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Panorama Gorges du Gardon. Castellas. © SMG, Guy Derivaz

Une démarche participative pour co-construire une Réserve de biosphère

Une démarche participative développée par un collectif initié par l’Inra a permis d’associer de nombreux acteurs pour la création concertée d’une Réserve de biosphère dans les gorges du Gardon.

Par Pascale Mollier
Publié le 10/08/2016

Le 10 juin 2016, la Réserve de biosphère des gorges du Gardon a été officiellement inaugurée sous l’égide de l’Unesco. Un nouveau galon pour ce site déjà classé et dont le cœur est estampillé réserve naturelle. La reconnaissance de l’Unesco l’intègre dans un réseau mondial d’échanges. Avec un engagement partagé par tous les acteurs : conserver la biodiversité tout en assurant un développement économique durable, en s’appuyant sur la connaissance. Le projet, initié en 2009, a bénéficié d’une méthode participative innovante associant l’ensemble des acteurs du territoire, afin que chacun s’engage sur les objectifs et les actions définis dans le dossier de candidature, déposé en juin 2012.

Nécessité d’associer l’ensemble des acteurs

Michel Etienne (1) a mis au point une méthodologie participative adaptée à la gestion des réserves de biosphère. « Une réserve de biosphère est le siège de relations complexes entre des dynamiques écologiques et des dynamiques sociales. Les acteurs locaux en sont non seulement les parties prenantes, mais devraient contribuer à l’élaboration des politiques de gestion », explique-t-il.

Dans le cas des gorges du Gardon, c’est le syndicat mixte de communes qui a lancé le processus, le comité « Man and biosphere » (2) et les chercheurs sont venus en appui.

« Il aura fallu une cinquantaine de réunions pour aboutir. Mais il fallait bien cinq ans pour jeter les bases d’un projet de territoire qui vaut pour les dix ans qui viennent, rapporte Christophe Cavard, président du syndicat mixte et député du Gard. Ce travail de longue haleine fut pimenté par la volonté du comité « Man and biosphere » de tester de nouvelles méthodes participatives ».

Au fil des réunions publiques ou chez l’habitant, les chasseurs ont ainsi côtoyé les gardes de l’environnement, les techniciens départementaux ont pu échanger avec le milieu associatif, ainsi qu’avec des élus de couleurs politiques différentes, chacun pouvant exposer sa vision et appréhender son intérêt au sein du collectif.

Une démarche en plusieurs étapes

La méthode comporte plusieurs étapes :

  • Ateliers animés par des modérateurs, pour identifier les potentialités de développement.
  • Hiérarchisation des données et représentation visuelle sous forme de diagrammes d’interactions entre les acteurs.
  • Identification des enjeux retenus pour les dix ans à venir.
  • Définition du zonage de la réserve de biosphère.
  • Rédaction du dossier de candidature par l’équipe de coordination.
  • Présentation aux principaux acteurs de territoire et approbation par les autorités et les élus locaux.
  • Atelier spécifique pour identifier les lacunes dans les connaissances : aider les participants à établir la liste des activités existant sur le territoire et à évaluer quelle partie de la réserve est concernée, évaluer le niveau de connaissance sur les impacts écologiques, économiques, sociaux et culturels de chacune des activités.

 

(1) Michel Etienne, en retraite depuis 2015, directeur de recherche Inra, Unité de recherche Écodéveloppement, Inra d’Avignon. Vice-président du comité « Man and biosphere »  France de 2001 à 2015. Coordinateur du projet « Modélisation d’accompagnement » de 2006 à 2008. Co-animateur du réseau ComMod de 2001 à 2006.

(2) Voir encadré 2.

Contact(s)
Contact(s) scientifique(s) :

Contact(s) partenaire(s) :
Catherine Cibien, directrice de l'association Man and biosphere France
Département(s) associé(s) :
Sciences pour l’action et le développement
Centre(s) associé(s) :
Occitanie-Toulouse
Aigle de Bonelli, espèce protégée. © ©David Lacaze

Une région aux multiples enjeux

La Réserve de biosphère des gorges du Gardon s’étend sur 46 km2, incluant deux grandes villes, Nîmes au Sud et Uzès au Nord, et 26 communes. Autant dire un patchwork d’activités, basées essentiellement sur l’agriculture, les services et le tourisme.

Les productions agricoles sont axées sur la céréaliculture, la viticulture, le pastoralisme, mais aussi des filières de niche, comme l’oléiculture, la truffe noire du Périgord, les plantes aromatiques et médicinales, l’apiculture,… Une diversité de productions à conserver et à mieux valoriser pour préserver l’emploi, les savoir-faire et les paysages.

Le cœur de la Réserve de biosphère constitue l’un des 34 hotspots mondiaux de biodiversité. On y trouve par exemple 150 espèces d’oiseaux, dont des espèces protégées comme l’aigle de Bonelli.

Enfin, le tourisme représente une locomotive pour le développement économique, avec de nombreux monuments classés, dont le célèbre Pont du Gard, et les villes d’Uzès et de Nîmes labellisées « Villes d’art et d’histoire ».

 Le projet déposé engage les acteurs locaux sur une feuille de route, comportant des actions concrètes classées en neuf thèmes.

Quelques exemples d’actions :

- Thème agriculture durable :

  • Signature de conventions pluriannuelles de pâturage avec des éleveurs
  • Labellisation de produits « Sud de France »

Thème Recherche scientifique :

  • Suivi des espèces faunistiques et floristiques emblématiques
  • Programme de recherche sur le sanglier

Thème Maîtrise de l’urbanisation

  • Démarche PLU Gard durable
  • Acquisition d’espaces naturels sensibles

Les Réserves de biosphère

L’objectif de la Réserve de biosphère est la reconnaissance à l’échelle internationale de l’engagement d’un territoire en faveur du développement durable au travers de démarches novatrices, et son intégration dans un réseau mondial d’échanges et d’apprentissage mutuel. En 2016, on comptait 669 réserves dans 120 pays, dont 14 en France.

Historique :

  • 1968 : conférence de la biosphère
  • 1971 : programme scientifique Man and Biosphère
  • 1974 : naissance des premières réserves de biosphère
  • 1995 : stratégie de Séville, cahier des charges type
  • 2008 : conférence de Madrid, programmation  2008-2013
  • 2016 : conférence de Lima, plan d’action 2016-2024