Le point de vue du chef de département
© E. Gaujour / Inra De quel constat est née l’idée de consacrer un séminaire au parcours des doctorants ?
Le premier constat était qu'il existe à l’INRA d’autres départements qui organisent depuis longtemps des rencontres de doctorants, et les échos que j’en avais étaient très positifs. La formule classique permet aux doctorants d’un même département, éparpillés dans différentes unités, de se connaître et d'avoir une idée de ce qui se fait autour d'eux. C'est aussi une occasion de présenter et discuter de son travail dans un contexte où il n’y a pas d’enjeu.
J’en ai parlé à Bernadette Leclerc et Laurent Hazard, qui se sont associés à Patrick Stéyaert pour faire une proposition autour du travail sur le parcours de thèse, avec un aspect réflexif pour dégager des compétences professionnelles. C'était un peu différent de ce que j'avais imaginé, mais cela m’a séduit tout de suite. Enfin, j’ai insisté pour qu’il y ait des présentations des doctorants de 1ère et 2ème année parce que cela participe à la socialisation du doctorant.
Quel est l'objectif des Journées des Doctorants du SAD ?
Initialement il s'agissait de briser les isolements, se rencontrer, s’exposer. Cet objectif est aujourd’hui largement surpassé. La réflexion sur les compétences, sur la construction et l’évolution des problématiques est essentielle. Je ne reviendrais pas à un système plus classique.
Ce dont je suis sûr, c’est qu’il y a plusieurs manières de présenter sa thèse sur un CV. Quelqu'un qui a vraiment pris du recul sur ce qu’il a appris en thèse saura la présenter sous l’angle qui le met le mieux en valeur en fonction de l’emploi qu’il cherche. Réciproquement, face à des docteurs qui savent présenter leur thèse autrement, les employeurs peuvent prendre conscience de ce que ceux ci peuvent leur apporter. En fin de compte, c'est le doctorat comme formation et première expérience professionnelle qui est ainsi valorisé.
Y a-t-il une représentation du métier de chercheur sous-jacente ?
Il y a surtout une vision de la thèse comme apprentissage de la recherche scientifique. Et une conception de l'apprentissage qui ne se limite pas au rapport entre l’apprenti et le maître. Apprendre, c’est aussi se confronter et échanger avec des homologues. Amener quelqu’un à réfléchir sur son propre apprentissage doit être compris dans l'apprentissage. Je ne sais pas s’il y a une conception du métier de chercheur derrière cela, mais en tout cas, il y a l’idée qu’il est important d’expliciter ce qu’on a vécu et ce qu’on a appris pour se l’approprier.
Ensuite, il y a une posture scientifique qui consiste à encourager à faire une recherche directement finalisée par l’action et le développement, ce qui est la justification de l’existence du département SAD. Il faut que le doctorant prenne conscience de l’intérêt pratique de son sujet. Je ne prétends pas par-là imposer à tout le monde mon éthique de chercheur, mais à mettre en lumière la nécessité d’une cohérence avec les missions du département.
Tous les ans vous assistez et participez aux Journées des Doctorants, qu’y apprenez-vous ?
Je fais connaissance avec les doctorants que je croise ensuite dans les visites d'unités. J'écoute leurs demandes, parfois pressantes, je prends connaissance de leurs inquiétudes ou de ce qui se passe bien. J'accède aussi à un panorama global de toutes les thèses. Le doctorant est une force nouvelle pendant trois ans, sur un sujet restreint ; c'est un renfort avec une imagination vierge, et du temps disponible, c'est pourquoi les équipes orientent souvent les thèses sur les sujets les plus novateurs. Le panorama des thèses montre donc les endroits qui sont en train de bouger, même s’il n’y a pas que les doctorants qui font bouger les fronts de recherche. L’an dernier par exemple, on a nettement vu que la modélisation, qui n'a pas toujours été un élément de la culture du SAD, était un point de départ pour beaucoup de thèses. A condition de ne pas devenir l’alpha et l’oméga de la recherche, et d'être fortement reliée à une problématique construite, la modélisation est un outil à explorer. Enfin, je ne cache pas que ces journées me permettent aussi de repérer des doctorants en situation délicate, ce qui me conduit parfois à interpeler les encadrants. Je me considère comme responsable, même indirectement, du bon déroulement des thèses qui se font au sein du département.
Que représentent les Journées des Doctorants pour le département ?
Elles sont un indicateur de l’importance que nous attachons à la formation. Organiser ces échanges entre doctorants, venir à leur rencontre, aider à prendre du recul sur le parcours professionnel, nous avons des raisons d'être contents que cela existe.
(Saint Martin de Londres, 5/02/2009)
Rédaction :
Upic
Date de création : 16 Février 2009 Mise à jour : 06 Avril 2009 |
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