Témoignage - Ils ont participé aux Journées des Doctorants du SAD"Ça réveille le besoin d’avoir une pratique éclairée de la recherche"
© E. Gaujour / Inra Mettre sa thèse en récit, un exercice inhabituel ?
CF : Le plus souvent, lorsqu’on parle de sa thèse, on raconte surtout ce qu’on fait au présent et parfois on revient en arrière. Pendant l’atelier du récit de thèse aux Journées des Doctorants, on raconte sa thèse sous un angle un peu particulier : on commence par le début, par le premier jour, et même avant. En fait, cela demande un effort de réflexion, de remémoration. Il faut retravailler des enchaînements, chercher à comprendre les bifurcations. Dans mon récit, j’ai raconté librement ce que j’avais vécu pendant ma thèse. Aujourd’hui, en tant qu’animatrice, je remarque que même lorsqu’on n’impose pas un récit chronologique, les « racontants » le font spontanément.
GM : En fait, tu ne racontes pas le sujet mais les problèmes que tu as pu avoir ou les changements de posture que tu as dû adopter. C’est la manière dont tu vis ta thèse qui importe. Tu peux parler du sujet si tu en as besoin, mais le jeu n’est pas d’aller discuter de la pertinence des hypothèses ou du dispositif. Au début on te laisse totalement libre, on ne te pose pas de question, tu fais ton récit. Ensuite on peut t’amener à préciser certaines choses. Les animateurs repèrent des périodes clefs et te font creuser, reviennent sur elles pour que tu les explicites.
Cela demande-t-il une grande préparation ?
GM : Ça dépend des gens. Une semaine avant, on reçoit un descriptif sommaire de ce qu’on va faire. Moi, je n’avais rien préparé mais j’ai juste essayé de réfléchir un peu au déroulement de ma thèse, aux moments clefs. Ce n’est pas toujours ce à quoi tu as pensé au préalable qui ressort… la dimension de l'échange est importante.
CF : En fait c’est très détendu. Ici on insiste beaucoup sur le fait qu’il ne va pas y avoir de jugement de la part des animateurs, ni de la part des autres doctorants. Il n’est pas question de cohérence ou de pertinence scientifique. On sent bien que les gens sont là pour t’aider à comprendre les tensions ou les difficultés, identifier les moyens à mettre en œuvre pour les dépasser. C’est une construction positive.
Quel était votre sentiment en sortant des Journées Doctorants ?
GM : J’ai été persuadé que ces journées sont importantes. Ce travail de réflexion sur mon vécu, je ne l’avais pas fait seul pendant ma thèse. Je ne m’étais pas posé la question : comment ai-je fait pour en arriver là ? Qu’est-ce que j’ai mis en œuvre pour dépasser tel soucis ? Finalement, les ateliers m’ont fait réfléchir à la manière de présenter mon travail et m’ont aidé à identifier et dégager des compétences.
CF : J’ai eu l’impression de trouver un lieu d’écoute avec des gens qui pouvaient comprendre les problèmes que je vivais sans en être partie prenante. Tu te fais forcément des idées préconçues sur ce qu'est une thèse, ce qu'elle doit être, sur la manière dont tu dois t’y prendre. Mais voir comment les autres font, rencontrer des homologues m’a beaucoup rassurée et motivée. C’est aussi un lieu où j’ai trouvé des gens pour discuter de postures, d’épistémologie. Après, on a une vision du département et des fronts de recherche.
Quelle est la place de l’épistémologie dans les ateliers ?
CF : Au départ c’était une hypothèse forte que le doctorant du SAD, du fait du rapport à l’action, du fait de la pluridisciplinarité, a plus de risques que d’autres doctorants de se trouver dans des tensions de type épistémologique non explicitées. Lorsque les racontants abordent ce genre de problème, la question directrice de l’analyse du récit devient : pourquoi fait-on ce qu’on fait comme on le fait ? Faire prendre conscience des déterminants réels qui orientent le travail ou le bloquent est déjà un premier pas dans la résolution.
GM : Même pour nous, animateurs, il y a un intérêt. Chaque fois que j’entends un récit, ça résonne avec mes propres problèmes. Et comme je ne prends pas forcément ce temps là en dehors des Journées des Doctorants, ça réveille le besoin d’avoir une pratique éclairée de la recherche.
Saint Martin de Londres, 6/02/2009
Rédaction :
Upic
Date de création : 16 Février 2009 Mise à jour : 06 Juillet 2009 |
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