HARICOT en semis direct sous couvert. expérimentation à Ponta Grossa (Brésil). © INRA, Stéphane de Tourdonnet

L’agriculture de conservation : faut-il labourer le sol?

Par Pascale Mollier
Mis à jour le 13/04/2015
Publié le 06/11/2013

2015, Année internationale des sols

Ce dossier sur l'agriculture de conservation fait le point sur la question du travail du sol...

Les systèmes de culture en agriculture de conservation se développent dans le monde depuis plusieurs décennies, et gagnent du terrain aussi en France.

L’agriculture de conservation a été officiellement définie par la FAO en 2001, comme reposant sur trois grands principes : couverture maximale des sols, absence de labour, rotations longues et diversifiées.

En théorie, ces trois principes doivent  être appliqués simultanément, car, en l’absence de labour, la couverture du sol et la diversification des rotations permettent de maîtriser les adventices et de diminuer la pression des ravageurs. On obtient dans l’idéal un agroécosystème dans lequel les régulations écologiques permettent de diminuer l’artificialisation du milieu (intrants, travail du sol), mais cela suppose des changements profonds dans la conduite des systèmes de culture par rapport à l’agriculture conventionnelle.

 Concept ou slogan ?

Dans cette logique, l’agriculture de conservation se rattache naturellement à la notion d’intensification écologique et à celle, adjacente, d’agro-écologie, où il est question d’utiliser intensivement les processus biologiques et écologiques des écosystèmes, plutôt que les intrants. L’agriculture de conservation impliquerait donc une conception différente de la manière de produire. A ce titre, on peut aussi la considérer comme un phénomène sociologique, porteur de valeurs et drainant des mouvements militants. L’absence de labour en est la composante la plus emblématique, sous-tendue pour certains agriculteurs par un rejet de la rationalité technique et le désir de retrouver un lien avec la nature.

 Une grande diversité de systèmes

La définition de l’agriculture de conservation laisse une marge d’interprétation assez large. En réalité, pour différentes raisons, historiques ou économiques, on observe souvent une application partielle de ces principes : le labour est remplacé par différents degrés de travail superficiel du sol, sans couverture permanente du sol ni allongement des rotations culturales. Ainsi, une grande diversité de systèmes, ayant en commun l’absence de retournement du sol par le labour, se rattache à l’agriculture de conservation : s’y côtoient  des modèles de grandes cultures simplifiés associant semis direct et utilisation d’herbicides totaux, aussi bien que des systèmes très innovants comme le semis direct sous couvert pérenne (blé sur un couvert de luzerne, colza sur un couvert de trèfle etc.)

 Face à ce concept complexe et objet de controverse qu’est l’agriculture de conservation, la recherche peut apporter des éclairages, à la fois dans les dimensions techniques et sociologiques, comme le montre ce dossier à travers quelques exemples de résultats.

Ce dossier est le fruit de nombreux entretiens croisés. Remerciements à : Frédérique Angevin, Michel Bertrand, Jean Boiffin, Hubert Boizard, Hélène Brives, Yvan Capowiez, Caroline Colnenne, Stéphane de Tourdonnet, Patricia Garnier, Gilles Grandeau, Christian Huyghe, Eric Justes, Fabrice Martin, Nicolas Munier-Jolain,  Sylvie Recous, Guy Richard, Anaïs Tibi, Nicolas Urruty.

L'agriculture de conservation en France

En France en 2006, 34% des parcelles de grandes cultures sont répertoriées en non-labour, dont plus de 50% des surfaces dans les exploitations de grandes cultures de plus de 300 ha, soit 17% de la SAU (source Expertise VTH, 2012). Cependant, en 2011, le semis direct ne représente que 4% des surfaces en blé tendre et blé dur, 1% en orge et en tournesol, 0,5% en colza (source Agreste).