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Premier inventaire des espèces invasives en Europe

En 2005-2008, l’Inra a participé au premier inventaire des invasions biologiques en Europe, et à l’établissement d’une base de données sur plus de 10 000 espèces.

Siberia ardilla o una ardilla de Corea. © INRA, Maud Marsot
Par Pascale Mollier
Mis à jour le 09/06/2017
Publié le 04/05/2016

Les invasions biologiques (1) peuvent avoir des impacts économiques et écologiques importants. Néanmoins, jusqu’à la fin des années 90, elles étaient peu étudiées, sauf quelques cas d’espèces. De 2005 à 2008, un vaste projet européen (2)  a permis d’établir le premier inventaire des espèces exotiques introduites à l’échelle d’un continent.

Les plantes largement majoritaires dans les introductions

Ambroisie.. © Inra, UMR Agroécologie, Dijon
Ambroisie. © Inra, UMR Agroécologie, Dijon

Sur plus de 10 000 espèces invasives répertoriées, les plantes sont largement majoritaires, suivies des invertébrés, et, à un moindre degré, des espèces marines, des champignons et des vertébrés.

L’inventaire prend en compte les espèces introduites en Europe directement ou indirectement par l’homme depuis la découverte de l’Amérique par Christophe Colomb en 1492 (3). Il a associé quinze institutions européennes, dont cinq équipes de l’Inra, l’Inra ayant assuré la coordination des études sur les invertébrés terrestres et les champignons.

Ce travail a engendré une base de données, disponible gratuitement, qui fournit des informations concernant ces espèces, permet d’identifier un des nombreux experts européens en invasions biologiques, ou de se focaliser sur l’une des 70 régions terrestres et 48 espaces marins ou côtiers étudiés.

Accélération des invasions biologiques

La coccinelle asiatique (harmonia axyridis) prédateur de pucerons est désormais considérée comme nuisible pour de nombreuses espèces de coccinelles autochtones qu'elle tend à éliminer.. © © INRA, © INRA / SOPHIA ANTIPOLIS
© © INRA, © INRA / SOPHIA ANTIPOLIS

Le phénomène connaît depuis 50 ans une accélération jamais observée. A titre d’exemple, 17 nouvelles espèces d’insectes exotiques sont apparues chaque année en Europe depuis 2000, contre 8 par an pour la période 1950-1974. Le développement des échanges et des transports est largement responsable de cette évolution : la majorité des espèces arrivent comme contaminants de marchandises. Certaines introductions sont néanmoins délibérées : papillons, poissons et tortues, oiseaux de cage, plantes ornementales comme la jussie d’Amérique ou la renouée du Japon, etc.

Le « top cent » des pires invasions

Suite à cet inventaire, une étude européenne s’est intéressée aux impacts des invasions. Ces impacts sont avérés pour seulement 15 % des quelques 10 000 espèces introduites, mais ils peuvent être importants, voire irréversibles.

Les cent espèces les plus dangereuses en termes d’impacts sont répertoriées dans la base. Dans cet arche de Noé des nuisibles, on trouve pêle-mêle le moustique tigre (vecteur du Chikungunya), la balane, le tamia sibérien, l’ibis sacré ou l’acacia.

Chrysomèle des racines du maïs, Diabrotica virgifera virgifera LeConte, adulte femelle prenant son envol. © Inra, Dr. Joseph L. Spencer, University of Illinois
© Inra, Dr. Joseph L. Spencer, University of Illinois

Les vertébrés et les plantes semblent avoir le plus fort impact écologique, en provoquant la disparition d’espèces autochtones et entraînant une banalisation des flores et des faunes : oie du Canada, moule zébrée, cerf Sika, ragondin, écrevisse de Louisiane. Au palmarès des impacts économiques, on trouve une algue toxique en Norvège, la jacinthe d’eau en Espagne, le ragondin et le rat musqué, responsables de dégâts dans plus de 50 régions européennes…sans oublier les insectes ravageurs de cultures et de forêts.  

Ces travaux constituent une source de données pour la biologie évolutive : voies d’invasion, dynamique des populations, résilience des écosystèmes,… Ils donnent également des pistes pour éclairer  les politiques de prévention.

 

          (1) Invasion biologique : déplacement durable d’une espèce, d’une sous-espèce ou d’une population hors de son aire.

          (2) Projet Daisie : Delivering alien invasive species inventories in Europe, 2005-2008.

          (3) Les espèces en expansion du fait du changement climatique sont exclues de cet inventaire.

Focus sur les invasions biologiques en forêt

Alain Roques, de l’unité de recherche Zoologie forestière à l’Inra d'Orléans, fait le point sur les menaces qui pèsent sur les forêts du fait de l’arrivée d’espèces invasives, et sur les moyens de les prédire et de les gérer.