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HARICOT en semis direct sous couvert. expérimentation à Ponta Grossa (Brésil). © INRA, Stéphane de Tourdonnet

L’agriculture de conservation : faut-il labourer le sol?

Evaluation multicritère de systèmes en agriculture de conservation

Des systèmes optimisés proches de l’agriculture de conservation en France et à Madagascar fournissent, par comparaison avec les systèmes conventionnels labourés, de meilleures performances environnementales, avec une attractivité économique comparable, mais avec un « coût » social.

Par Pascale Mollier
Mis à jour le 10/02/2014
Publié le 12/11/2013

Dans le cadre du programme PEPITES (voir partie 4), les chercheurs ont comparé la contribution au développement durable de différents systèmes de culture pour trois grandes composantes : environnementale, économique et sociale (1). Ils ont pour cela utilisé une méthode d’évaluation multicritère existante, MASC, pour prendre en compte les préoccupations des acteurs. Les modèles obtenus sont différents pour la France et pour Madagascar, mais donnent des résultats convergents.

Environnement ≥ économie > social !

Les résultats convergent, malgré les différences entre les deux pays : pour les deux séries de systèmes qui ont été évalués, les performances environnementales des systèmes sans labour sont nettement meilleures que celles des systèmes avec labour, tandis que les performances économiques sont comparables. En revanche, les systèmes sans labour en semis direct sont moins performants pour les aspects sociaux, ce qui peut s’expliquer par leur plus grande complexité de mise en œuvre et par le risque sur la santé des travailleurs, occasionnés par l’utilisation plus fréquente de produits phytosanitaires.

« Mais attention, tempère Frédérique Angevin, ces résultats d’évaluation ne sont valables que dans les cas où l’on réussit à optimiser les couverts dans les systèmes sans labour, grâce à des rotations longues et à un choix judicieux des cultures intermédiaires. C’est seulement à cette condition que ces systèmes donnent leur pleine mesure environnementale, grâce à un bon stockage de la matière organique dans le sol, à la préservation de la faune favorable du sol, à l’économie de ressources fossiles ou à la maîtrise de l’érosion. »

L’intérêt de l’évaluation multicritère

Le modèle utilisé apporte une solution d’ordre qualitatif à la problématique de l’évaluation multicritère. A savoir la difficulté de porter un jugement global sur un système de culture caractérisé par de multiples indicateurs disparates, allant par exemple de la qualité du milieu (sol, air, eau), à la productivité et à la santé de l’agriculteur… C’est tout l’intérêt du modèle MASC, mis en œuvre grâce au logiciel DEXi (2).

39 critères sont répartis selon les trois piliers de la durabilité - environnementale, économique et sociale - sous forme d’un arbre hiérarchique qui permet de pondérer leur importance dans l’évaluation finale. « Nous avons hiérarchisé les différents critères en concertation avec les acteurs. Il est ensuite possible d’analyser la note de durabilité totale, mais aussi toutes celles attribuées aux différents critères composant l’arbre. Cela permet de discuter des points forts et faibles d’un système et de déterminer quels sont les leviers potentiels de changement pour l’agriculteur » explique Frédérique Angevin. A Madagascar, le modèle MASC, développé pour les grandes cultures du Nord de l’Europe a servi de base pour un travail de modélisation dans cet esprit de réflexion collective.

France et Madagascar : deux conceptions différentes de la durabilité

« MASC reflète aussi la part de subjectivité associée au concept de contribution au développement durable. Quand on regarde les deux modèles d’évaluation pour la France et pour Madagascar, on voit qu’ils reflètent les préoccupations des acteurs et finalement, deux conceptions différentes de la durabilité. Le modèle français comporte beaucoup plus d’indicateurs environnementaux, ainsi que des indicateurs de qualité des produits ou de contribution à l’emploi, qui répondent aux attentes de la société française. Le modèle malgache (MASC-Mada) est plus simple, avec des indicateurs moins précis, et plus d’indicateurs économiques qu’environnementaux, car il s’agit avant tout pour les producteurs d’assurer la survie de leur exploitation d’une année sur l’autre » poursuit la chercheuse. Le modèle malgache comporte aussi des indicateurs spécifiques, comme la fréquence de culture du riz ou l’aléa de divagation des animaux.

« Au final, ce type de modèle inclut à la fois des indicateurs calculés et des indicateurs qualitatifs, mais son estimation finale de la durabilité est d’ordre qualitatif et permet de comparer les systèmes de culture. C’est aussi un modèle très pédagogique, visuel, qui a bien diffusé parmi les partenaires agricoles » conclut F. Angevin.

(1) Partenaires du projet : Vivescia, Cetiom, Isara Lyon, Chambres d’agriculture de Dordogne et de l’Eure, Cirad, Fofifa, Université d’Antananarivo.

(2)   Site wiki de MASC et DEXiPM 

Site du logiciel d’aide à la décision DEXi

Voir aussi le dossier Modélisation et agrosystèmes

Voir la présentation de Frédérique Angevin (Séminaire final PEPITES, Montpellier, 27-28 juin 2013) :

Evaluation multicritères de systèmes en agric

Contact(s)
Contact(s) scientifique(s) :

Département(s) associé(s) :
Santé des plantes et environnement
Centre(s) associé(s) :
Versailles-Grignon

Les systèmes évalués

En France, l’évaluation a porté sur 33 systèmes de culture dans dix départements, en labour, TCS ou semis direct, avec ou non une exploitation optimale de la multifonctionnalité des couverts.

A Madagascar, huit systèmes de culture ont été évalués, trois en labour, deux mixtes (mélange labour et SCV), trois en SCV. Certains de ces systèmes ont nécessité des apports d’engrais azotés.

Références

Craheix, D., Angevin, F., Bergez, J.E., Bockstaller, C., Colomb, B., Guichard, L., Reau, R., Doré, T., 2012. MASC 2.0, un outil d’évaluation multicritère pour estimer la contribution des systèmes de culture au développement durable. Innovations Agronomiques 20, 35-48. http://www6.inra.fr/ciag/Revue/Volume-20-Juillet-2012.

Sadok, W., Angevin, F., Bergez, J.E., Bockstaller, C., Colomb, B., Guichard, L., Reau, R., Messéan, A., Doré, T., 2009. MASC, a qualitative multi-attribute decision model for ex ante assessment of the sustainability of cropping systems. Agronomy for Sustainable Development 29, 447-461. DOI: 10.1051/agro/2009006.