Département SAD
Programme Agriculture-Environnement Vittel (AGREV)
 
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Le diagnostic technico-économique
   
 

ou comment fournir les compensations technique et économique nécessaires
à la mise en place du changement

   
  Pris en charge par les économistes, les agronomes et les chercheurs en gestion du SAD de Dijon en relation étroite avec les techniciens du SAD et de l'ENESAD, le volet technico-économique avait pour objectif de définir les conditions d'une agriculture durable dans le contexte de la situation de protection du périmètre de Vittel, en maintenant une culture technique locale (associant le lait, les céréales et la viande).
Il s'agissait ainsi de répondre à la question suivante :
 
 
Quelles compensations techniques et économiques sont nécessaires à la mise en place du changement ?
   
  La démarche
 
 
Le cas du maïs
Culture très performante, le maïs permet l'intensification de la production de lait et de viande grâce à la mécanisation de toute la chaîne, en particulier de la récolte et de la distribution aux animaux. Ses atouts sont nombreux: les rendements sont éle­vés et garantis quelque soit l'année, la plante présente une bonne réaction aux divers traitements et engrais qui permettent d'obtenir une production élevée.
Mais c'est également une culture, fortement « polluante » : le maïs supporte de fortes doses d'azote sans risque de verse et sa conduite favorise le lessivage des nitrates et des autres miné­raux, en laissant les parcelles nues plusieurs mois. Le prix de l'azote, négligeable vis-à-vis de l'intérêt financier que repré­sente le maïs, n'engage pas à limiter les doses d'engrais. Les parcelles de maïs représentent, de plus, le principal expédient pour l'évacuation des fumiers, les déjections animales étant, avant tout, perçues comme une contrainte et non comme un apport de fertilisants.
La logique de production du maïs est incontestable mais il n'en reste pas moins qu'il représente le prototype même de la cul­ture à risque pour l'impluvium. C'est pourquoi, si l'on veut supprimer cette culture, il faut fournir des compensations techni­ques et économiques
.
Respecter la "contrainte nitrates" imposée par Vittel SA signifiait, pour les exploitants de modifier leurs pratiques. Comme tout entrepreneur, l'agriculteur recherche la rentabilité économique de son entreprise (voir le cas du maïs dans le tableau ci-dessous). C'est pourquoi, si l'on veut changer certaines pratiques, il est nécessaire de bien connaître le niveau de rentabilité et le fonctionnement de l'exploitation sujette au changement.
 
Pour aborder cette question, les chercheurs ont adopté une démarche systémique, en s'inspirant d'un modèle fondé sur le concept de système exploitation-famille centré sur la relation entre l'exploitation agricole, la famille et son projet.
 
S'appuyant sur cette démarche, l'analyse s'est resserrée sur les échanges entre ce système et son contexte local. L'étude a porté plus particulièrement sur les mécanismes biotechniques et économiques mis en cause dans les fuites de nitrates ; ces derniers sont à la base des modèles de simulation par programmation linéaire (PL).
 
 
• Les résultats
L'utilisation de la méthode de programmation linéaire a été faite dans le collectif de recherche de façon pluridisciplinaire entre 1989 et 1991 et en collaboration avec les responsables de la Société des Eaux et certains agriculteurs dits "expérimentateurs". Elle a été un outil de dialogue entre ces acteurs et s'avère donc un excellent outil de médiation pour la recherche-action.
 
En conclusion, ces travaux, qui ont donné lieu à des publications scientifiques, ont participé à une véritable réflexion à l'époque sur des systèmes durables respectueux de la qualité de l'eau.
Pour la Société des Eaux, les grandes prescriptions ont été les suivantes : des cultures (rotation luzerne/céréales) conduites rigoureusement peuvent conduire à un taux d'émission de 10 mg de NO 3 -/l . Le pâturage aboutit généralement à des fuites de 20 à 30 mg de NO 3 -/l, mais des précautions reposant notamment sur une récolte automnale de l'herbe des prairies pâturées durant le printemps permettent d'atteindre des valeurs hivernales de concentration inférieures à 10 mg de NO 3 -/l .
   
  Le modèle a ainsi fourni des simulations économiques qui ont permis d'aborder la question du diagnostic et la question des pistes de changement. En effet la méthode impliquait une bonne connaissance de la situation de départ en termes agronomiques et économiques. Puis le travail de simulation qui visait à diminuer les pertes en nitrates sous culture tout en maintenant un revenu économique, a conduit à un véritable travail de modélisation du futur système technique innovant. C'est d'ailleurs à travers ce travail que la question du seuil du taux de nitrate à atteindre sous les racines a pu être traitée.
A partir de ces travaux il est alors apparu que la possibilité d'atteindre le seuil annuel moyen des 10 mg NO3-/l globalement à l'échelle de l'exploitation voir de certaines conduites de culture n'était pas irréaliste.
   
  Afin de présenter ce travail fondamental sur le lien taux de nitrate et situation économique il est pertinent de l'aborder par un exemple.
  • Un exemple
 
Soit une exploitation de 90 ha typique sur le plan technique du système de production que l'on trouve sur le périmètre, à laquelle on fait subir un objectif de baisse du taux de nitrate sous les racines. Le tableau ci-après, présente ainsi la valeur du revenu agricole en l'absence de contrainte nitrates, puis dans le cas du respect du seuil des 10 mg NO 3 -/ l . Les conséquences de cette baisse sans changement de pratiques sont majeures : un gel de 38 ha est nécessaire et provoque l'effondrement du revenu ( -200 000 F ). Pour la protection de la qualité de l'eau, notons que ce gel ne répartit pas les "nitrates en moins" sur l'ensemble du foncier de l'exploitation.
 
Dans le cas où sont mises en ouvre des propositions techniques (rotation luzerne ou prairie/céréales et valorisation des fumiers en compost) et des aides économiques (par exemple par des prix plus élevés sur des produits de meilleure qualité et sur label), la situation est améliorée de 9 000 F par rapport à la situation de référence.
 
Niveau de la contrainte
Aucune
(35 mg NO3-/l)
10 mg NO3-/l
10 mg NO3-/l
avec amélioration technico économique
Assolement      
Maïs
11,5
0
0
Culture de vente
23,5
--
--
Luzerne/Céréales
0
0
20
Terres labourées
Transformées en prairies
0
8
15
Gels de terre
0
38
13
Variation du reveu
0
- 200 000
+ 9 000
Coût marginal (F)
du milligramme de nitrate
0
17 500
22 000
Modification du système de production pour respecter le seuil des 10 mg NO 3 -/l.
   
 
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mise à jour : 19 mai, 2010
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