction : G.Aumont - E. Camus
Date de création : 5 Avril 2007
Mise à jour : 05 Avril 2007

Contact : G Aumont
INRA
Département Santé Animale

E Camus
CIRAD
Département Elevage et de Médecine Vétérinaire des pays Tropicaux,

Département de Santé Animale - Centre de recherche de Tours - 37380 Nouzilly

Tél : 02 47 42 77 76 - Fax : 02 47 42 77 72

E-mail : sa@tours.inra.fr